Séminaire « Abondance et dépendance, extraction et restriction »

Début : 22 mai 2026 à 09:30
Fin : 22 mai 2026 à 12:00
École des Mines de Paris – Espace Maurice Allais, Salle V115

Nous avons le plaisir de vous inviter au séminaire « Abondance et dépendance, extraction et restriction. Une conversation sur la consommation comme sujet politique » avec Elizabeth Shove et Sophie Dubuisson-Quellier sur la consommation et ses implications politiques dans le contexte actuel. 

Il aura lieu à l’École des Mines de Paris le vendredi 22 mai de 9h30 à 12h00. Pour participer, merci de vous inscrire ici.

Ce séminaire est organisé par l’Institut Interdisciplinaire de l’Innovation (i3) et le projet « Politiques de la sobriété énergétique » (SOBREPOL, projet ADEME, ENPC-LATTS).

Il est organisé par Claire Le Renard (ENPC-LATTS / Projet SOBREPOL), Jeremy Bouillet (EDF R&D / Projet SOBREPOL), Catherine Grandclément (EDF R&D / i3-CRG), Alexandre Mallard (i3-CSI).

Crédit photo : Alexander Stielau. Energie. CC BY-NC-SA 2.0

Abondance et dépendance, extraction et restriction. Une conversation sur la consommation comme sujet politique avec Elizabeth Shove et Sophie Dubuisson-Quellier.

Le contexte de la guerre en Iran braque à nouveau le projecteur sur les dépendances énergétiques des pays occidentaux, alors même que les débats sur l’abondance et la sobriété lancés il y a 4 ans dans un contexte analogue, au début de la guerre en Ukraine, semblent n’avoir eu que des conséquences limitées sur les pratiques de consommation. Ces effets complexes sur la consommation des tensions sur les ressources se manifestent aussi dans d’autres secteurs au-delà de l’énergie. Le spectre de pénurie d’engrais lié au blocage du commerce international vient renforcer les inquiétudes montantes de plus long terme sur la souveraineté alimentaire, dans un pays comme la France qui se voyait comme un grand pays agricole. Les inégalités Nord-Sud qui sous-tendent la consommation de toute une série de produits (café, huile de palme, soja, mais aussi compensation carbone, etc.) peuvent de moins en moins être ignorées au fur et à mesure que deviennent visibles les soubassements politiques de la construction des chaînes d’approvisionnement transnationales. Dans quelle mesure ces phénomènes questionnent-ils l’analyse contemporaine du lien entre la consommation et les marchés dont elle se nourrit ?

Ce séminaire voudrait profiter du regain d’actualité concernant les tensions dans les chaines d’approvisionnements en ressource et leurs effets sur la consommation pour faire dialoguer deux courants académiques qui s’intéressent aux connexions entre les mondes productifs et la consommation ordinaire et à leurs enjeux politiques : la théorie des pratiques et l’étude sociale des marchés.

Théorie des pratiques et sociologie des marchés partagent un même engagement dans l’ancrage empirique de leurs travaux et la place accordée à la matérialité, à distance des monolithes programmatiques des structures d’un côté, de l’acteur individuel, d’autre part. De nombreux travaux inscrits dans la théorie des pratiques ont porté sur la « consommation soutenable » et ont montré comment la nature même des pratiques, bien plus que les choix individuels, leur synchronisation et leurs interconnexions expliquent les niveaux de consommation en eau, en énergie, en numérique, par exemple, et créent des dépendances collectives fortement résistantes aux tentatives de changement. La notion de « demande » (en énergie, eau, matière, sols…), souvent maniée par les politiques publiques et les industriels, a fait, dans cette perspective, l’objet d’un examen approfondi, montrant que celle-ci est un « outcome » des pratiques sociales plutôt qu’un point de départ (Rinkinen, Shove et Marsden, 2020). La « demande » a également intéressé la sociologie des marchés, qui, à travers de multiples études de cas a mis en évidence la relation de circularité qu’elle entretient avec l’offre. Abordée de ce point de vue et replacée dans le contexte d’une économie fondée sur la consommation de masse, la consommation verte apparaît d’emblée comme inopérante face aux enjeux environnementaux (Dubuisson-Quellier, 2022). Les travaux sur la consommation engagée, les marchés « contestés » ou « concernés », ont montré de quelle manière la consommation s’inscrit dans des dynamiques collectives, des conflits et des négociations qui débordent la réalisation des transactions, et réciproquement, comment ils peuvent parfois être aussi des instruments de gouvernement. 

Ce séminaire invite à une discussion ouverte autour de ces questions. Nous proposerons à deux spécialistes, Elizabeth Shove et Sophie Dubuisson-Quellier, de donner leur avis avant d’engager les commentaires et les discussions.  

Dubuisson-Quellier, Sophie. 2022. « How does affluent consumption come to consumers? A research agenda for exploring the foundations and lock-ins of affluent consumption ». Consumption and Society 1 (1) : 31 50. https://doi.org/10.1332/UHIW3894.

Rinkinen, Jenny, Elizabeth Shove, et Greg Marsden. 2020. Conceptualising Demand: A Distinctive Approach to Consumption and Practice. London: Routledge. https://doi.org/10.4324/9781003029113.


Publié le 5 mai 2026

Retour à tous les événements