Mariana Reis Santos – Une région en mouvement : imaginaires de la planification, justice et mobilités vécues dans le Grand Paris depuis les années 1960
Cette thèse analyse le rôle de l’aménagement régional dans la transformation du Grand Paris à travers l’examen des infrastructures de transport. Adoptant une perspective historique, elle évalue la manière dont les idéaux de cohésion socio-spatiale ont été constamment mobilisés, tant comme moteurs que comme justifications des stratégies d’aménagement depuis l’après-guerre. Elle met en évidence la façon dont les discours, les imaginaires et les interventions concrètes en matière de planification ont influencé la construction d’un espace métropolitain plus unifié, tout en révélant les moments où ces mêmes dynamiques ont contribué à renforcer les disparités. L’étude des conséquences géographiques, sociales et environnementales des infrastructures régionales de transport permet d’examiner comment des paradigmes et des visions en évolution — associés à la densité, à la compacité, à la modernité, à la durabilité et à la justice — ont orienté les trajectoires de développement urbain du Grand Paris. La thèse se structure autour d’études de cas tant historiques que contemporains. Elle débute par une analyse du « Grand Paris », considéré à la fois comme un projet administratif et comme un discours structurant, en insistant sur la persistance de la fracture centre–périphérie ainsi que sur la marginalisation symbolique des banlieues. Les premiers schémas directeurs régionaux font l’objet d’une étude afin de démontrer comment des concepts tels que la densité et la compacité ont été mobilisés pour réduire les inégalités (et ainsi contrer la division évoquée), tout en façonnant de nouveaux futurs urbains. Les chapitres suivants retracent la transition d’une planification axée sur l’automobile vers un modèle centré sur le rail, cette transition culminant dans le projet du Grand Paris Express, mettant en évidence le rôle des récits environnementaux dans cette mutation. Une étude approfondie de Bobigny illustre par ailleurs les effets concrets des différentes étapes de développement des infrastructures de transport sur l’urbanisation locale, en montrant comment ces dispositifs ont simultanément accompagné et orienté les dynamiques socio-spatiales. La recherche comprend également deux interchapitres qui s’appuient sur des expériences de marche dans la Seine-Saint-Denis, le Val-d’Oise et dans les zones sud-est de la région métropolitaine de Rome. Ces incursions mettent en évidence les expériences vécues de l’accessibilité et de l’exclusion, et viennent enrichir l’analyse documentaire et discursive. Rome, étudiée comme cas secondaire, offre une perspective comparative : son adoption plus fragmentée et progressive des principes de développement orienté vers le transport souligne la diffusion inégale des modèles européens de planification et propose un contrepoint aux stratégies plus ambitieuses du Grand Paris. En examinant les notions d’imaginaires liés à la planification, aux dynamiques de transport–urbanisation et à la justice spatiale, cette thèse démontre que les infrastructures ont à la fois favorisé et limité la cohésion métropolitaine. Elle soutient que l’aménagement régional du Grand Paris ne se limite pas à un processus technique et territorial, mais constitue également un dispositif idéologique qui légitime certaines visions de la ville tout en marginalisant d’autres. Enfin, elle préconise une refonte des cadres de durabilité fondés sur la mobilité, en priorisant l’inclusion et l’équité territoriale, et propose ainsi des pistes afin de promouvoir des avenirs urbains plus équitables et plus résilients au sein des métropoles européennes.