Solène David

Résumé du projet doctoral

(Re)définir l’empreinte, (re)définir l’eau

Sens et performativité d’une catégorie de pensée et d’évaluation des relations entre humains et environnement,
interrogée à partir du domaine de l’eau potable

 

Les indicateurs d’empreinte visent à évaluer les impacts et les pressions associées aux activités humaines (production, consommation, modes de vie) sur l’environnement, par le biais de la quantification des ressources consommées ou dégradées, et des pollutions rejetées. Dans le domaine de la distribution d’eau potable, l’empreinte est utilisée en premier lieu comme un indicateur environnemental permettant d’évaluer les impacts du prélèvement et du traitement de l’eau. Dans ce secteur se déroule en parallèle une évolution importante, entamée plusieurs décennies auparavant, du point de vue de la prise en compte d’enjeux et de questions sociales – en particulier en France : évolution de la législation sur le droit à l’eau, institutionnalisation de dispositifs de prise en charge de la précarité hydrique, stratégies d’ancrage territorial des grands groupes privés, réflexion sur les possibles outils d’évaluation et de reddition de ces dispositifs d’orientation sociale. L’évolution des valeurs et des significations sociales associées à l’eau potable qui accompagne ces changements vient bousculer la catégorie d’empreinte dans sa définition environnementale initiale. En sciences sociales, de nombreux travaux ont par ailleurs montré que les catégories et les indicateurs utilisés pour appréhender, gérer, quantifier ou encore évaluer l’eau sont aussi des construits sociaux, qui sous couvert de neutralité technique et scientifique contribuent à orienter et à stabiliser certaines significations de l’eau. Cette recherche pose la question des liens entre la définition de l’empreinte, comme catégorie scientifico-opérationnelle hybride permettant d’appréhender les relations entre humains, eau et environnement, et celle de l’eau potable, envisagée dans la pluralité et l’hétérogénéité de ses significations sociales. Différentes approches ont été combinées pour ce faire, à partir d’un ancrage théorique qui croise political ecology, géographie environnementale et science and techonology studies :

  • une revue critique de la littérature sur les empreintes, complétée par des entretiens ciblés avec des experts et par un séjour au CIRAIG (Montréal), centre de recherche spécialisé dans l’élaboration d’outils d’empreinte ;
  • une recherche participative de trois ans et demi au sein des services d’eau potable de Veolia Eau d’Île-de-France (doctorat CIFRE) ;
  • une enquête de terrain qualitative réalisée à Aubervilliers, ville-membre du Syndicat des Eaux d’Île-de-France desservie par Veolia, où l’eau potable constitue un enjeu social et politique fort.

Conjointement au travail réalisé sur l’empreinte, cette démarche a été construite de façon à inscrire notre analyse de l’eau potable dans des réalités sociales situées et singulières, à l’interaction entre ceux qui produisent, gèrent, définissent l’eau dans les services d’eau potable, et ceux qui l’utilisent, la paient, la gèrent et se la représentent au sein d’un territoire. La catégorie d’empreinte est ainsi interrogée depuis le domaine de l’eau potable et sous quatre angles successifs : sa construction scientifique ; son appropriation et son insertion dans un milieu opérationnel ; sa confrontation à des réalités empiriques singulières ; son rapport (paradoxal) au sensible.

 

Abstract

(Re)defining the footprint, (re)defining water

Sense and performativity of a human-environment relations assessment and thinking category,
discussed from the drinking water field

 

Footprint indicators aim to assess the impacts and pressures associated with human activities (production, consumption, lifestyles) on the environment, by quantifying resources consumption or degradation, and pollution emissions. In the field of drinking water distribution, the footprint is used primarily as an environmental indicator in order to assess the impacts of water withdrawal and treatment. At the same time, this sector has been experiencing an important development regarding the taking into account of social issues, for a few decades. In France, those include changes in the legislation on the right to water, progressive institutionalization of anti-water poverty programs, local anchorage strategies of water management private groups and reflection on potential tools for evaluating and reporting these new social orientations. The values ​​and meanings associated to drinking water concomitantly evolve, thus shaking up the footprint category in its initial environmental definition. In social sciences, many studies have also shown that the categories and indicators used to apprehend, manage, quantify or evaluate water are social constructs. Under the guise of technical and scientific neutrality, they tend to orient and stabilise certain meanings of water. This research raises the question of the links between the definition of the footprint, as an operational-scientific hybrid category capturing human-water-environment relations, and the definition of water, understood in the plurality and heterogeneity of its social meanings. While associating theoretical lines from political ecology, environmental geography and science and techonology studies, different approaches have been combined to that end:

  • a critical review of the footprint literature, complemented by targeted experts interviews and a research visit at CIRAIG, Montreal, a footprint tools-skilled research center;
  • a three-and-a-half-year participatory research within the drinking water services of Veolia Eau d’Ile-de-France (under CIFRE agreement);
  • a qualitative field survey conducted in Aubervilliers, city-member of the Ile-de-France Water Syndicate, serviced by Veolia, where drinking water is a significant social and political issue.

Besides investigating the footprint category, our methodology is intended to inscribe drinking water analysis in special social situations, implying those who produce, manage and define the water within the drinking water services, and those who use it, pay for it, think of it and manage it, within a territory. The footprint category is therefore put under scrutiny from the field of drinking water, according to four consecutive perspectives: its scientific construction; its appropriation and insertion in an operational context; its confrontation with singular empirical realities; its (paradoxical) sensitive dimension.

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