La montée d’un « impératif participatif » tend à renouveler l’action publique et à ouvrir le système décisionnel à l’ensemble des parties prenantes. Les usagers sont alors invités à se mobiliser afin d’élargir le registre des connaissances mobilisables et de prendre en compte leurs points de vue sous prétexte de leur expertise d’usage. Visant à comprendre ce renouvellement et à définir la place et le rôle joué par les usagers au sein de ces instances participatives, nous avons construit cette thèse autour de la figure d’un « usager compétent ». Autrement dit, un acteur capable de coproduire l’action publique et de partager ses savoirs d’usage.

Notre analyse de deux dispositifs participatifs, empruntés au domaine des déplacements urbains, nous a tout d’abord permis de mettre en exergue les impacts concrets de la participation des usagers sur les solutions et les orientations retenues pour le projet mis en débat. Ensuite, nous avons interrogé ces démarches au regard des principes de conception collective mobilisés dans les domaines du génie industriel et des sciences de gestion. Enfin, nous avons montré que pour asseoir une action publique collective à partir de la constitution d’une maîtrise d’usage, il fallait répondre à une triple condition de légitimation, de formalisation et de mise en œuvre.

Mots-clés

participation, usager, expertise, déplacements urbains

A travers l’observation des services publics de base, cette thèse s’intéresse à la réorganisation des pouvoirs politiques et techniques consécutive à la mise en place de la réforme de décentralisation. En Inde, cette question a déjà fait l’objet de plusieurs études de cas en zone rurales et dans les villes métropolitaines. L’objet de ce travail est de compléter ce corpus en le replaçant dans le contexte différencié des petites villes indiennes. Celles-ci ont jusqu’ici peu interpellées l’attention des chercheurs et des planificateurs.

Ce désintérêt traduit un biais dans la manière de penser l’urbanisation indienne où la « ville » désigne avant tout des agglomérations métropolitaines, considérées comme les moteurs de la croissance économique, aux dépens du reste de l’Inde urbaine. Pourtant, une part importante de la population urbaine vit aujourd’hui dans ce type de villes et est donc tout autant concernée par les changements introduits par les nouvelles politiques urbaines issues de la décentralisation. Dans le cadre de ce travail doctoral, une enquête a été menée à travers quatre petites villes de 20000 habitants sélectionnées à l’est de l’Uttar Pradesh en interrogeant les hommes politiques, les ingénieurs et les habitants. La recherche empirique s’est appliquée à analyser la formation des gouvernements locaux avec une perspective multi-niveaux pour comprendre les transformations institutionnelles depuis la réforme. Les résultats de l’étude permettent d’obtenir une image du processus d’émergence des municipalités dans les petites villes.

Mots-clés

Inde, décentralisation ,petites villes ,municipalité, gouvernance multi-niveaux, services publics de base

A la fin de l’apartheid, en 1994, un espoir de renouveau politique, économique et social émerge en Afrique du Sud. Parmi les préoccupations du nouveau gouvernement ANC : gommer les inégalités et généraliser l’accès aux services de base. La réalisation du droit à l’eau, tel que reconnu par la nouvelle Constitution, devient ainsi l’une des priorités. La municipalité de Johannesburg, engagée dès la fin des années 1990 dans un processus de renouvellement de sa politique de l’eau, lance en 2003 le projet Gcin’amanzi (OGA) dans son plus important township : Soweto. Dès ses prémices, il est l’objet de nombreuses controverses et donne lieu, en 2006, à un procès :

« l’affaire Mazibuko ». Sous l’impulsion d’organisations militantes et avec le soutien d’une organisation de défense des droits humains et d’un avocat constitutionnel renommé, cinq résidents de Soweto attaquent deux aspects du projet OGA : l’installation de compteurs à prépaiement, et la politique de l’eau gratuite, dont le volume est jugé insuffisant.

Cette thèse se propose de retracer l’histoire de cette « affaire » et d’étudier les répercussions de l’usage militant du droit, par un groupe de citadins défavorisés, sur la politique municipale de l’eau. Au-delà, ce travail étudie les effets potentiels du droit à l’eau, et permet d’appréhender de l’effectivité de la justiciabilité du droit à l’eau comme, plus généralement, des droits sociaux.

Mots-clés

droit à l’eau, droits sociaux, usages militants du droit, politique de l’eau, Afrique du sud

De nombreux objets et espaces urbains situés dans les métropoles deviennent des actifs financiers. Bureaux, centres commerciaux, résidences étudiantes, grands équipements sont acquis par des fonds d’investissement et des sociétés cotées qui capitalisent sur les flux de revenus futurs générés par l’usage de ces bâtiments par des entreprises et des habitants. Le redéveloppement urbain à travers l’aménagement de quartiers mixtes se retrouve, par l’entremise des circuits de financement des marchés immobiliers, branché sur les marchés financiers. La thèse se propose d’analyser cette financiarisation du capitalisme urbain à partir de l’articulation des politiques des gouvernements urbains et des stratégies financières des gestionnaires d’actifs immobiliers. Les rapports de pouvoir entre ces deux acteurs et leurs effets socio-spatiaux et matériels sont interrogés à partir d’une comparaison de deux grands projets d’aménagements situés dans le Grand Paris et le Grand Lyon. C’est dans cette perspective que l’enquête porte sur les projets opérationnels, mais aussi sur les salons immobiliers où ils sont présentés, et les stratégies métropolitaines.

La recherche montre qu’en dépit d’orientations politiques différentes, la construction d’immobilier tertiaire standardisé, polarisé, et réservé à quelques grandes entreprises conditionne le redéveloppement urbain dans les deux cas. Ces conditions correspondent aux standards d’investissement sélectifs des gestionnaires d’actifs, que les conseils en immobiliers et les promoteurs relayent auprès des gouvernements urbains. Elles résultent de processus dont la conflictualité varie en fonction des agendas locaux. Après d’intenses négociations menées par les promoteurs, la municipalité de Saint-Ouen a renoncé à certains principes structurants du projet des Docks. L’aménagement du Carré de Soie s’est au contraire traduit par un consensus entre promoteurs et le Grand Lyon autour de la réalisation d’un pôle tertiaire. Deux configurations locales sont avancées pour interpréter ce résultat comparatif propice à la financiarisation. La faiblesse de la régulation de la production de bureaux à l’échelle de la métropole parisienne conduit à des négociations localisées au sein du projet, où les objectifs municipaux sont contraints par la hiérarchisation des priorités politiques, les modalités de financement de l’aménagement et la matérialité du foncier. Dans la métropole lyonnaise, l’institutionnalisation d’une politique de l’offre immobilière portée par l’exécutif et les services de développement économique du Grand Lyon organise la circulation des standards d’investissement à l’échelle de l’agglomération et renforce leur poids sur l’aménagement.

À partir de ces résultats, la thèse propose une lecture d’économie politique urbaine de la financiarisation de l’environnement urbain alternative à la théorie marxienne, en insistant sur le rôle des gestionnaires d’actifs et soulignant ses médiations. Elle contribue aux théories du pouvoir urbain en montrant le poids limité des agendas locaux sur les effets sélectifs de la financiarisation, et en discutant la formation, à certaines conditions, d’une coalition de croissance financiarisée.

Membres du jury

  • Philip Ashton, Associate professor, University of Illinois at Chicago (Rapporteur)
  • Ève Chiapello, Directrice d’études, EHESS (CEMS)
  • Sylvie Fol, Professeure des universités, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
  • Ludovic Halbert, Chargé de recherche CNRS (LATTS) (Co-encadrant)
  • Christian Lefèvre, Professeur des universités, Université Paris-Est (Directeur de thèse)
  • Gilles Pinson, Professeur des universités, Sciences Po Bordeaux (Rapporteur)

Contrôles d’accès, profilage commercial, vidéosurveillance « intelligente », mais aussi mesures des activités de travail, capteurs de produits toxiques, etc. sont autant de dispositifs de surveillance qui se multiplient. Ils sont l’objet de fortes critiques, que ce soit pour en dénoncer les effets nocifs ou pour réclamer leur renforcement. Cette thèse contribue à expliquer ces gestes critiques différenciés qui participent à l’actualisation de nos sociétés de surveillance et du risque. Elle propose une analyse qui réinscrit les pratiques de surveillance dans leurs contextes organisationnels, sociaux et pratiques, à partir de deux dispositifs : la prévention des accidents (dite sécurité) et la prévention des actes de malveillance (dite sûreté) dans le milieu ferroviaire en France. La recherche montre qu’en dépit de l’éloignement des problèmes considérés, les professionnels devant surveiller sont confrontés à des enjeux pratiques similaires. La thèse éprouve ce résultat d’abord d’un point de vue historique, en montrant que les premiers gestionnaires ferroviaires du XIXe siècle ont géré ces deux problèmes à partir d’un même dispositif disciplinaire.

Après une spécification de ces enjeux au début du XXe siècle, l’analyse sociologique des pratiques actuelles souligne un rapprochement des mondes professionnels de la sécurité et de la sûreté ferroviaires, autour de la « gestion du risque ». Dans les deux cas, l’une des activités principales des professionnels de la sécurité et de la sûreté est de se séparer de certaines données, collectées dans leurs pratiques de surveillance.

À partir de ces résultats, la thèse se propose de renouveler pour partie l’analyse des pratiques de surveillance. L’attention que la plupart des travaux sur la surveillance portent aux processus d’accumulation des données masque de fait les processus d’omission, de mise à l’écart ou de destruction de données. La thèse plaide alors pour une attention aux deux processus, d’accumulation et de séparation, pour mieux comprendre et pouvoir renouveler la critique des pratiques de surveillance.

Membres du jury

  • Mathilde Bourrier, Professeure ordinaire, Université de Genève (rapporteure)
  • Dominique Cardon, Professeur associé, Sciences Po
  • Anne-Cécile Douillet, Professeure des universités, Université Lille 2
  • Cédric Moreau de Bellaing, Maître de conférences, École Normale Supérieure
  • Valérie November, Directrice de recherche CNRS (LATTS) (directrice de thèse)
  • Gwenaële Rot, Professeure des universités, Sciences Po (rapporteure)

Mots-clés

surveillance, risque, sécurité, sûreté, accident, délinquance, police ferrovoaire, critique

Ce livre se déroule, comme une peinture de paysage chinois que le regard parcourt lentement. J’utilise cette forme car je décris un panorama. Il n’est pas fait de montagnes dans la brume ou de buissons balayés par le vent, mais de centres de traitement de données, d’entrepôts de livraison, de flux de réseaux sociaux…

J’explore l’hypothèse qu’Internet s’inscrit dans un mouvement général de réduction de la société à des composants de petite échelle, ce qui permet une fluidification de ses mécanismes. Une idée de chimiste – la décomposition en poudre de la matière, avant de procéder à sa recomposition – est également appliquée aux relations sociales, à la mémoire, à l’humain en général.

Tout comme la réduction en poudre de la matière permet d’accélérer les réactions chimiques, la réduction en poudre de la société permet une décomposition et une recomposition accélérée de la matière dont est fait l’humain. Elle permet de multiplier les réactions au sein de la société, les productions de l’humanité, la chimie sociale : combinatoire des passions (Charles Fourier), hyperfragmentation du travail (Mechanical Turk), décomposition du savoir (Paul Otlet), Internet des neurones (Michael Chorost), société par agrégation des affects (Facebook). C’est ce que j’appelle la « société-nuage ».

Membres du jury

  • Direction de thèse: Antoine Picon (Université Paris-Est Marne-la-Vallée, École doctorale ville transports et territoires, Laboratoire Techniques Territoires et Sociétés)
  • Co-direction de thèse: Pierre Cassou-Noguès (Université Paris 8, École doctorale Pratique et théories du sens)
  • Emmanuel Mahé (École nationale supérieure des arts décoratifs)
  • Nicolas Thély (Université Rennes 2)
  • Nathalie Roseau (École nationale des Ponts et Chaussées, LATTS)
  • Karen O’ Rourke (Université Jean Monnet, Saint-Étienne)

Le périurbain est régulièrement stigmatisé au titre de la surmobilité (notamment automobile) qu’il entraîne. Dans ce travail de doctorat, nous avons pris au sérieux cette critique et l’avons mise à l’épreuve en explorant les liens entre le cadre de vie et la mobilité de loisir. De fait, si certains travaux ont porté exclusivement sur l’influence des variables socioéconomiques (niveau de diplôme, PCS, revenu) des ménages pour expliquer leur mobilité, d’autres ont mis en évidence l’influence du contexte urbain. Nous nous appuyons sur ces travaux, mais en opérant un double déplacement. D’une part, nous ne prenons pas seulement en compte le contexte urbain commun à un ensemble de ménages, mais aussi le cadre de vie propre à chaque ménage (entendu comme l’espace ordinairement pratiqué par le ménage considéré dans son contexte urbain). D’autre part, nous faisons l’hypothèse que les pratiques spatiales des ménages (tant au sein de leur cadre de vie qu’en dehors) reposent également sur leur « rapport à leur cadre de vie ». Le « rapport au cadre de vie » ne résulte pas seulement des caractéristiques socio-économiques des ménages mais renvoie aussi à leur histoire propre, leur parcours résidentiel, leur valorisation différenciée des dimensions fonctionnelle, sociale et sensible (en d’autres termes, leur représentation) de leur cadre de vie.

Notre travail a donc consisté à tester empiriquement les hypothèses de l’influence du contexte urbain et du rapport au cadre de vie sur la mobilité de loisir. Les agglomérations francilienne et romaine, qui présentent des structures urbaines et des modèles de périurbanisations contrastés, constituent nos terrains d’étude. Pour notre échantillon nous avons retenu des familles (ménages d’adultes entre 30 et 45 ans avec enfants) et avons mené des enquêtes dans 9 quartiers (dans leur contexte urbain), se distinguant par leur situation géographiques (centrale, péricentrale, périurbaine) et leur niveau de desserte en transport collectif. Notre travail empirique combine trois approches complémentaires : une approche contextuelle dans laquelle nous décrivons les caractéristiques fonctionnelles, sensibles et sociales des terrains d’étude, une approche qualitative comprenant 81 entretiens semi-directifs et une approche quantitative reposant sur 2250 entretiens téléphoniques (questionnaire fermé) auprès de ménages résidents dans les quartiers étudiés. A partir de l’apport de la littérature, une grille d’analyse a permis de traiter les entretiens et de classer les ménages selon 5 profils de « rapport au cadre de vie » à partir de leurs représentations et de leurs pratiques dans les registres fonctionnel, sensible et social.

Nos résultats statistiques confirment la forte influence du revenu et de la position socioéconomique sur la mobilité de loisirs mais relèvent également l’influence non négligeable de deux autres variables qui agissent séparément et en interaction : le rapport au cadre de vie et le contexte urbain. Par ailleurs en neutralisant l’effet revenu et l’effet de la position socioéconomique, les résultats confirment bien une influence statistiquement significative de la localisation géographique. Les résidents du centre parcourent toujours davantage de kilomètres pour la mobilité de loisir que les péricentraux et les périurbains et leur mobilité globale (travail + loisir) est quasi équivalente à celle des périurbains et des péricentraux. L’analyse à l’échelle du quartier permet de vérifier l’hypothèse d’une mobilité de compensation et de préciser quels sont concrètement les éléments contextuels décisifs dans le choix des motifs de loisir. L’analyse du contexte à différentes échelles (l’agglomération, la localisation géographique, le quartier et l’habitat) confirme l’influence d’éléments importants qui expliquent une part importante de mobilité de loisir en termes kilométriques tels que le manque de calme, d’espaces verts et d’intensité des tissus associatifs et sociaux et la localisation de l’offre de loisir dans l’agglomération. On observe ensuite l’influence de l’offre de transports ferroviaires, de la densité et du statut d’occupation du logement (propriétaire ou locataire). Le type de logement (maison individuelle ou immeuble) n’a, en revanche, pas d’influence sur la mobilité de loisir.

Les résultats obtenus montrent le rôle du rapport au cadre de vie dans la construction d’un mode de vie sur lequel se fonde la mobilité de loisir. L’attention portée à la relation entre le ménage et son cadre de vie permet de montrer que la mobilité de loisir dépend notamment de la représentation que le ménage se construit de son cadre de vie.

Mots-clés

mobilité de loisir, pratique, étalement urbain, représentations, cadre de vie, intensité urbaine

La production du logement en France est au cœur de plusieurs débats académiques : sur l’action de l’État, sur les logiques privées de production, sur la gouvernance locale. La thèse selon laquelle un processus de néo-libéralisation affecte les sociétés occidentales depuis les années 1970 en offre une lecture transversale. Cependant, l’analyse d’un instrument de la politique nationale du logement – l’aide fiscale à l’investissement locatif – en montre les nombreuses limites, en particulier dans les années 2000.

Reposant sur une méthodologie croisant approches qualitatives et quantitatives, notre recherche révèle plutôt l’émergence d’une nouvelle économie politique de la production du logement. En lien avec la décentralisation, la puissance publique se fait duale, avec d’un côté un État qui encadre le marché par la réglementation et de l’autre des collectivités qui entrent en négociation avec les acteurs privés. Cette dualité fait d’ailleurs apparaître des contradictions entre enjeux nationaux (notamment macroéconomiques) et priorités locales.

En regard, la promotion immobilière se transforme : si les dispositifs d’incitation fiscale mis en place par l’État ont amené de nouveaux acteurs et fait naître un modèle de production spécifique, la nouvelle logique d’action publique induit une adaptation des stratégies. La fabrication matérielle de la ville se trouve affectée par ces changements. A la fois parce que la réglementation nationale a un impact sur l’offre mais aussi parce que les inégales capacités de négociation des collectivités avec les acteurs privés exposent davantage les villes petites et moyennes à une production de logements en décalage avec les attentes publiques.

Mots-clés

Politique du logement, investissement locatif, action publique, néolibéralisation, financiarisation, aide fiscale, promoteurs, régulation publique

Sur la base d’investigations empiriques dans deux villes ordinaires de pays émergents –Vitória au Brésil et Coimbatore en Inde- nous expliquons pourquoi la gestion des déchets municipaux au Sud ne peut pas exclure les acteurs dits « informels » sous peine d’aboutir à des fiascos. Ce constat est désormais unanimement reconnu, sans qu’en soient pour autant explicitées les raisons.

Nous partons de l’observation empirique de conflits d’appropriation, qui apparaissent lors de l’introduction de schémas municipaux de collecte sélective et transcendent la dichotomie entre gros opérateurs privés et petits wastepickers. Ces heurts nous amènent à formuler la question centrale suivante : à qui appartiennent les déchets, res derelictae, objets précisément définis par leur abandon ?

C’est ici que réside l’apport de notre recherche : en confrontant la théorie économique à une approche d’aménagement urbain, nous démontrons que le gisement de déchets urbains correspond à un bien (ou un ‘mal’) public impur : rival, mais non excluable. Cette caractéristique est due autant aux ruptures de charge du service d’évacuation, qu’à la valeur marchande d’un nombre croissant de matériaux -à condition qu’ils soient captés à la source.

Enfin, en abordant la question à une échelle plus macro, nous affirmons que le négoce local de revente des déchets secs est directement influencé par les cours des matières premières vierges, ou secondaires (lorsque de tels marchés existent). Cette prégnance de l’économie globale sur un service urbain local permet de repérer des stratégies émergentes d’extraction minière urbaine qui aboutissent à poser avec une acuité renouvelée la question de la légitimité des appropriations.

Mots-clés

Déchets urbains, Economie politique, Emergents, Conflits, Brésil, Inde

Au sein des discours prenant pour cadre une volonté de transition énergétique, on observe de manière grandissante une promotion de circulations d’énergie à des échelles infra-urbaines entre des activités diverses. Des acteurs locaux, nationaux ou transnationaux proposent par exemple de valoriser la chaleur dite « fatale », produite par de multiples activités (industries, data centers, eaux usées …). Parallèlement, on promeut le partage de productions d’énergie décentralisées entre différentes fonctions (résidentiel, tertiaire, commercial …) à des échelles allant de l’îlot au quartier. En somme, des formes de connexion entre activités urbaines pour échanger de l’énergie sont promues et les exemples de mise en œuvre se multiplient.

Cette thèse propose de saisir ces connexions comme des nouvelles formes de réseaux urbains, qui se substituent ou se superposent à un modèle de grand réseau centralisé plus que centenaire, fondé sur l’efficacité technico-économique, la solidarisation du territoire et la croissance des consommations. Elle vise à comprendre ce que change l’émergence de ces circulations locales à la co-construction de la ville et des réseaux d’énergie.

Pour saisir ces transformations, la thèse combine les apports de deux ensembles de travaux. D’un côté, les recherches urbaines et sociotechniques sur les réseaux permettent de saisir les reconfigurations de ces infrastructures. D’un autre, le champ de l’écologie industrielle et territoriale analyse les dynamiques qui mènent à des échanges de flux matériels entre activités humaines. La combinaison de leurs résultats permet ainsi de saisir l’objet considéré dans ses dimensions sociales, techniques et métaboliques, c’est-à-dire dans une perspective sociomatérielle.

L’analyse se fonde principalement sur trois études de cas dont on s’attache à comprendre l’émergence, le fonctionnement et l’évolution : l’approvisionnement du réseau de chaleur de Dunkerque par une source de chaleur industrielle, la récupération de chaleur sur un data center pour approvisionner un quartier de Marne-la-Vallée et la mutualisation des productions d’énergie dans le quartier de La Confluence à Lyon. Plus largement, un regard est porté sur les reconfigurations concrètes ou proposées de l’organisation de la chaîne d’approvisionnement énergétique à la ville.

Les résultats de la thèse sont de trois ordres. En premier lieu, ces mises en réseau ne sont plus motivées par la seule efficacité technico-économique de la forme réticulaire pour l’approvisionnement du territoire. Les intérêts des différents acteurs impliqués ont tous à voir avec un objectif d’optimisation de l’usage des flux : on passe ainsi d’une recherche d’efficacité technico-économique à celle d’une efficacité métabolique. En second lieu, les réseaux qui émergent de ces échanges sont instables, tout particulièrement en raison des incertitudes quant à l’évolution à court et à long terme des flux disponibles. Ainsi, ils ne reproduisent pas l’effet solidarisant permis par la stabilité des grands réseaux conventionnels. Enfin, face à ces instabilités, les acteurs proposent des évolutions qui visent à réduire les dépendances à des flux incertains. Ces évolutions ont pour caractéristique de s’appuyer sur une croissance du réseau qui ne suit plus un objectif d’universalisation. Au contraire, une forte sélection spatiale de l’extension du réseau est opérée, en fonction de la matérialité des flux perçue par les acteurs. Plutôt que d’engendrer de nouvelles consommations dans une logique d’offre, il s’agit ainsi d’intégrer de nouveaux flux déjà présents sur le territoire.

En somme, la thèse montre un certain « tournant métabolique » dans le processus de mise en réseau de la ville par l’énergie. Alors que l’extension des infrastructures est pendant longtemps restée au centre des problématiques de construction des réseaux, les flux produits et consommés qui préexistent sur le territoire peuvent à présent être la motivation première de la création de connexions.

Membres du jury

  • Sabine Barles, Professeur, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (rapporteur)
  • Nicolas Buclet, Professeur, Université Grenoble Alpes (examinateur)
  • Olivier Coutard, Directeur de recherche, CNRS, UMR LATTS (examinateur)
  • Gilles Debizet, Maître de conférences, Université Grenoble Alpes (examinateur)
  • Gabriel Dupuy, Professeur, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (rapporteur)
  • Laurence Rocher, Maître de conférences, Université Grenoble Alpes (examinateur)
  • Taoufik Souami, Professeur, Université Paris Est (directeur de thèse)

Les espaces de coworking sont des espaces de travail partagés par des individus de plusieurs
organisations au sein d’un espace ouvert. Cette thèse analyse le développement d’un marché du
coworking en Ile-de-France au regard des modalités de réalisation du travail dans ces espaces. Le rôle de la proximité physique dans le développement de pratiques collaboratives y est observé dans un espace de coworking parisien L’étude des croisements entre échanges marchands et non-marchands permet de montrer que les effets de réciprocité contribuent à renforcer les liens entre coworkers.

Les espaces peuvent faciliter les projets entrepreneuriaux par un apprentissage entre pairs et l’accès à des ressources communes au sein de l’espace. Cela nécessite cependant que les gestionnaires de coworking organisent la collaboration et la rendent visible. Ils font du coworking une nouvelle forme de service immobilier qui articule espace physique et service informel de mise en relation des travailleurs. La valeur des espaces de coworking est alors co produite par les utilisateurs.

Cette thèse resitue également le développement du coworking en Ile-de-France par rapport à un ensemble de politiques publiques. Les collectivités territoriales ont contribué à structurer le marché avant que des promoteurs immobiliers n’opèrent un changement d’échelle dans la notion-même de coworking. L’opérateur de coworking devient un intermédiaire permettant de mutualiser la demande de bureaux des petites entreprises en zone métropolitaine, et est amené à prendre une place au sein de la chaîne de valeur de l’immobilier.

Membres du jury

  • Didier Paris, Professeur des Universités, Université Lille 1
  • Antoine Picon, Directeur de recherche à l’Ecole des Ponts ParisTech (Directeur de thèse)
  • Raphael Suire, Professeur des Universités, Université de Nantes (Rapporteur)
  • Pierre Veltz, Professeur émérite à l’Ecole des Ponts ParisTech
  • Elsa Vivant, Maître de conférences, Université Paris-Est (Co-encadrante de thèse)
  • Sharon Zukin, Professor, Brooklyn College, City University of New York (Rapporteur)
  • David Cocheton, Directeur de l’Aménagement, SEM Plaine Commune Développement (Invité)

Mots-clés

coworking, proximité, industries créatives, économie collaborative, immobilier d’entreprise, Paris

Depuis les années 1990, des investisseurs financiers transnationaux investissent dans les marchés d’immobilier d’entreprise de Mexico, comme dans ceux de la plupart des principales métropoles de pays « émergents ». Ces acteurs d’un genre nouveau contribuent à renforcer l’expansion spatiale de la métropole et sa structuration à une échelle régionale.

Cette contribution particulière à la production urbaine de Mexico est expliquée en deux temps : d’une part, les spécificités des investissements financiers transnationaux sont expliquées par le fonctionnement interne contraignant du réseau financier transnational qui s’organise autour de concepts et d’outils définis hors du Mexique ; d’autre part, leur concentration à la périphérie de l’Etat central de la métropole de Mexico – le Distrito Federal (DF) – se comprend à travers une analyse de la construction historique des différents territoires qui constituent l’espace métropolitain.

Au sein du DF, l’insertion des investisseurs financiers transnationaux dans les marchés immobiliers se voit freinée par des promoteurs et investisseurs concurrents, inscrits dans des réseaux sociaux fermés, caractérisés par un fonctionnement communautaire et un système de faveurs ancien. A la périphérie, à l’inverse, les investisseurs financiers transnationaux parviennent à s’insérer plus facilement dans les marchés immobiliers, encastrés dans des territoires plus récemment urbanisés et où les ressources politiques et économiques sont plus dispersées.

Cette thèse cherche ainsi à contribuer à une meilleure compréhension des modalités par lesquelles se réalise la financiarisation des marchés immobiliers et de la production urbaine dans une métropole d’Amérique Latine, telle que Mexico. Elle montre que la diffusion de pratiques, de concepts et d’une nouvelle division du travail, promus par le réseau financier transnational, est l’objet d’une lutte de pouvoir avec d’autres manières, préexistantes et concurrentes, de développer et d’investir dans l’immobilier.

Membres du jury

  • Olivier CREVOISIER, Professeur, Université de Neuchâtel, rapporteur.
  • Patrick LE GALÈS, Directeur de Recherche, Sciences Po Paris, rapporteur.
  • Ludovic HALBERT, Chargé de Recherche, Université Paris-Est, Latts, co-encadrant de thèse.
  • Catherine PAQUETTE, Chargée de Recherche, Institut de Recherche pour le Développement.
  • Vincent RENARD, Directeur de recherche, IDDRI – Sciences- Po, directeur de thèse.
  • Vicente UGALDE, Chercheur, El Colegio de México.

Mots-clés

Financiarisation, Territoire, Mexico, Production urbaine, Promotion immobilière, Réseau