Le terminal
Catégorie : Chapitre d'ouvrage
Auteur(s) : Nathalie Roseau
Éditeur : Fayard
pp. 352-356
Année de publication : 2024
Résumé :
Novembre 1988 : Mehran Karimi Nasseri, chassé d’Iran, arrive à Roissy à la suite d’un long périple européen. À la recherche de sa mère, il s’est fait expulser de Londres, Berlin, Amsterdam, faute de pouvoir présenter des papiers d’identité. La France lui accordera en 1999 le statut de réfugié politique. Entre-temps, il élit domicile au Terminal 1 de l’aéroport parisien dont la presse étrangère avait salué, non sans ambiguïtés, l’architecture futuriste : « Der Koloss aus dem Jahr 2000 », « Manca Monsieur Hulot nella "cathédrale" de Roissy ». Le roman de Robert Merle, Madrapour (1976) s’ouvre avec une déambulation inquiétante dans « cette aérogare qui, étant ronde, n’a ni commencement ni fin [et] où règne un silence de crypte ». En transit, le seul résident du Terminal y vivra dix-huit ans, fixé dans l’espace et le temps d’une identité apatride, entouré des personnels de l’aéroport dont c’est le lieu d’exercice : médecins, aumôniers, restaurateurs, exploitants, policiers, maîtres d’œuvre. Sa vie inspirera des cinéastes, Philippe Lioret avec Tombés du ciel (1993), Steven Spielberg avec The Terminal (2004). Libéré de l’enclave qui l’a privé de chez-soi, l’exilé sédentaire est retourné à Roissy à l’automne 2022 comme à son port d’attache. Il est mort peu de temps après. Gare, aérogare, ordinateur, port, dock : le terminal suscite la fiction onirique, surréaliste, dramatique, catastrophiste, ironique. Le cinéma déploie une vision polysémique de ces espaces, propices à une mise en scène du mouvement qui construit l’intrigue. Terry Gilliam rend hommage aux milliers de commuters (navetteurs) new-yorkais qui traversent chaque jour la gare de Grand Central, le temps d’une valse qu’il chorégraphie dans The Fisher King (1991) tandis que Claire Simon filme la Gare du Nord (2013) comme « une caverne mythologique » et « un endroit profondément démocratique » dans lequel s’entrecroisent les destins de ses personnages. Terminus métropolitain pour les suburbains, la gare annonce le début d’une aventure, celle de la grande ville ouverte aux possibles et aux individualités. [...]
Référence HAL : hal-04859187
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