Recrédibiliser un instrument controversé. Enquête sur la compensation carbone locale et nationale en France

Directeur de thèse : Olivier Coutard

Ce travail de recherche observe l’émergence de dispositifs publics de compensation carbone à l’échelle nationale et locale en France au tournant des années 2020. Un ensemble d’acteurs produisent des cadres de certification, vendent et achètent des crédits-carbone dans le secteur agricole et sylvicole qui doivent permettre d’engendrer des processus de réduction d’émissions ou de séquestration de dioxyde de carbone dans la biomasse. Cette enquête cherche à comprendre comment la connaissance des controverses qui entourent ce type d’instrument façonne la construction de ces dispositifs par les pouvoirs publics et des acteurs privés en France.
Ce travail s’appuie sur une méthode qualitative, avec quarante-sept entretiens semi-directifs, trente-sept réunions observées (observation et observation-participante) et la visite de huit sites de projets. L’enquête s’est construite autour d’entretiens sélectionnés pour représenter le spectre des acteurs impliqués dans ces dispositifs : services administratifs de l’Etat et des collectivités, élus locaux, intermédiaires (techniques, administratifs et financiers), entreprises, agriculteurs et propriétaires forestiers. L’intrication d’enjeux de quantification, de certification et de valuation économique en situation de controverses et d’incertitudes en fait un objet de recherche transversal. Mobilisant des outils à l’interface entre la sociologie de l’action publique, l’étude des sciences et techniques en société (STS) et la sociologie des discours environnementaux, l’enquête discute les arbitrages réalisés par des acteurs publics et privés autour de la quantification du CO2e, la prise en compte des risques et des incertitudes, la certification et la valuation économique.
Cette thèse examine plusieurs dimensions par lesquels ces acteurs cherchent à recrédibiliser un instrument contesté : l’argument de la coconstruction (chapitres 1 et 2), l’argument de la précision des quantifications et de la prise en compte quantitative des incertitudes (seuils, rabais) dans le référentiel général et les méthodes sectorielles (chapitres 3, 4 et 5), l’outil du renouvellement sémantique (chapitre 6) et enfin l’argument de la moralisation des pratiques par la mise en place de chartes de valeurs (chapitre 7).

Mots-clés

Certification - Changement climatique - Décarbonation - Co2 - Forêts - Agriculture