En étudiant l’introduction de formes de Partenariat Public Privé en France et le déploiement d’acteurs financiers autour de cet objet, cette thèse propose d’interroger les partenariats public-privé [PPP] en termes de “financiarisation” de la commande publique.
Elle s’appuie sur une pluralité de matériaux et de terrains d’enquêtes (évolutions du droit de la commande publique, littérature d’influence, observation des acteurs et des manifestations de la promotion des PPP, entretiens menés auprès d’intervenants financiers, stages menés dans des institutions financières liées aux PPP). Dans la perspective de l’étude des structures sociales de l’économie esquissée par Bourdieu, notre démarche consiste à interpréter ce matériau varié en menant plusieurs niveaux d’exploration qui s’inscrivent dans la sociologie économique.
Les PPP sont d’abord analysés sous l’angle, de la construction sociale d’un marché. Nous proposons des caractéristiques organisationnelles, idéal-typiques, décontextualisées, permettant de qualifier de “PPP” les modalités de commande publique mettant en place des contrats globaux (conception, construction, entretien-maintenance) de long terme, où le donneur d’ordres public bénéficie, contre paiement de loyers, d’un service de mise à disposition d’un bâtiment, d’un équipement, ou d’une infrastructure, support du service public final. La sécurité juridique s’y ajoute comme condition d’existence.
Cette approche s’articule avec notre étude longitudinale des évolutions des règles de droit propres au contexte français, qui s’opposeront longtemps à la mise en place de formes contractuelles de type PPP exemptes de risques juridiques. Au désencastrement d’une rationalité ancienne inscrite dans le droit administratif, succède un ré-encastrement dans une nouvelle rationalité. Régis par des dispositifs de régulation conformes aux préconisations du New Public Management, les PPP traduisent par leurs caractéristiques intrinsèques les apports de la théorie microéconomique sur les formes optimales de commande publique. La concurrence pour le marché est combinée avec l’architecture de gouvernance par les contrats, dont la fonction de contrôle assurée par la finance constitue la clé de voûte. Cette lecture juridique, historique et conceptuelle des PPP trouve sa traduction empirique dans la mobilisation et le répertoire argumentatif d’une coalition d’acteurs publics et privés intéressés au bon développement des PPP.
De facto, les partenariats public-privé ouvrent un pan de la commande publique au secteur financier. La technique du financement sur projet mise en oeuvre fait intervenir des acteurs aux intérêts et temporalités divergentes. Les mécanismes de financement – montages et outils – sont analysés comme une succession d’opérations de titrisation, contribuant à découper les équipements publics en actifs connectés aux marchés financiers et à leurs exigences. L’analyse de l’offre s’intéresse également aux intervenants – banques, fonds d’investissements, consultants – impliqués dans les PPP, champ d’acteurs dont est étudiée la dynamique de division du travail. Au terme de ce travail, l’industrie du financement de projet s’affirme comme un nouvel acteur de la production urbaine et des services publics. Au-delà de notre ambition de proposer un protocole d’étude sectoriel contribuant à l’analyse sociologique de la financiarisation, cette thèse éclaire de nouveaux défis pour l’action publique.
Mots-clés
PPP, financement sur projet, sociologie économique, sociologie de la finance, construction sociale des marchés, financiarisation, commande publiqueDans le contexte d’une économie mondialisée, hautement compétitive et reposant toujours plus sur la capacité des entreprises à maîtriser une information à la fois volatile et cruciale, les relations entre les entreprises et leur environnement s’amplifient et restructurent en profondeur les processus d’innovation. Nouvel avatar de la complémentarité dialectique entre innovation et organisation, l’ouverture des entreprises à des écosystèmes extérieurs de plus en plus complexes fait de la capacité à intégrer les talents d’individus et d’organisations dispersées la compétence cruciale des managers et des firmes.
Les communautés en ligne d’usagers, intégrées au processus d’innovation de certaines grandes entreprises constituent un exemple original d’ouverture des organisations à leur écosystème. Explorer la variété de structures, d’acteurs, de moyens et de compétences mis en jeu par les entreprises dans la gestion de ces communautés constituera un des axes de notre recherche. En particulier, on s’intéressera à la figure de l’animateur de communautés d’usagers qui, en tant qu’acteur situé à la frontière de l’organisation, doit effectuer une opération de traduction entre la variété des systèmes de représentations des usagers et celui de l’entreprise. On tachera de comprendre comment s’opère cette traduction et comment les expériences et savoir-faire des usagers sont intégrés aux offres innovantes en cours de conception.
Du côté des usages, l’objectif de cette thèse est de mieux comprendre à la fois les modalités de l’engagement des usagers dans ces plate-formes de co-innovation que les raisons de leur implication. Puisque de plus en plus de sites de co-innovation avec l’usager proposent des rémunérations (par chèque cadeau, places de concerts, etc…), il s’agira de déterminer si l’engagement des individus dans ces dispositifs relève davantage d’activités de loisirs, ou au contraire d’un complément de leurs activités professionnelles; l’opposition manichéenne entre ces deux catégories ayant bien sûr vocation à être dépassée, peut-être dans la définition d’une catégorie intermédiaire entre temps-loisir et temps-travail dont le Web social (Web 2.0) serait le révélateur
L’essor du « web 2.0 », couramment qualifié de web participatif ou social, a réactivé le vocable de la « communauté » pour désigner le regroupement spontané d’internautes autour de sujets de discussion ou de projets communs. À mesure que se développent les plateformes informatisées d’échange d’information et de contenu, au premier rang desquelles Facebook et Twitter, les annonceurs les investissent massivement de leur présence, sous forme de pages et de comptes de marque, pour tirer profit de l’expressivité des internautes au prisme de la « communauté de marque ». La gestion de ces espaces promotionnels innovants est confiée à une nouvelle catégorie de prestataires de service – les community managers – chargés de promouvoir l’offre des organisations et de répondre à la demande ininterrompue d’informations des consommateurs.
C’est ce double mécanisme de la relecture marchande des collectifs en ligne et de la visée stratégique de leur administration qui est questionné ici. Le community management est traité comme un accomplissement pratique, afin de saisir la manière dont une doctrine du marketing s’inscrit dans une activité professionnelle qui se reconfigure au fil de vagues successives de rationalisation de la communication numérique de marque. Ce faisant, cette recherche souhaite contribuer à une sociologie pragmatique qui refuse de réifier le processus de « transformation numérique » de nos sociétés, pour décrire la manière dont celui-ci est performé par une pluralité d’acteurs qui œuvrent à aligner l’expressivité des consommateurs connectés sur les besoins des entreprises.
Membres du jury
- Pierre-Jean Benghozi, Directeur de recherche au CNRS, Professeur à l’École Polytechnique
- Franck Cochoy, Professeur à l’Université Toulouse Jean Jaurès (rapporteur)
- Alexandre Mallard, Directeur de recherche à Mines ParisTech (rapporteur)
- Sylvain Parasie, Maître de conférences à l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée (co-directeur de thèse)
- Dominique Pasquier, Directrice de recherche au CNRS, Télécom ParisTech
- Pascal Ughetto, Professeur à l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée (directeur de thèse)
Les collectivités territoriales ont-elles une influence sur les textes adoptés en procédure législative ordinaire au niveau européen ?
S’intéressant aux cas de l’énergie et des déchets et adoptant une définition de l’influence comme prise en compte dans les écrits, la thèse suit la façon dont ce type d’acteurs se mobilise et essaie d’infléchir le processus législatif communautaire tout au long de son déroulement (de sa préparation au sein de la Commission européenne jusqu’aux trilogues et à l’adoption des textes). Elle s’appuie pour cela sur une méthodologie centrée sur les « rédacteurs des textes » et combinant process-tracing, influence attribuée et analyse textuelle.
Notre recherche montre que, selon le cas, les collectivités peuvent être plus ou moins influentes, à tous les niveaux du processus législatif, et qu’elles ne sont pas nécessairement soutenues par la Commission ou le Parlement en tant qu’institution. Si certains groupes politiques, segments de la Commission ou États-Membres semblent plus enclins à leur apporter leur appui en fonction des sujets (avec une variabilité y compris au sein de chaque secteur), les collectivités sont en réalité confrontées à deux obstacles : l’interprétation du principe de subsidiarité par les législateurs et l’objectif d’un marché intérieur européen concurrentiel.
Dans les situations où l’on constate, en dépit de ces entraves, une forte influence des collectivités, nous identifions certaines formulations dans les textes législatifs qui permettent de contourner ces obstacles, que nous avons dénommées « parades rédactionnelles ».
Nous en mettons en évidence deux types dans nos études de cas : les « parades en mélange », qui consistent à intégrer les collectivités à une catégorie privée plus large, et les « parades par invisibilité », qui évitent de mentionner les collectivités et leur rôle. Ces « parades rédactionnelles » dessinent une influence des collectivités dans les textes à petits pas et relativement discrète, mais pour autant bien réelle.
Membres du jury
- Sabine Saurugger, Professeure à Science Po Grenoble – PACTE (Rapporteure)
- Romain Pasquier, Directeur de recherche CNRS à Science Po Rennes – ARENES (Rapporteur)
- Anne-Cécile Douillet, Professeure à l’Université de Lille – CERAPS (Examinatrice)
- Magali Dreyfus, Chargée de recherche à l’Université de Lille – CERAPS (Examinatrice)
- Charlotte Halpern, Chargée de recherche à Science Po Paris – CEE (Examinatrice)
- François-Mathieu Poupeau, Chargé de recherche CNRS au LATTS (Directeur de thèse)
Mots-clés
Union Européenne, collectivités, influence, procédure législative ordinaire, énergie, déchetLes technologies numériques connectées à base d’intelligence artificielle, dont l’engouement est palpable depuis quelques années, rendent possible de recueillir de nombreuses données porteuses d’information, au point que les entreprises sont amenées à considérer leur utilisation au sein de l’environnement professionnel. Leurs concepteurs suggèrent ainsi d’utiliser les données récoltées comme un moyen favorisant la construction de politiques de santé au travail en récoltant des données sur l’activité de travail. Réel instrument permettant des avancées dans la conception de politiques de prévention et de traitement des risques, des accidents et des maladies professionnelles ou illusion techniciste ?
Connaissance du travail bénéficiant aux salariés autant qu’aux employeurs et aux assureurs ou nouveaux outils de surveillance ? Ces technologies soulèvent de nombreuses questions (utilisation, visées, usages). La thèse défend que l’une des questions les plus cruciales est le modèle de conceptualisation sous-jacent à la conception de ces objets : modèle représentant le travail comme un acte mécanique et contrôlable ou comme une activité déployée par des sujets ? Son objectif est d’éclairer la question de la prise en compte du travail au travers de l’analyse d’une série d’innovation techniques que certains qui s’interrogent encore sur leur utilité veulent voir comme des solutions d’avenir.
En analysant comment un marché numérique tente de se structurer et se légitimer, nous montrons comment s’y construit une représentation de la « santé connectée au travail » par des acteurs parfois très éloignés de ce champ et qui s’engagent dans la diffusion de nouveaux modèles d’innovation, et trouvant des échos dans l’histoire de la construction des questions de santé au travail notamment basés sur la quantification.
Quand ces nouvelles formes technologiques se confrontent à la réalité des pratiques, la thèse montre, en se penchant tant sur la construction du dispositif d’innovation, que les enjeux soulevés par ces expérimentations et les significations qu’y attachent les porteurs de projets et leurs récipiendaires, que la conception du service ne peut faire l’économie de penser le lien entre la technologie et le travail.
Au-delà, la thèse soutient que ce lien ne va pas de soi et fait l’objet, dans la conception, d’un investissement qui soutienne des apprentissages tant sur la technique et les méthodologies de conception que sur les questions de travail.
Composition du jury
- Marc-Éric BOBILLIER-CHAUMON, professeur au Conservatoire National des Arts et Métiers (rapporteur)
- Sophie BRETESCHÉ, professeure, Institut Mines Telecom Atlantique (rapporteure)
- Pascale LEVET, professeure associée, Université Lyon 3 (examinatrice)
- Manuel ZACKLAD, professeur au Conservatoire National des Arts et Métiers (examinateur)
- Pascal UGHETTO, professeur des universités, Université Paris-Est Marne-la-Vallée (directeur de thèse)
Mots-clés
digital, activité de travail, santé au travail, digital, technologies, intelligence artificielleLa thèse questionne le rôle des universités américaines dans la division entre l’art (fine art) et l’artisanat (folk art), avec une attention particulière portée à la qualification et la professionnalisation des artistes. Cette analyse se fait à partir de l’exemple des céramistes dans l’État de Géorgie (au Sud-Est des États-Unis) et la recherche est basée sur des entretiens semi-directifs avec des potiers et des sculpteurs.
La thèse s’inscrit dans une démarche socio-historique et suggère une dimension comparative avec la mise en évidence des spécificités du champ culturel aux États-Unis.
La thèse s’organise en trois grandes parties.
La première partie retrace l’installation des potiers au dix-neuvième siècle dans une économie rurale, la quasi-disparition de ce type de production utilitaire au vingtième siècle (sous l’effet de l’industrialisation) et le rôle joué par les universités américaines dans la patrimonialisation des « folk potters ».
La deuxième partie est consacrée à l’émergence du « groupe professionnel » des céramistes avec un processus d’institutionnalisation au sein des universités entre les années 1950 et 1980, dans un contexte de croissance exponentielle de l’enseignement supérieur aux États-Unis.
La troisième partie est dédiée à une analyse de la structuration actuelle de cet espace professionnel : avec la baisse des budgets universitaires, l’accession à un statut de professeur de céramique représente un idéal atteint par une minorité seulement de privilégiés. Cette partie s’attache à éclairer la diversité des positions existantes dans cet espace caractérisé à la fois par une grande proximité entre les acteurs et de vives concurrences.
Composition du jury :
- Marc Perrenoud, Maître d’enseignement et de recherche, Université de Lausanne, Rapporteur
- Frédéric Poulard, Professeur des universités, Université Paris Cité, Rapporteur
- Sonia Birocheau, Maîtresse de conférences, Université Paris-Est Créteil, Examinatrice
- Elizabeth Browne, Assistant Professor, University of Georgia, États-Unis, Examinatrice
- Alexandre Mathieu-Fritz, Professeur des universités, Université Gustave Eiffel, Examinateur
- Corinne Delmas, Professeure des universités, Université Gustave Eiffel, Directrice de thèse
- Flora Bajard, Chargée de recherche, CNRS, Co-encadrante
A la faveur de la crise du Covid-19, le travail est appelé à évoluer et prendre fréquemment la forme d’un travail à distance pour des proportions importantes de salariés. Le consensus est tel qu’on voit les acteurs d’entreprises (DRH, managers intermédiaires, salariés concernés…) réfléchir à l’organisation de ces modalités d’exercice du travail. La période qui s’ouvre est, selon l’hypothèse qui inspire cette thèse, celle d’un travail individuel et collectif nécessaire pour agencer tous ces éléments afin de les associer le mieux possible entre eux, c’est-à-dire afin de permettre aux organisations productives comme aux individus salariés d’accorder de la façon la moins instable le distant et le présent, l’immédiat et le médiat, le formel et l’informel.
Cette thèse formule donc l’hypothèse que ce sont des agencements – entre des cadres juridiques, des espaces matériellement organisés, des technologies, des formes des collectifs, mais aussi des localisations des salariés, une configuration de leur logement et de leur vie familiale, etc. – qui sont en jeu. Ces agencements sont à étudier dans leurs trajectoires d’invention ou d’élaboration, ce qui pourrait impliquer que, plus qu’à une installation une fois pour toutes de nouveaux cadres, on ait affaire à des processus d’apprentissage.
Mots-clés
Télétravail - Agencement - Collectif de travail - Appropriation du travailA partir d’une étude de la mise en œuvres des schémas directeurs pour les infrastructures de recharge pour véhicules électriques (SDIRVE) ce projet de thèse propose d’étudier l’organisation territoriale de la transition vers la mobilité électrique. Il s’agit ici d’examiner les effets du bouquet de politiques publiques national sur l’écosystème de la mobilité électrique (et réciproquement), les formes de recomposition des relations entre l’Etat-central et les collectivités territoriales dans la transition énergétique ainsi que l’effectivité du rôle intégrateur des régions dans le domaine des mobilités.
Ce projet propose également d’examiner les modalités de coopération entre acteurs publics et privés autour du développement de nouvelles infrastructures de mobilité, en se focalisant en particulier sur la façon dont la participation d’acteurs de natures variées influence l’arbitrage entre les objectifs de service public et de rentabilité économique et, ce faisant, participe (ou non) à redéfinir le rôle des autorités publiques locales dans l’aménagement des territoires. Ce projet de thèse permet enfin d’analyser le rôle joué par les gestionnaires de réseau de distribution d’électricité dans l’accompagnement au déploiement des infrastructures de recharge ouvertes au public, pour appréhender la mutation leur rôle à l’heure de la transition énergétique.
Mots-clés
Automobilité électrique - Transition énergétique - Politiques publiques - Gestion territoriale - PlanificationRisques environnementaux, risques terroristes, risques sanitaires, risques identitaires, risques alimentaires, risques scolaires… la liste des risques face auxquels nous sommes invités à nous positionner semble s’allonger un peu plus chaque jour. Certains sociologues y voient l’avènement d’une véritable « société du risque », mettant à mal tous les grands principes de redistribution des richesses hérités des siècles passés. Le processus aurait été engagé en France à la fin du XIXe siècle à partir du cas des accidents du travail, progressivement pris en charge par des lois autorisant l’indemnisation de nombreux ouvriers en échange de l’instauration d’une obligation d’assurance pour tous.
Depuis lors, la prise en charge et la prévention des risques par l’assurance sont manifestement devenues omniprésentes, voire incontournables dans la vie quotidienne de tous les individus, dès lors qu’ils veulent se déplacer ou se loger par exemple. Notre projet de thèse vise à comprendre comment s’incarne et se prolonge cette évolution de nos jours, alors que des outils numériques, donnant lieu à de nouvelles modélisations, pourraient amener à revoir la définition des risques nous environnant.
Plus spécifiquement, nous proposons d’étudier les caractéristiques d’un groupe social particulier, celui des « actuaires », ces statisticiens spécialisés dans le travail assurantiel, dont les pratiques ont pour objectif l’évaluation et la définition des risques auxquels est soumise une population donnée.
Mots-clés
Risque - Profession - Actuaire - Division du travail - Légitimité scientifique - Pratique politiqueLes caméras de surveillance font depuis quelques années partie de nos paysages urbains, voire même ruraux. Ces dispositifs n’ont pourtant pas réglé l’ensemble des problèmes qui ont amené à leurs déploiements dans de nombreux espaces publics. L’une des solutions proposées afin de régler ce défaut de la vidéosurveillance consiste alors en l’ajout de logiciels de détection automatique au système existant. Ces briques supplémentaires sont de différentes sortes : comptage de personnes, détection de types de véhicule, détection de dépôts sauvages, analyse de situations anormales, reconnaissance faciale etc. Les premiers usages de ces nouvelles formes de vidéosurveillance ont eu lieu en France, bien que celles-ci ne soient pas aussi nombreuses que dans d’autres pays.
Cette thèse cherche à apporter des première réflexions concernant ces nouveaux outils de surveillance et le contexte qui les entoure en les abordant par trois aspects principaux. Le premier de ces aspects concerne les développements scientifiques qui participent de la construction de ces nouvelles solutions de surveillance. Le deuxième aspect se concentre sur le débat public autour de la vidéosurveillance automatisée et la forme particulière que prend ce débat. Le troisième et dernier aspect interroge les utilisations, expérimentales pour la plupart, qui ont lieu en France, les objectifs et les conditions de ces usages.
Pour le premier aspect, ce travail tend à montrer l’importance particulière des infrastructures dans la réussite de ces outils d’intelligence artificielle. Que ce soit à l’étape du développement ou bien de l’usage, l’intelligence artificielle repose en grande partie sur tous outils, tous ces matériaux mobilisés dans son fonctionnement. Données, réseaux, capteurs sont autant de tamis par lesquels le travail du logiciel passe et qui imposent des limites techniques. Pour le second aspect, la recherche a exploré la question de la présentation de ces solutions techniques, de leur promotion ou de leur critique, en tant que problème, dans les débats publics ou bien dans les espaces économiques. Il en ressort que malgré une critique diffuse dans la société les arguments économiques dominent dans les rapports officiels. Pour le troisième aspect, alors que le sujet de la surveillance automatisée ne fait pas consensus, la thèse analyse l’ensemble des stratégies et ressources mobilisées afin de construire malgré tout un marché de la vidéosurveillance automatisée.
Composition du jury :
Gilles JEANNOT, ENPC, Directeur de thèse
Anne-Cécile DOUILLET, Université de Lille, Rapporteure
Sylvain PARASIE, Sciences-Po Paris, Rapporteur
Valérie NOVEMBER, CNRS, Examinatrice
Clément MABI, UTC, Examinateur
Ce projet de thèse porte sur la façon dont les acteurs locaux, participant à la construction des villes intelligentes, conçoivent, traitent et intègrent la question de la privacy dans leurs actions. Il propose de revisiter l’une des questions classiques de la sociologie de la ville : comment les individus ou les acteurs collectifs gèrent-ils l’articulation entre sphère publique et privée à l’occasion de changements sociotechniques. En nous basant sur une approche théorique relevant principalement de l’interactionnisme symbolique et de la sociologie de l’activité, et une approche méthodologique issue des analyses STS (sociologie des sciences et des techniques), ce projet de thèse vise à répondre à deux questions centrales : 1) quels sont les effets des smart cities, en tant que systèmes d’information, sur la vie privée des citoyens ? 2) quelles sont les contraintes ou les perspectives que les principes de protection de la vie privée imposent aux développements technologiques au sein des smart cities ? Pour répondre à ces questions, nous étudions les actions de gestion des données que les acteurs déploient lors de la mise en place des villes intelligentes. Le principal cas d’étude est la ville de Dijon.
Composition du jury :
- Corinne Delmas, Professeure des universités, Université Gustave Eiffel – LATTS (Présidente du jury)
- Florence Millerand, Professeure des universités, Université du Québec à Montréal (Rapporteure)
- Gérald Gaglio, Professeur des universités, Université Côte d’Azur (Rapporteur)
- Alexandre Mathieu-Fritz, Professeur des universités, Université Gustave Eiffel (Directeur de thèse)
- Éric Dagiral, Maître de conférences, Université Paris Cité (Examinateur)
- Antoine Courmont, Maître de conférences, Université Gustave Eiffel – LATTS (Examinateur)
- Cécile Caron, Ingénieure-chercheuse en sociologie, GRETS–SEQUOIA, EDF R&D (Membre invitée)
Mots-clés
Organisations - Vie privée - Collectivités territoriales - Ville intelligente - Numérique - DonnéesLa loi du 20 aout 2008 « portant rénovation de la démocratie sociale » a apporté d’importantes transformations aux élections professionnelles en entreprise. Auparavant strictement circonscrites aux problématiques internes à l’entreprise, les élections des représentants du personnel déterminent désormais également l’accès et le poids des organisations syndicales dans la négociation collective. En appelant les salariés aux urnes, la réforme a pour ambition de justifier démocratiquement les pouvoirs accordés par l’Etat aux organisations considérées comme « représentatives ». Néanmoins, la recherche a montré que les conditions en entreprise n’étaient pas toujours réunies pour faire du vote un vecteur de démocratisation.
Dans le cadre des élections professionnelles, le vote y est plutôt un objet de dispute entre des acteurs (syndicats, candidats mais aussi de façon informelle la direction d’entreprise) qui cherchent à légitimer des interets qui leurs sont propres. Cette situation est particulièrement claire dans le secteur de la propreté où les salariés, souvent d’origine étrangère, travaillent exclusivement pour des entreprises sous-traitantes, sur des chantiers dispersés, avec des statuts souvent précaires, etc.
La thèse envisagée s’intéressera à la façon dont les acteurs se sont saisis de la réforme, des transformations aux élections (en termes d’organisation et de résultats) et des évolutions des relations professionnelles en conséquence au niveau de la branche.