Dilara Vanessa Trupia

Une ethnographie de l'innovation « ouverte » : le cas de La Cantine

Cette thèse porte sur la manière singulière dont un espace physique désigné comme étant une « plateforme d’innovation ouverte » par ses gérants, contribue à cadrer les liens coopératifs non seulement entre différents types d’acteurs – individuels et collectifs, concepteurs et utilisateurs, experts ou amateurs – mais aussi entre différents mondes sociaux – monde des startupers, monde des hackers, monde des grandes entreprises – dans le domaine du développement informatique. Initiée comme une « participation observante » entre les années 2010 et 2013, à l’expérience du premier espace de coworking à Paris, « La Cantine », elle est construite sur une enquête ethnographique menée auprès d’un réseau hétérogène d’acteurs engagés de diverses manières dans la conception, le développement, la commercialisation et l’usage de technologies numériques. Au-delà d’une association générique à une culture californienne de l’innovation informatique, incarnée aussi bien par les récits d’entrepreneurs ou le modèle des startups numériques, que par les mouvements associatifs des militants du logiciel libre ou les groupes d’hackers, elle propose de franchir la porte et de décrire concrètement ce qu’il se passe au sein de ce lieu hybride défini par ses usagers, avant tout comme étant d’un nouveau genre. A travers la description de l’espace physique de La Cantine, de son fonctionnement et du travail d’intermédiation effectué par ses permanents d’une part, et celle des activités événementielles d’animation, de formation et de co-création à travers lesquelles ces derniers appellent les acteurs à « s’ouvrir » et coopérer de l’autre, cette thèse entend montrer qu’au contraire de ce que laisserait supposer l’utilisation abondante et souvent ambivalente de la notion d’ouverture, celle-ci aurait besoin d’être minutieusement cadrée. Etudiée comme un moyen de formaliser des réseaux de relations informels, l’organisation d’événements tels que les barcamps, les jams, les hackathons, et tout autre format coopératif de conception et prototypage d’objets numériques, devient un terrain de réflexion sur la production de dispositifs de coopération en présentiel qui, bien qu’ils reproduisent des schémas relationnels plus traditionnels des interactions face-à-face, suggèrent en même temps des formes singulières de médiation entre des réseaux d’acteurs individuels et des grandes organisations.

An ethnography of “open” innovation: the case study of La Cantine

This dissertation focus on the unique way in which a physical space designated as an “open innovation platform” by its managers, contributes to frame cooperative links not only between different types of actors – individual and collective, designers and users, experts or amateurs– but also between different social worlds –the world of startupers, hackers, and also, major companies – in the field of software development. This case study is initiated as a “participant observation” between 2010 and 2013, on the basis of the experience of La Cantine, which is the first co-working space in Paris. It is built on an ethnographic survey about a heterogeneous network of actors committed by multiple ways, in the processes of design, development, and commercialization as well as use of digital technologies. Beyond a generic reference to Californian culture in computer innovation, embodied in addition by the stories of entrepreneurs or the model of the digital startups, as well by the associative movements of free software activists or hackergroups, this research aims to pass the doors and describe concretely what is happening within this hybrid place defined by its users, primarily as a new genre.Through the description of the physical space of La Cantine, its functioning and the work of intermediation carried out by its permanent employees, and in addition, the description of events of animation, training and co-creation activities, where the actors are called to “open up” and cooperate with each other, this dissertation aims to show that, on the contrary to what it might be supposed, the abundant and often ambivalent use of the concept of openness is still need to be meticulously framed. Studied as a means of formalizing the informal relationships of networks, event organizations – i.e. barcamps, jams, hackathons– as well as any other cooperative format for designing and prototyping digital objects, production of these new co-operation schemes which, although they reproduce more traditional relational schemes of face-to-face interactions, suggests also that there is unique forms of mediation between networks of individual actors and large organizations.

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