Aïda Nciri : Les voies divergentes de la diffusion des réseaux de chauffage urbain en France et en Alberta : politiques publiques et construction socio-matérielle et socio-spatiale des transitions vers une économie sobre en carbone
Comment les différentes structures étatiques et les contextes socio-matériels urbains et énergétiques expliquent-ils la diffusion inégale des réseaux de chauffage urbain (DES) dans les zones urbaines de France et d’Alberta entre 2000 et 2014 ?
Pour répondre à cette question, cette thèse analyse les processus inhérents aux transitions énergétiques vers une économie sobre en carbone à travers des prismes socio-spatiaux et socio-matériels, en tenant compte des relations de pouvoir et de la structure de l’État. À l’intersection de l’urbanisme et des systèmes énergétiques, les DES s’avèrent un outil pratique pour explorer le lien entre la gouvernance sobre en carbone, la gouvernance énergétique et la gouvernance urbaine.
Les cadres théoriques utilisés dans l’analyse comprennent :
1) des contributions récentes issues des études sur la transition (urbaine) et des systèmes socio-techniques ;
2) une conceptualisation lefebvrienne du socio-espace et des changements sociaux ;
3) l’approche stratégique-relationnelle du pouvoir étatique de Jessop (1990, 2008).
Une recherche comparative inter-échelles originale permet d’examiner la construction inégale des politiques énergétiques bas-carbone en France et en Alberta, ainsi que leurs relations avec les structures étatiques et les systèmes urbains et énergétiques existants. Le cadre « Territoire-Lieu-Échelle-Réseau » (TPSN) de Jessop et al. est mobilisé pour surmonter les problèmes de commensurabilité et de comparaison spontanée.
Le cadre « Territoire-Lieu-Échelle-Réseau » (TPSN) de Jessop et al. est mis à contribution pour surmonter les problèmes de commensurabilité et de comparaison spontanée. Ces approches théoriques et méthodologiques démontrent de manière convaincante que l’échelle provinciale au Canada et l’échelle nationale en France sont les échelles qui dominent la mise en œuvre des transitions énergétiques vers une économie à faible émission de carbone et la gouvernance urbaine. Malgré des pouvoirs étatiques similaires, les gouvernements français et albertains ont élaboré des politiques publiques différentes en matière de transition vers une économie à faible émission de carbone, mettant en évidence la sélectivité dans l’exercice des capacités de l’État.
Ils ont mobilisé et habilité différemment les gouvernements urbains locaux et développé des interventions étatiques différentes en matière de DES. En France, les DES soutenus par l’État ont activé de nouveaux canaux de croissance compatibles avec les socio-matérialités dominantes existantes ; en Alberta, les expériences de DES financées par l’État n’ont pas réussi à activer de nouveaux canaux de croissance compatibles avec les socio-matérialités dominantes. Cette thèse postule que la construction sélective des politiques bas carbone dépend des intérêts matériels des acteurs dominants du secteur énergétique et de l’État.
En d’autres termes, l’État ne cherche pas à réduire les émissions de gaz à effet de serre par tous les moyens. Il cherche plutôt à reproduire le statu quo socio-matériel dominant, en adaptant les politiques de décarbonation à la configuration socio-matérielle existante.
En fin de compte, cette thèse montre comment les concepts de structure de l’État et le cadre TPSN peuvent enrichir la théorisation des relations entre espace et pouvoir dans les études sur la transition (urbaine).
Membres du jury
- Julia Affolderbach, Maîtresse de Conférences, University of Hull, Royaume-Uni, rapporteure
- Sophie Van Neste, Professeur, Institut national de la recherche scientifique (INRS), Montréal, Canada, rapporteure
- Olivier Coutard, Directeur de Recherche CNRS, LATTS, Université Paris-Est, co-directeur
- Noel Keough, Professeur, University of Calgary, examinateur
- Byron Miller, Professeur, Université de Calgary, Canada, co-directeur
- Jonathan Rutherford, Chargé de Recherche ENPC, LATTS, Université Paris-Est, examinateur.