Tania Aida Apedo

Projet de thèse

La gestion urbaine dans un contexte d’austérité et à l’ère des plateformes numériques : le cas de Detroit aux États-Unis

La diffusion rapide et l’omniprésence des outils de communication numérique dans notre quotidien sont au cœur de l’analyse de transformations sociales que ce soit dans le travail, les relations interindividuelles ou l’économie. Le coût faible de l’accès à Internet et le caractère viral des réseaux connectés ont encouragé de nouveaux acteurs à se saisir de la technologie numérique pour fournir des services innovants dans différents secteurs. En proposant des services connectés de mobilité ou de financement participatif d’espaces ou évènements ouverts au public, les entreprises et start-ups des plateformes numériques développent une offre de service qui vient compléter voire concurrencer les acteurs traditionnels sur des secteurs où les acteurs publics ont toujours un rôle central dans la fourniture de services ou d’équipements. Pour les promoteurs de l’innovation, les plateformes proposeraient des offres supplémentaires aux citadins, plus efficaces, qui ne nécessiteraient peu ou pas d’investissement public. Elles sont aussi un signe de relance de l’activité économique dans l’idée de destruction créatrice. Dans un contexte de généralisation de la rigueur budgétaire et de la rationalité économique, on peut questionner l’origine et les conséquences matérielles de ces discours. Aussi, l’encastrement de ces plateformes dans les sphères sociales et politiques n’est pas neutre et interroge sur les mécanismes des régimes urbains.

Ma thèse propose d’étudier comment, à Detroit (Etats-Unis),  l’émergence et de la diffusion des plateformes numériques permettent de comprendre et d’analyser les transformations urbaines dans un contexte d’austérité. En prenant la plus grande ville américaine à s’être déclarée en faillite en 2013, je pars de l’idée que le retrait de l’état voit croître une plus grande dépendance à l’intervention des acteurs privés sur des domaines dans lequel le secteur public a (encore) des prérogatives : le transport urbain et le développement urbain et économique des quartiers. Comment le système d’austérité est-il changé par les entreprises mais également leurs usagers (consommateurs, clients, travailleurs, partenaires) et les pratiques dans, sur et autour des plateformes? Leur émergence n’est-elle pas plutôt l’expression de (nouveaux) aspects de l’austérité ?  Pour répondre à cette question, je propose de croiser les théories critiques de l’urbanisme d’austérité et l’approche sociotechnique des STS qui mettent l’accent sur la co-construction technologie et monde social. Il s’agit de sortir d’une lecture techno-optimiste ou techno-pessimiste, et de prendre les trajectoires des technologies populaires comme révélatrices de l’évolution de la gestion des enjeux urbains en ce début de siècle. Pour cela, j’ai choisi de traiter cinq axes d’investigations : les logiques financières de la production urbaine, le réseau des acteurs, les pratiques et l’étude des représentations.

 

Directeur de thèse : Mustafa Dikeç

Co-encadrant : Jon Rutherford

Année d’inscription en thèse : 2016

Ecole doctorale : Ville, Transports et Territoires (VTT)

Mots-clés

plateformes numériques, gestion urbaine, urbanisme austérité, sociotechnique, régime urbain

 

PhD Thesis topic

Austerity urbanism and the rise of platforms, what changes, what remains? A Detroit case study analysis using sociotechnical approach

With the spread of digital communication tools in our daily lives, the internet has been at the core of many social transformations. The low-entry cost of entering the Web and the virality of networks have encouraged newcomers to provide innovations to the public in different areas, including the management of urban issues such as mobility or production of public space. Besides traditional actors such as Cisco using the power of big data, the technology of online platforms which connect a multitude of service providers and consumers is profoundly changing urban life in some cities. My thesis aims to understand the processes at play behind the rise of for-profit platforms outside municipal government on those urban development issues and their role in the conceptualization of public interest in the ‘Renaissance of Detroit’ as a public concern. Through the cases of Uber (a ride-hailing company) and Patronicity (a local crowdfunding company), the dissertation argues that the digital transition cannot be reduced to a question of good governance fostering the diffusion of crowd-technology platforms. Instead, my empirical research outlines the variations in state structure (role of levels of governments, production of regulations, and nature of relationships among institutional and private actors), in the socio-material configuration of the city system regarding mobility and neighborhood management, and the channels through which digital platforms become desirable in the construction of the future of Detroit. Based on a socio-historical approach, this monograph focuses on tangible effects of private for-profit platforms and argues that the digital transition is not only about the regulation of innovation outside-the-state, but also illustrates the reconfiguration of public action regarding the management of urban problems.

so, the thesis is closely related to critical works in Media and Technologies studies and the disruption effect of technology. This thesis proposes to study civic crowdfunding as a digital tool that produce urban space in the material world and a new vision of inclusive cities. By analyzing the trajectories and variations of selected platforms in both countries with different consideration on bottom up projects, this research projects questions processes of creation and adoption of an innovation in different contexts. This thesis explore civic crowdfunding as an innovation (financial, technical, social and spatial) that challenges the traditional ways of making the city.

 

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