Croire en la surgénération. Les transformations d’une utopie nucléaire
Catégorie : Article dans une revue
Auteur(s) : Martin Denoun, Claire Le Renard, Ange Pottin
Nom de la revue : Flux - Cahiers scientifiques internationaux Réseaux et territoires
pp. 71-89
Année de publication : 2026
Résumé :
Depuis les années 1930, une idée issue d’une équation neutronique anime les spécialistes du nucléaire : en convertissant l’uranium 238 en plutonium à l’intérieur de réacteurs nucléaires adaptés, on multiplierait par 100 la ressource disponible. Cette idée, ouvrant la voie à un horizon d’abondance et d’équilibre matériel, a pris le nom de « surgénération ». Mais, si elle a motivé de nombreux programmes techniques et scientifiques, ceux-ci ont, dans leur grande majorité, été arrêtés. Comment expliquer la longévité de l’idée de surgénération malgré les épreuves qu’elle a traversées ? Cet article s’organise autour de l’hypothèse que la surgénération est une utopie technique et étudie les différentes formes que la croyance en cette utopie a pris au sein des communautés expertes en France depuis les années 1970. La surgénération apparaît certes comme l’aboutissement de l’histoire énergétique de l’humanité, dans un cadre où les choix collectifs sont structurés par le savoir des techniciens – ce que nous qualifions de « mode majeur » de l’utopie. Mais elle apparaît également comme une idée en passe de trouver des traductions matérielles – où l’utopie technique devient l’objet de mises à l’épreuve, de discussions, et de reports. Enfin, elle survit en prenant la forme d’une technologie d’assurance en cas de crise d’approvisionnement, dont la disponibilité doit être maintenue – ce que nous désignons comme le « mode mineur » de l’utopie.
Résumé en anglais :
Since the 1930s, nuclear specialists have been driven by an idea based on a neutron equation: by converting uranium 238 into plutonium in suitable nuclear reactors, the available resource would be multiplied by 100. This idea, opening the way to a horizon of abundance and material equilibrium, has come to be known as fuel “breeding”. Although it motivated numerous technical and scientific programs, the vast majority of these have since been halted. How can we explain the longevity of the idea of breeding, despite the épreuves it has endured? This article is organized around the hypothesis that breeding is a technical utopia, and examines the different forms that belief in this utopia has taken within expert communities in France since the 1970s. Breeding certainly appears as the culmination of humanity's energy history, in a context where collective choices are structured by the knowledge of technicians - what we call the “major mode” of utopia. But it also appears as an idea in the process of finding material translations - where technical utopia becomes the object of testing, discussion and postponement. Finally, it survives by taking the form of an insurance technology in the event of a supply crisis, whose availability must be maintained - what we refer to as the “minor mode” of utopia.
Référence HAL : hal-05551479
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