Myrtille Picaud

Présentation générale

Myrtille Picaud a publié l’ouvrage Mettre la ville en musique (Paris-Berlin) aux Presses Universitaires de Vincennes en 2021. Issu de sa thèse, ce livre revient sur les transformations urbaines dans ces deux capitales, en lien avec leurs scènes musicales. Il explore aussi les hiérarchies entre genres musicaux et le travail des intermédiaires culturels qui sélectionnent les artistes : les programmatrices et programmateurs de salles. Après sa thèse, elle a été post-doctorante à Paris Sciences et Lettres, où elle a initié une recherche sur la montée des enjeux sécuritaires dans le spectacle, dans trois villes (Paris, Manchester, Istanbul), pour interroger leur dimension urbaine et économique.

De septembre 2018 à 2020, Myrtille Picaud était post-doctorante au CEE dans le cadre de la chaire « Villes et numérique » de l’Ecole urbaine de Sciences Po, Paris. Elle a poursuivi l’étude des politiques de sécurité en analysant l’évolution du marché des dispositifs socio-numériques destinés à la sécurité des espaces urbains (gestion des foules, vidéosurveillance dite « intelligente », etc.). Elle aborde également les stratégies des entreprises qui proposent une offre de « smart city » aux collectivités territoriales.

Aujourd’hui, elle poursuit ces recherches en étudiant la construction du marché des start-up de la ville intelligente au Labex Futurs Urbains (Université Gustave Eiffel) et au LATTS, tout en restant chercheuse associée au CEE et au CESSP.

Thèmes de recherche

  • Culture, arts et publics
  • Transformations urbaines, inégalités sociospatiales
  • Sociologie de la sécurité
  • Sociologie du numérique
  • Sociologie de l’action publique (culture, urbaine, sécurité)
  • Sociologie des professions et du travail
  • Croisement de méthodes qualitatives et quantitatives ; comparaison et circulations internationales

Thèse

Mettre la ville en musique.

Quand territoires musicaux, urbains et professionnels évoluent de concert (Paris-Berlin)

Introduction et conclusion sur Hal-SHS

Soutenue à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, le 27 juin 2017, en présence d’Andy Bennett (Griffith University, Australie) ; Philippe Coulangeon (OSC) ; Stéphane Dorin (GRESCO) ; Pascale Laborier (ISP) ; Gisèle Sapiro (Directrice de thèse, CESSP), Sylvie Tissot (CRESPPA-CSU).

Contrat doctoral dans le cadre du Partenariats Institutions Citoyens pour la Recherche et l’Innovation « Les publics de la musique classique à l’ère numérique », coordonné par Stéphane Dorin.

Bourse de mobilité (12 mois) à Berlin attribuée par le Collège doctoral franco-allemand (CFDA) « Construire les différences ».

Résumé

À partir d’une comparaison entre deux capitales européennes, Paris et Berlin, ma thèse examine des espaces musicaux par le biais des salles de musique dite « vivante » et de leurs intermédiaires (programmateurs). L’étude des salles de musique rend compte des mécanismes œuvrant à la définition et à la hiérarchisation au sein des espaces musicaux, urbains et professionnels, en croisant les traditions sociologiques liées à ces trois domaines. Elle pointe également le rôle des circulations internationales dans l’entretien ou le renforcement de ces hiérarchies.

Dans cette thèse, l’articulation entre méthodes naît d’un raisonnement transversal, soucieux de joindre plusieurs échelles d’observation. Ainsi, des événements musicaux ont été observés (N=231) dans des lieux de tous types (boîtes de nuit, bars, salle de concert, théâtre, etc.) et des entretiens semi-directifs réalisés avec différentes catégories d’agents (N=86), programmatrices et programmateurs mais aussi représentants politiques (collectivités territoriales, État, etc.) ou encore agences de tourneurs privés. Les salles de musique ont été recensées (Paris N=217, Berlin N=192) et certaines de leurs propriétés ont été renseignées, en lien avec les observations ethnographiques. Ces bases ont permis de cartographier les deux espaces musicaux (8 cartes), qui sont analysés à l’aune des données statistiques décrivant la composition sociale des résident.es dans les deux villes et les spécificités du marché immobilier. La base parisienne a également permis des analyses des correspondances multiples et des classifications. Par ailleurs, les programmations des salles de jazz parisiennes font l’objet d’une exploration spécifique, qui détaille les caractéristiques sociales des artistes s’y produisant et de leur musique (N=330 événements).

Ma thèse revient donc sur les enjeux artistiques, professionnels et urbains des espaces musicaux. Le premier enjeu porte sur la définition des genres musicaux et sur leur consommation : à la diversité des esthétiques répond la variété des manières de les entendre dans les salles – publics assis ou debout, configurations intimistes ou stades, etc. La réalisation de deux analyses des correspondances multiples et de classifications ascendantes hiérarchiques permet une réflexion sur l’usage des variables actives et illustratives afin d’éclairer l’homologie entre cadres d’écoute et genres musicaux. Couplées à l’analyse d’observations ethnographiques, ces statistiques témoignent de la matérialité des hiérarchies culturelles, très liées aux pratiques d’écoute, qui sous-tendent l’inégale reconnaissance des salles par les politiques culturelles. Les disparités dans les subventions allouées ou encore les missions entrepreneuriales confiées aux lieux de musiques actuelles, à l’inverse des salles de musiques classiques subventionnées, témoignent de ce phénomène, tant à Paris qu’à Berlin.

Cet espace musical connaît en outre des transformations importantes, liées notamment à la dématérialisation de la musique enregistrée et l’apparition de nouvelles plateformes numériques de diffusion. Ce développement influe sur le marché du spectacle vivant. On constate une forte autonomisation de ce marché par rapport à celui de la musique enregistrée, en particulier à Paris, ce qui n’était pas le cas à la fin des années 1990. L’investissement d’acteurs centraux, en particulier des multinationales de l’événementiel (filiale de Lagardère, Live Nation, etc.), concourt à une concentration économique croissante dans le secteur du live, et à son internationalisation. Or, l’intégration verticale de la filière et la concurrence qu’elle suscite transforment aussi l’offre musicale dans les salles, en réduisant la diversité esthétique des artistes et en renforçant les inégalités d’accès à la scène.

Le second enjeu porte sur les logiques spatiales qui structurent les espaces musicaux. Si la localisation des salles influe sur leur qualification musicale, à l’inverse, le fait musical participe aux transformations des représentations et de la mise en scène internationale des territoires urbains. L’articulation croissante entre politiques culturelles, enjeux économiques et politiques urbaines accroît ce phénomène.

Outre l’ancrage géographique, cette thèse s’intéresse finalement à la dimension professionnelle de la construction d’une offre musicale. En recourant aux travaux d’Andrew Abbott sur le développement professionnel, elle donne à voir la délimitation de la programmation comme territoire professionnel, en interrogeant sa variabilité selon l’histoire locale, les politiques de soutien à la professionnalisation et les contraintes liées à la concentration économique du secteur de la musique live. La comparaison des pratiques et des trajectoires des intermédiaires atteste d’un développement professionnel inégal à Paris et Berlin dans une activité de programmation internationalisée. Leurs trajectoires et leurs réseaux influent à leur tour sur la composition des programmations, en termes d’esthétiques, mais aussi sur les barrières à l’entrée pour les artistes, selon leur nationalité et leur genre notamment. C’est ce que montre la comparaison des programmations entre Paris et Berlin, réalisée grâce à l’aspiration de ces données en ligne sur le site de musiques électroniques Resident Advisor : les femmes accèdent encore plus difficilement aux scènes parisiennes que berlinoises en raison des configurations professionnelles locales. Les intermédiaires culturels participent aux oppositions et aux hiérarchies locales, qui reflètent les centres et les périphéries de l’espace musical transnational. En fonction de leur position et de leurs ressources, les salles ne programment pas les mêmes catégories d’artistes. Ainsi, la retraduction locale de la valeur musicale contribue au positionnement international de Paris et de Berlin comme capitales culturelles.

Ouvrage

Mettre la ville en musique (Paris-Berlin)

Presses Universitaires de Vincennes, Saint-Denis, coll. « Culture et Société », 2021, 334 p.

En croisant sociologie de la culture, sociologie urbaine et sociologie des professions, Myrtille Picaud analyse les hiérarchies et les transformations des scènes musicales contemporaines de Paris et Berlin. L’un des rares en sociologie de la musique à étudier ensemble les différents genres musicaux, cet ouvrage se distingue aussi en abordant cet objet à travers ses lieux, les salles de musique, et ses professionnel∙les, les programmatrices et programmateurs, qui sélectionnent les artistes. Il éclaire aussi la façon dont les phénomènes culturels contribuent aux dynamiques urbaines, en transformant les représentations et les fréquentations des différents quartiers de ces deux capitales.

Publications

Voir toutes les publications en accès libre sur Hal-SHS

Articles dans des revues à comité de lecture

  • « Quand le genre entre en scène. Configurations professionnelles de la programmation musicale et inégalités des artistes dans deux capitales européennes », Sociétés contemporaines, 2020/03, n°119, p. 143-168.
  • « Le gendarme et les festivals. L’indemnisation des forces de l’ordre par les organisateurs d’événements musicaux en France », Lien Social et Politiques, n° 84 « Police et Démocratie », 2020, p.104-121 [en ligne].
  • « Paris et Berlin, deux scènes musicales cosmopolites ? La diversité nationale des intermédiaires culturels en question », Hommes & Migrations, n°1327, 2019, p.15-21.
  • « Analyser ensemble autonomie professionnelle et autonomie d’un sous-champ. Les transformations de la programmation musicale », Biens symboliques/Symbolic goods, n°4, 2019 [en ligne].
  • « Définitions concurrentes et caractéristiques « du public » du festival littéraire de Manosque », Interrogations, 2017 [en ligne].
  • « ‘We Try to Have the Best’: How Nationality, Race and Gender Structure Artists’ Circulations in the Paris Jazz Scene », Jazz Research Journal, Vol. 10, n°1-2, 2016, p. 126-152.
  • « Les salles de musique à Paris : hiérarchies de légitimité et manières d’entendre les genres musicaux », Actes de la recherche en sciences sociales, n°206-207, 2015, p. 68-89.
  • (avec Gisèle Sapiro, Jérôme Pacouret et Hélène Seiler) « L’amour de la littérature : le festival, nouvelle instance de production de la croyance. Le cas des Correspondances de Manosque », Actes de la recherche en sciences sociales, n°206-207, 2015, p. 108-137.

Chapitres dans un ouvrage collectif

  • (avec Isabelle Mayaud) « De Bella ciao à l’Orchestre debout : l’extension de l’espace des styles musicaux pour programme d’action politique », in Christine Guionnet (dir.), Nuit Debout, Presses universitaires de Rennes, à paraître en 2021, p. 159-189.
  • « Un rapport « savant » aux musiques contemporaines ? Le rôle des salles de musique », in Caroline Giron-Panel, Jean-Claude Yon et Solveig Serre (dir.), Les publics des scènes musicales, Paris, Classiques Garnier, 2020, p. 87-101.
  • (avec Jérôme Pacouret et Gisèle Sapiro) « Mapping the Public of a Literary Festival with Multiple Correspondence Analysis: the Specificity of Literary Capital », in Jörg Blasius, Frédéric Lebaron, Brigitte Le Roux et Andreas Schmitz (dir.), Investigation of Social Space, Springer, 2020, p. 229-243.
  • « Putting Paris and Berlin on Show: Nightlife in the Struggles to Define Cities’ International Position », in Geoff Stahl, Giacomo Bottà, Nocturnes: Popular Music and the Night, Basingstoke, UK / New York, Palgrave Macmillan, 2019, p.35-48.
  • « L’espace des possibles des musiques classiques à Paris : sociologie des salles et de leurs programmateurs », in Stéphane Dorin (dir.), Déchiffrer les publics de la musique classique, Éditions des archives contemporaines, 2018, p. 237-249.
  • « Comment analyser les circulations internationales d’artistes ? Le cas des salles de musique à Paris », in Jean-Baptiste Comby (dir.), Enquêter sur l’internationalisation des biens culturels et médiatiques, Presses Universitaires de Rennes, 2017, p. 77-101.
  • « Les écrivain·e·s et la musique : entre stratégies artistiques et stratégies économiques », in Gisèle Sapiro et Cécile Rabot (dir.), Profession ? Écrivain, Paris, Éditions du CNRS, 2017, p. 149-163.

Articles dans des revues sans comité de lecture et working papers

Recherches

2021-2022 : Les start-ups de la ville « intelligente »

Contrat post-doctoral groupe thématique « Ville et numérique » du Labex Futurs Urbains, LATTS

Panorama de l’offre de dispositifs et sociologie économique de la construction du marché en France.

2018-2020 : Les marchés français des « smart » et « safe cities »

Contrat post-doctoral chaire « Villes et numérique » de l’École Urbaine de Sciences Po, CEE

Enquête lauréate de l’appel 2020 de la Fondation des Sciences Sociales.

Recherche sur les stratégies numériques des entreprises pour la ville, à partir de différents cas d’étude (sécurité, ville « intelligente »), et les transformations urbaines liées à la mise en œuvre de dispositifs numériques.

2017-2018 : Quand le plaisir et la joie rencontrent la peur et le deuil : enjeux politiques et économiques suite aux attentats dans des salles de concert.

Contrat post-doctoral Paris Sciences et Lettres, chaire « Emodities – Rethinking Capitalism: How Emotions Became Commodities ».

Enquête à Paris, Istanbul et Manchester, sur les conséquences urbaines, économiques et artistiques des politiques mises en oeuvre dans les événements culturels à la suite des attentats survenus dans les salles de musique.

2016-2018 : Direction de l’enquête « Les familles dans l’orchestre », projet Démos

Enquête par questionnaire (N=779) destiné aux familles des enfants qui participent aux orchestres Démos, projet de démocratisation culturelle par la pratique musicale soutenu par la Philharmonie de Paris. Elaboration du protocole d’enquête et rédaction du questionnaire, analyse statistique, rédaction d’un rapport.

2016-2018 : Enquête « Musique Debout », avec Isabelle Mayaud (CRESPPA)

Prix de l’Appel « « Nuit Debout » et nouvelles formes de mobilisation » de la Fondation Maison des sciences de l’Homme

Logiques d’occupation musicale de la place, mobilisation et participation à l’Orchestre Debout, analyse de la hiérarchisation sociale et médiatique des formes musicales.

2015-2016 : Enquête collective « La reconnaissance professionnelle des auteur·e·s »

Sous la direction de Gisèle Sapiro et Cécile Rabot (CESSP), en partenariat avec le MotIF

2012-2014 : Enquête collective « Les publics de la musique classique au XXIe siècle »

Sous la direction de Stéphane Dorin (GRESCO/CESSP)

2011-2012 : Enquête collective « Les publics du festival littéraire Les Correspondances de Manosque »

Sous la direction de Gisèle Sapiro (CESSP)

Enseignement

Parcours

2016-2021 : Vacataire à l’Université de Seine-Saint-Denis Paris 8 (master 2, Science Politique), Sciences Po Paris (master 1, Stratégies territoriales et urbaines), l’Université de Bretagne Occidentale (L2 AES), l’Université d’Evry Val d’Essonne (L2 Sociologie), l’Université de Paris-Ouest Nanterre (M1 et M2 Métiers du Livre), Sciences Po Strasbourg (M2 Politique et Gestion de la Culture) et au Nouveau Collège d’Etudes Politiques

2014-2016 : ATER (mi-temps) à Paris 1 Panthéon-Sorbonne

2012-2014 : Mission d’enseignement à Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Total : 600 heures équivalent TD

Cours enseignés

  • Approches sociologiques et politiques de la ville

Cours intensif en anglais « Political Science » sur les enjeux liés aux villes globales (M2) ; « Sociologie de la ville et des territoires » (M1) ; « Sociologie urbaine » (L2) ; Capstone projets collectifs (M1)

  • Socio-économie et politiques de la culture en contexte numérique

Sociologie de l’action publique de la culture en France et en Europe
« Droit et réglementation de la culture en Europe » (M1) ; « Socio-économie et politique de la culture » (M2) ; « Approches socioéconomiques de la culture » (M2)

  • Enseignements généraux en sociologie

« Sociologie du travail » (L3) ; « Sociologie des groupes sociaux » (L1) ; Sociologie de la mobilité sociale (L1)

  • Méthodologie des sciences sociales

« Méthodologie de l’enquête : le questionnaire » (L2, enquête collective par questionnaire entre l’Université de Bretagne Occidentale, du Havre, Paris 8 et Paris 10) ; « Sociologie du travail. Introduction à la méthode de l’observation ethnographique » (L3) ; Tutorat du mémoire (M2)

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