Solène David : Entre deux eaux ? Éléments pour déconstruire et repenser une « empreinte sociale » dans le secteur des services publics d’eau potable, à Aubervilliers et dans le territoire du Syndicat des Eaux d’Île-de-France

Directeurs de thèse : Agathe Euzen et Denis Chanteur

Dans les systèmes modernes d’approvisionnement en eau potable, l’eau, définie comme un service et produite selon une rationalité technico-économique, est traitée, contrôlée, comptée et objectivée. À travers une enquête qualitative menée dans la ville d’Aubervilliers et les services publics d’eau potable du Syndicat des Eaux d’Île-de-France (Sedif), la thèse s’intéresse aux modes d’apparition, de définition et d’évolution du « social » dans cet univers de l’eau moderne objectivée. Dans un premier temps, l’enquête permet d’identifier différents lieux et temporalités à travers lesquels plusieurs enjeux liés à l’eau potable, perçus et définis comme « sociaux », sont rendus visibles au sein du territoire local. L’étude des dispositifs d’aide financière et de sensibilisation à destination des populations vulnérables permet d’interroger les modalités de déploiement urbain d’une internalisation du « social » par les services d’eau potable, mise en évidence par la littérature scientifique récente. L’enquête intègre parallèlement l’analyse de moments de tensions et de controverse locales : scandale lié à une facturation dysfonctionnelle des charges d’eau potable dans le secteur du logement social ; ouvertures spontanées de bouches d’incendie en période de canicule, révélatrices d’une problématique d’accès à – et d’appropriation de – l’eau potable dans l’espace urbain, dans un contexte de réchauffement climatique. Au-delà de cette logique d’internalisation, la mise en évidence d’autres modes de ré-apparition et de re-définition du « social » dans le monde de l’eau potable (intégration, disruption) nous donne alors à repenser une eau hétérogène, imprévisible et potentiellement déstabilisante, voire conflictuelle, vis à vis de la définition moderne de l’eau et du fonctionnement traditionnel des services d’approvisionnement. Dans un second temps, en réponse à une demande d’origine opérationnelle, la thèse propose un retour critique sur la catégorie d’empreinte, initialement développée en évaluation environnementale, par ailleurs réappropriée dans le secteur de l’approvisionnement en eau potable, pour rendre compte d’enjeux environnementaux, économiques… et peut-être sociaux ? Nous interrogeons alors la signification et le rôle que pourrait revêtir une potentielle catégorie d’ « empreinte sociale », au regard de l’analyse développée antérieurement : contribuerait-elle à renforcer et à stabiliser le système de l’eau objectivée, par un mécanisme d’internalisation et de re-définition du « social » ? Ou bien permettrait-elle de remettre en question et en mouvement les identités sociales d’une eau hétérogène, dynamique, parfois turbulente et disruptive ?

Année d’inscription en thèse : 2016

Ecole doctorale : Ville, Transports et Territoires (VTT)

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