Cette recherche doctorale s’inscrit dans un contexte de dérèglement climatique marqué par la multiplication des vagues de chaleur et l’apparition de nouvelles formes de vulnérabilité sociale et territoriale. Alors que la précarité énergétique a longtemps été pensée sous l’angle hivernal, centrée sur le chauffage des logements et la difficulté à régler les factures, la précarité énergétique estivale (PEE) n’a émergé que très récemment comme objet de débat scientifique et d’action publique. Elle renvoie à l’incapacité de certains ménages à se protéger de la chaleur excessive, faute de logements adaptés, de ressources financières ou d’accès à des dispositifs de rafraîchissement. Cette situation est aggravée dans les milieux urbains par les îlots de chaleur, et peut avoir des effets directs sur la santé, la qualité de vie et le budget énergétique. Si la Commission européenne a déjà élargi ses définitions de la précarité énergétique pour y inclure la question estivale, en France le cadrage national reste largement centré sur le froid. À l’échelle locale, des acteurs variés, collectivités territoriales, bailleurs sociaux, associations, opérateurs énergétiques, expérimentent des actions, souvent motivées par l’objectif de confort d’été, comme la végétalisation des espaces urbains ou la rénovation du bâti. Cependant, ces initiatives ne s’inscrivent pas encore dans une définition stabilisée de la PEE, et leurs articulations avec les politiques existantes de lutte contre la précarité énergétique demeurent incertaines. Le foisonnement d’approches révèle à la fois un dynamisme d’innovation et une fragmentation qui soulève des enjeux de coordination entre acteurs et d’efficacité des dispositifs. L’objectif de cette thèse est de comprendre les conditions d’émergence de la précarité énergétique estivale comme problème public et les processus de traduction entre ses différents cadrages. Trois axes structurent la démarche : (1) Identifier et analyser les cadrages nationaux de la PEE, en les comparant aux cadrages européens et à ceux d’autres pays, afin de saisir comment ce problème se construit et quelles dimensions en sont mises en avant ou laissées de côté. (2) Étudier la manière dont les territoires s’approprient et traduisent ces cadrages, en observant les définitions, les instruments et les réseaux d’acteurs mobilisés. Cette analyse portera sur deux terrains locaux contrastés, permettant d’examiner comment les contextes socio-spatiaux et institutionnels influencent la structuration des réponses. (3) Analyser les modes de coordination entre acteurs impliqués, qu’il s’agisse de coopérations, de chevauchements ou de concurrences, et les effets produits sur les ménages concernés. Pour cela, la recherche mobilisera les apports de la science politique et de la sociologie de l’action publique. Les notions de cadrage permettront d’explorer les processus par lesquels un phénomène devient un problème collectif reconnu. La sociologie de la traduction aidera à comprendre comment les définitions circulent et se transforment au contact des instruments, dispositifs et acteurs locaux. Enfin, les approches de la vulnérabilité énergétique, de la justice énergétique et des capabilités offriront un cadre pour analyser les inégalités générées par la PEE, en intégrant à la fois les contraintes matérielles (logement, climat, ressources), sociales (statuts, réseaux, accès aux dispositifs) et symboliques (représentations de la chaleur et du confort). Ce projet vise ainsi à documenter et à comparer les formes d’émergence, d’appropriation et de mise en œuvre de la PEE, dans un champ encore peu exploré par la recherche. Il contribuera à éclairer la compréhension des inégalités environnementales liées au climat, tout en interrogeant les transformations contemporaines de l’action publique face aux défis de la transition énergétique et de l’adaptation aux vagues de chaleur.

Mots-clés

Précarité - Énergétique - Chaleur - Estivale - Cadrage - Traduction

Ce projet de thèse, à la croisée de la sociologie, de l’anthropologie et du droit, propose d’étudier la question des liens affectifs entre parents et enfants et ce que signifie faire famille lors d’un placement en institution. Ainsi, l’originalité de ce projet réside dans le parti-pris consistant à aborder le placement en ciblant les affects, en situation de placement en institution. Pour ce faire, plusieurs outils d’enquête et modes d’analyse seront mobilisés notamment une analyse des dispositifs juridiques autour de la question du placement et du maintien des liens familiaux ainsi qu’une enquête ethnographique, par observations et entretiens, dans plusieurs structures gérées par les Apprentis d’Auteuil. Dans ce cadre, le doctorant se donnera pour objectif de répondre à plusieurs questionnements qui alimenteront cette recherche : Comment des enfants placés en institution situent-ils leur relation affective avec leurs parents ? De quelles manières identifient-ils cette affection en relation avec leurs représentations de ce que constitue une famille ? De quelles manières ce lien parental et affectif est régie par la loi depuis les amendements récents ? Sous quelles formes ce lien parental se manifeste t-il ? Enfin quelle est la place réellement laissée à ce lien affectif par l’institution et les acteurs sociaux ?

Mots-clés

Sociologie - Parentalité - Placement - Lien affectif - Ethnographie

Ce travail de thèse entend analyser concrètement les expériences des étudiantes et des étudiants d’écoles d’élites, afin de comprendre l’influence du genre dans l’intégration de modèles professionnels propres au pouvoir. Située à mi-chemin entre une sociologie des élites et du genre, elle a pour ambition d’analyser les normes de genre véhiculées dans ces espaces de formations, leurs effets sur les rapports sociaux de sexe, ainsi que la diversité des formes de leur appropriation. L’approche comparative permettra alors d’éclairer la diversité des facteurs favorisant l’appropriation de rapports sociaux de sexe spécifiques : entre division des savoirs scolaires, influence des taux de mixité et positionnement dans l’espace social. In fine, elle permettra donc d’interroger la partition genrée de l’espace des grandes écoles, questionnement qui est récemment porté par les établissements eux-mêmes.

Mots-clés

Grandes écoles - Rapports sociaux de sexe - Sociologie des élites - Hégémonie - Pouvoir - Processus d'exclusion

En France, 95 % des églises catholiques sont la propriété des communes. Ces bâtiments sont donc concernés par l’évolution de l’action publique locale et notamment celle de la gestion du patrimoine public. En parallèle, en tant que lieux de cultes, les églises sont également concernées par les évolutions propres à l’institution religieuse qui en est l’affectataire. Elles constituent donc des interfaces entre l’action publique locale et l’institution religieuse qui donnent à voir les recompositions de leurs rapports. Cette thèse s’intéresse donc à la gestion des églises communales par les collectivités propriétaires, et notamment à leur utilisation dans l’action publique locale à travers les politiques énergétiques et culturelles locales. Elle se décline en trois axes : premièrement, l’analyse de la construction des cadres d’action nationaux (financiers, réglementaires, organisationnels) concernant l’action locale par et sur les églises communales. Il s’agit de comprendre comment le traitement actuel des églises communales à l’échelle nationale incite, contraint et modèle leur utilisation par les collectivités propriétaires. Un second axe s’intéresse à la conception de l’action publique intégrant les églises, étudiant à la fois les caractéristiques des communes qui mobilisent leurs églises communales pour des initiatives locales, le processus de conception de l’action locale et l’influence des caractéristiques propres au bâtiment dans cette conception. Enfin, le troisième axe étudie les effets latents produits par la mise en politique des églises, à la fois sur l’action publique en générale, les actions sectorielles en particulier, les relations église-collectivités. Ce projet entend donc identifier les conditions et les raisons qui président à l’inclusion des églises communales dans l’action publique locale, ainsi que leurs effets, afin d’identifier ce que la gestion et l’inclusion de ces bâtiments dans l’action publique dit des rapports entre pouvoirs publics et religieux.

Mots-clés

Action publique locale - Églises - Patrimoine public - Relations public/religieux - Politiques locales

Cette thèse vise à comprendre les fondements et dynamiques organisationnelles et professionnelles qui sous-tendent les réussites des étudiants. Divers enjeux politiques, économiques et sociaux justifient l’intérêt de ce sujet. De fait, la réussite des étudiants a été au centre des politiques publiques de l’enseignement supérieur portées par les gouvernements successifs sur les dernières décennies, spécialement dans les volets consacrés aux universités. Le paysage organisationnel des universités intègre aujourd’hui une grande variété de manifestations de volontés plus ou moins affirmées d’intégrer l’objectif dans l’organisation de la réussite des étudiants. Ces évolutions sont connues partiellement, par exemple sous la forme de travaux de recherche et notamment de thèses qui documentent l’arrivée de nouveaux professionnels liés à la pédagogie. Mais on traite peu de façon intégrée, voire systémique, de ces changements dans l’organisation et dans les métiers.

Mots-clés

Réussites étudiantes - Organisation - Universités - Professions

Know what people think”. Ce slogan, affiché sur la page d’accueil du site de l’entreprise britannique Brandwatch, résume à lui seul la promesse de l’industrie nouvelle associée à l’étude des opinions sur le web : savoir enfin ce que les gens pensent, et cela sans même avoir besoin de le leur demander. Un ensemble d’agences, de start-ups et d’éditeurs de logiciels propose en effet depuis le milieu des années 2000 de connaître les opinions du grand public à partir des millions de publications quotidiennes sur le web social :tweets, billets de blogs, messages sur les forums ou encore commentaires de la presse en ligne. Ces données massivement disponibles sont ainsi investies par des acteurs et des instruments extrêmement variés pour mesurer aussi bien la réputation des grandes marques et entreprises, que les réactions à une campagne publicitaire ou un débat télévisé, ou encore des pratiques de consommation émergentes ; tous ont en commun de s’intéresser pour cela aux opinions non sollicitées des internautes. Cette démarche rencontre par ailleurs un succès considérable depuis plusieurs années : en 2015, soit dix ans après la création des premières entreprises dans ce domaine, l’industrie des logiciels de social media analysis générait 2,2 milliards de dollars de chiffre d’affaires selon le cabinet Markets and Markets, qui prévoit par ailleurs la croissance de ce marché jusqu’à 17,9 milliards de dollars en 2019.

À distance du positivisme qui entoure ces technologies comme d’une critique constructiviste extérieure à son objet, cette thèse cherche à décrire l’émergence de médiations d’un nouveau type qui se saisissent des traces conversationnelles du web social pour la mesure de l’opinion, et renouvellent ainsi le contenu épistémologique et politique de cette catégorie. Partant de l’hypothèse d’une pluralité des formes de l’opinion et des dispositifs qui la mesurent, nous suivons ainsi un ensemble extrêmement varié de modélisations, construites par des start-ups et entreprises innovantes. Nous nous intéressons ainsi dans un premier temps les tentatives de redéfinition de la notion de représentativité par l’échantillonnage de publics mobilisés et influents. Dans un second temps, nous étudions le modèle qui semble l’emporter sur ce marché, fondé sur des logiciels visant l’indexation exhaustive et continue des traces de la conversation en ligne. Mesurant l’opinion comme un flux continu d’événements singuliers, ces instruments rompent définitivement avec l’idée de représentativité et réactualisent une grammaire de l’opinion comme activité collective et discursive, attentive aux dynamiques médiatiques et relationnelles de la discussion en ligne. Ce régime indiciel de connaissance des opinions délaisse donc la quantification des majorités et des minorités pour la mesure des mobilisations et des mouvements de l’opinion.

Membres du jury

  • Loïc Blondiaux, Professeur à l’Université Paris I Sorbonne
  • Dominique Cardon, Professeur associé à l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée
  • Patrice Flichy, Professeur émérite à l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée (directeur)
  • Alexandre Mallard, Directeur de recherche Mines ParisTech
  • Cécile Méadel, Professeure à l’Université Paris II Panthéon-Assas
  • Sylvain Parasie, Maître de conférences à l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée (co-directeur)

Le travail de recherche que nous présentons dans ce document porte sur la dynamique des centres de R&D industriels implantés à l’étranger.

Comme Ronstadt (1978), Asakawa (2001) et Asakawa & Som (2008), nous constatons que la mission et la position des centres de R&D dans le réseau interne d’innovation de la firme évoluent. Nous avons modélisé cette évolution en quatre phases distinctes : l’implantation du centre, la double phase de la construction de son identité grâce à son intégration au réseau interne d’innovation de la firme et à la construction de son réseau externe d’innovation et enfin la maturité du centre. Nous avons ensuite cherché à comprendre comment le centre passait de sa phase d’implantation, durant laquelle il n’a pas encore d’identité propre, à sa phase de maturité, où il est parvenu à se spécialiser et à devenir un élément clé du réseau interne d’innovation de la firme. Nous avons caractérisé chacun des moments de l’évolution du centre par les types de relations entre le centre, son réseau interne d’innovation et son environnement local.

Pour y parvenir, nous nous sommes appuyée sur la littérature sur les clusters qui s’est intéressée aux types de liens nécessaires à l’échange de savoirs et de savoir-faire et à la construction de rapports de confiance entre plusieurs organismes au-delà de la seule considération de leur proximité géographique. Cette littérature apporte un outil peu mobilisé dans la littérature sur la globalisation de la R&D : les proximités (Boschma,2005). Nous avons utilisé six types de proximités pour comprendre et analyser de quelle manière un centre de R&D implanté à l’étranger évoluait : les proximités géographique, institutionnelle organisée, institutionnelle inorganisée, structurelle, cognitive et sociale. Il ressort de nos travaux que chacune des phases de l’évolution du centre se caractérise par une architecture de proximités spécifique entre le centre, son réseau interne d’innovation et son environnement local. Pour parvenir à ces résultats et pour les valider, nous avons combiné plusieurs outils méthodologiques : 1/ nous avons construit et animé pendant deux ans un focus group composé de managers de la R&D industrielle sur le thème de la globalisation de la R&D, 2/ nous avons étudié les centres de R&D implantés à Bangalore de quatre entreprises multinationales : ABB, AkzoNobel, Procter & Gamble et Siemens, 3/ enfin, nous nous sommes appuyée sur un grand nombre de « minicas », recueillis lors d’entretiens informels ou de réunions relatives à la question de la globalisation de la R&D. L’ensemble de ce travail empirique a été fait dans le cadre d’une thèse CIFRE avec l’association européenne pour le management de la recherche industrielle (EIRMA).

Mots-clés

R&D, Innovation, internationalisation, globalisation, dynamique, proximités

La thèse interroge l’existence d’un métier de vendeur au sein de l’entreprise Orange. Il s’agit de retracer, à partir de l’analyse de l’activité dans les différents espaces de vente de l’entreprise (boutique, plateau téléphonique, internet), la construction des pratiques professionnelles, des identités et des dynamiques collectives au sein des équipes de vente. La thèse propose d’établir le parallèle entre ces constructions et l’évolution de l’organisation commerciale de l’entreprise, se traduisant par des transformations profondes de l’encadrement des professionnels (évaluation et rémunération, espaces de travail, environnement informatique, etc.). La thèse cherchera alors à montrer comment les vendeurs recomposent leur métier dans une organisation s’interrogeant sur le rôle de la vente dans son fonctionnement.

Membres du jury

  • Alexandre MALLARD, Directeur de recherche, Mines ParisTech (rapporteur)
  • Frédéric NEYRAT, Professeur des universités, Université Rouen (rapporteur)
  • Gérald GAGLIO, Professeur des universités, Université Nice Sophia Antipolis
  • Sandrine BARREY, Maîtresse de conférences, Université Toulouse Jean-Jaurès
  • Marie BENEDETTO-MEYER, Maîtresse de conférences associée, Université Versailles St-Quentin
  • Pascal UGHETTO, Professeur des universités, Université Paris-Est Marne-la-Vallée (directeur de thèse)

Mots-clés

organisation, métier, identités professionnelles, activité, innovation, travail commercial, marché, outils de gestion

Cette thèse analyse les rapports entre la conception et l’introduction des nouveaux outils informatiques qui essayent de faire la gestion intégrée de l’information dans une organisation et les transformations du design et des pratiques organisationnelles.

Il s’agit d’un thème récurrent des analyses sociologiques dont la pertinence et l’actualité sont assurées par les évolutions techniques successives qui reconfigurent continuellement le paysage du monde du travail. De ce fait, de nouvelles problématiques se constituent et s’imposent régulièrement aux chercheurs travaillant sur ces sujets .

Pour comprendre cette relation nous avons étudié comment sont formulés et qui formule les projets d’un nouveau système d’information intégrée et d’un nouveau modèle d’organisation, ainsi que les références faites par un des projets à l’autre. Nous nous intéressons encore à la façon dont les acteurs, internes et externes à l’organisation, concepteurs et usagers des systèmes d’informations, dirigeants et employés de l’organisation perçoivent et se positionnent par rapport aux deux projets qui représentent en quelque sort des innovations organisationnels.

Notre propos est d’analyser « la dynamique interne de l’innovation » d’une organisation publique en étudiant comment se met en place à partir de la fin des années 1990 dans l’administration fiscale française un des types d’innovation managériale le “plus emblématiques” des dernières décennies : la gestion intégrée de l’information.

Mots-clés

administration électronique, innovation organisationnelle, administration fiscale

Si le numérique transforme le secteur de l’énergie, l’ampleur et les formes prises par cette évolution restent à étudier. La conception du compteur communicant Linky a été accompagnée dès 2005 de nombreuses tentatives de redéfinition des conduites individuelles, prônant l’avènement d’un « consommateur intelligent » (smart consumer), qui repose à la fois sur une logique d’ouverture des marchés de l’énergie et sur un principe d’économie et de transition énergétique. Or, l’installation de cette nouvelle technologie, déjà installée dans de nombreux autres pays depuis le début des années 2000, fait débat, et ce, depuis son lancement expérimental en 2010.

Contre une rationalité sans lieu et sans histoire du compteur Linky, cette thèse en sociologie de l’innovation propose d’analyser les formes de politisation et les modalités d’appropriation que suscitent la conception, la réception et le fonctionnement de cette nouvelle technologie. Cette étude met en évidence que les qualifications du compteur Linky dépassent les espaces de conception : le sens et les appropriations se construisent au sein des mondes sociaux parties prenantes du compteur Linky. À chacune des étapes d’innovation dans les mondes sociaux étudiés du compteur Linky, de nouvelles controverses apparaissent, s’articulant autour de débats en apparence très éloignés les uns des autres. Le compteur Linky, en tant qu’infrastructure de numérisation du monde de l’énergie, agit ainsi comme un révélateur de nouvelles interrogations, à l’aune de débats contemporains sur la consommation, la santé, et le numérique, tels que négociés par plusieurs « entrepreneurs de cause », qu’ils soient professionnels ou non (défenseurs de la protection des données personnelles, collectifs électrohypersensibles, promoteurs de la transition énergétique, militants de l’ouverture des données personnelles, personnels de terrain). Omniprésente, les figures de l’usager et du citoyen n’ont de cesse d’être invoquées au sein de ces régimes de dénonciations : usager acteur de ses consommations, précaires énergétiques, victimes sanitaires, personnes dont la vie privée est atteinte, etc.

Braquer le projecteur sur la nouveauté du compteur Linky ou les controverses médiatiques qu’il suscite masque en partie l’ensemble des régulations à l’œuvre opérées par les mondes sociaux du compteur Linky : la thèse montre que les dynamiques de controverses sont liées à des spécificités locales (histoire sociopolitique des territoires ; réseaux associatifs et politiques ; caractéristiques des parcs de compteurs analogiques). L’étude de la relation de service des professionnels de terrain/clients montre également le poids des régulations de proximité : après une intense phase de résolution de litiges, les professionnels vont resserrer le sens et les usages de l’infrastructure dans le cadre d’une relation de service pacifiée autour de la figure d’un client honnête tenu à distance de son infrastructure de comptage. Le compteur Linky — ce qu’il devrait être, ce qu’il devient finalement — donne à voir une pluralité de modèles de société (société sobre en économies d’énergie, société « connectée », etc.). C’est à l’analyse de ce processus, de cette « mise en société », présidant la transformation et l’adaptation du compteur Linky, que cette thèse est consacrée.

Cette recherche, en partenariat avec le Groupe de Recherche Énergie Technologie et Société (EDF Lab), s’appuie sur près de 135 entretiens et des observations ethnographiques (en Île-de-France, dans le sud-ouest, en Indre-et-Loire et dans la métropole lyonnaise), menés avec l’ensemble des parties prenantes, de la conception et de la diffusion, sur l’étude de deux terrains contrastés d’expérimentation du compteur Linky, ainsi que d’analyses de contenus médiatiques et d’archives historiques des entreprises de l’énergie.

Membres du jury

  • Sandrine Barrey, Maîtresse de conférences, Université Toulouse Jean-Jaurès (Examinatrice)
  • Cécile Caron, Ingénieure-chercheuse en sociologie, Groupe de recherche Énergie, Technologie et Société, EDF Lab (Membre invitée)
  • Olivier Coutard, Directeur de recherche, CNRS (LATTS) (Directeur de thèse)
  • Éric Dagiral, Maître de conférences, Université Paris Descartes (Examinateur)
  • Gérald Gaglio, Professeur des universités, Université de Nice Sophia Antipolis (Rapporteur du jury)
  • Benoit Lelong, Professeur des universités, Université Paris 8 (Examinateur)
  • Thomas Reverdy, Maître de conférences, INP Grenoble (Rapporteur du jury).

Dans ce travail de thèse, nous étudions les relations entre associations et pouvoirs publics au prisme du dispositif local d’accompagnement (DLA).

Dans la première partie de la thèse, nous nous intéressons à la genèse et à la forme du DLA. Nous observons que le DLA est une politique publique de l’emploi, dont la mise en œuvre est déléguée à des structures porteuses, et que son action vise à aider les associations employeuses à pérenniser leurs emplois et consolider leur modèle économique. L’étude de la genèse de cette politique publique montre l’intérêt grandissant de l’État pour le versant économique des associations et la charge en emplois dont elles sont porteuses. Dans la seconde partie, nous nous intéressons à ceux qui la mettent en œuvre, aux agents de cette politique publique. Si nous observons que le dispositif est structuré et cadré, le métier des chargé-e-s de mission DLA est néanmoins « ouvert » ; ils disposent d’importantes marges dans la réalisation de leur travail. Cependant, malgré cette souplesse, ils partagent le souci de l’emploi, et le travail pour l’emploi se fait. Cette analyse nous amène à avancer que le dispositif étudié relève d’une forme de gouvernement par l’accompagnement. Enfin, dans la troisième partie, nous qualifions l’impact du dispositif sur ses bénéficiaires de « professionnalisation contemporaine ». Les « entreprises associatives » sont poussées à structurer l’organisation du travail, à diversifier leurs ressources, mais aussi à se mobiliser pour leurs emplois. Le DLA participe aussi à implanter des dispositifs de gestion dans les associations employeuses : ceux-ci sont aussi bien appropriés de manière stratégique par les dirigeants associatifs que par les pouvoirs publics. Enfin, l’étude des relations entre associations et pouvoirs publics montre que ces derniers sont morcelés, producteurs d’un environnement incertain et concurrentiel pour les associations.

La dynamique observée nous offre des enseignements  qui dépasse les effets du DLA ; en effet le dispositif ne fait qu’accélérer un processus en cours. Au final, les transformations observées à l’œuvre dans le monde associatif employeur semblent être le résultat des mutations de l’environnement des associations, lui-même grandement déterminé par les pouvoirs publics.

Membres du jury

  • Philippe Bezes, directeur de recherche CNRS, Centre d’études européennes de Sciences Po
  • Valérie Boussard, professeure, Université Paris-Ouest-Nanterre-La-Défense
  • Bernard Gomel, chargé de recherche CNRS, Centre d’études de l’emploi
  • Matthieu Hély, professeur, Université Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines
  • Gilles Jeannot, chercheur HRD, LATTS, Ecole nationale des Ponts et Chaussées
  • Maud Simonet, chargée de recherche CNRS, IDHES, Université Paris-Ouest-Nanterre-La-Défense
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