Cette thèse étudie les transformations urbaines post-socialistes à Saint-Pétersbourg à travers le prisme de la rénovation du patrimoine architectural soviétique, révélatrice de l’avancée de l’autoritarisme urbain. À l’aide d’une méthodologie mixte – croisant entretiens, observation, cartographie, statistiques, analyse des réseaux et ethnographie en ligne – elle explore les logiques politiques, économiques et sociales qui façonnent la ville depuis la chute de l’URSS. La recherche met en lumière la mise en marché progressive de la «ville socialiste», tout en contestant les récits dominants de la néo-libéralisation, en révélant notamment les dynamiques clientélistes et autoritaires du pouvoir urbain à l’œuvre dans les projets de démolition-reconstruction du bâti soviétique.

Le quartier Narvskaya Zastava, ancien espace ouvrier emblématique, sert de cas d’étude principal pour analyser les tensions entre préservation patrimoniale et transformation urbaine qui en résultent. À partir d’un terrain à la fois présentiel et numérique, la thèse montre que le patrimoine devient un espace stratégique de contestation de l’autoritarisme et de la politisation sous contrainte. L’expertise – architecturale, historique et juridique – y est mobilisée comme ressource politique par des habitants, des militants, des professionnels et, parfois, des représentants du pouvoir, révélant ainsi les failles et les tensions internes de l’État autoritaire.

L’enquête met cependant en lumière la pluralité des logiques qui structurent les réactions habitantes, favorables ou opposées aux projets de rénovation, et fait apparaître des rapports sociaux post-socialistes bien plus complexes qu’une simple opposition entre gagnants et perdants de la libéralisation économique.

Composition du jury :

  • Béatrice VON HIRSCHHAUSEN, Directrice de recherche CNRS, Géographie-cités/Centre Marc Bloch (Rapporteuse)
  • Martin MÜLLER, Professeur des universités, Université de Lausanne (Rapporteur)
  • Elsa VIVANT, Professeure des universités, Université Gustave Eiffel (Directrice de thèse)
  • Martine DROZDZ, Chercheuse CNRS, LATTS/Maison française d’Oxford (Co-encadrante de thèse)
  • Claire CARRIOU, Professeure des universités, Université Paris-Est Créteil (Examinatrice)
  • Lydia COUDROY DE LILLE, Professeure des universités, Université Lumière Lyon 2 (Examinatrice)
  • Ozan KARAMAN, Chargé de recherche CNRS, LATTS (Examinateur)
  • Perrine POUPIN, Chargée de recherche CNRS, CRESSON (ENSA de Grenoble) (Examinatrice)

Mots-clés

Rénovation urbaine - Transformations urbaines post-soviétiques - Contestations urbaines - Saint-Pétersbourg - Russie - Patrimoine architectural socialiste

L’intégration de l’expertise d’usage des habitants et la prise en considération de leurs modes d’habiter dans les processus de projet connaissent actuellement un regain d’intérêt important dans les milieux scientifiques et professionnels. Cette préoccupation qui avait émergé au cours des années 80, reçoit depuis le milieu des années 2000 une nouvelle impulsion au regard des enjeux énergétiques de la transition écologique.

Le bilan des efforts de favorisation de la rénovation énergétique montre en effet qu’il existe de grands écarts entre l’efficacité énergétique prévue et les valeurs réelles post-opération. La prise en compte des spécificités des habitants et de leur expertise d’usage dans les projets de rénovation énergétique apparaît donc comme fondamentale. Alors que la notion de “maîtrise d’usage” avait déjà émergé au cours des années 90, on assiste depuis quelques années à la préfiguration d’une activité dite d’Assistance à Maîtrise d’Usage (AMU) portée par des professionnels d’horizons très divers (architectes, designers, sociologues…) proposant des offres de services en ce sens ou répondant à des demandes de maîtres d’ouvrage urbains ou plus spécifiquement dans le domaine de l’habitat.

Ce projet de thèse entend contribuer à une meilleure compréhension de l’intérêt croissant d’une diversité d’opérateurs et de professionnels pour les pratiques AMU. Il examinera la manière dont ce type de prestation est envisagée par ses instigateurs, ainsi que les résultats auxquels elles conduisent.

Mots-clés

Rénovation énergétique - Expertises d'usage - Assistance à maîtrise d'usage - Modes d'habiter - Économies d'énergie

Mon projet de thèse explore l’histoire de sept tours HLM situées le long du périphérique parisien, de la porte Pouchet à la porte des Poissonniers. L’architecte Raymond Lopez a conçu ces tours dans les années 1960 dans le cadre d’une initiative urbaine commune, le secteur 8, en utilisant le même prototype architectural pour les sept bâtiments. Cependant, à ces similitudes initiales se superpose une disparité frappante dans le destin que les tours de Lopez ont connu au cours des 60 années qui ont suivi leur construction. Certaines ont été démolies, d’autres transformées et réhabilitées. Actuellement, la Tour Poissonniers, qui était initialement menacée de démolition, est en cours de rénovation. Les destins disparates des sept tours révèlent l’histoire d’un changement de paradigme remarquable dans le secteur de la rénovation urbaine, remplaçant l’ancien paradigme de la démolition des logements sociaux par celui de la transformation. Cette thèse explore ce changement en examinant comment l’architecture, l’urbanisme et la politique locale se sont articulés dans la résolution d’un problème ayant un impact social et écologique aussi significatif.

Mon projet de recherche se penchera sur l’étude de la corrélation entre le développement de nouveaux programmes de transformation du logement social avec de fortes ambitions écologiques et l’obsolescence des différentes parties du bâtiment ainsi que de ses protocoles de maintenance. L’étude prend comme cas les sept tours de Lopez, afin de retracer le changement de paradigme de la démolition à la transformation. Pour l’analyser, le projet combine une étude politique plus classique des changements dans les instruments mobilisés pour la production et la gestion du logement social avec une micro-analyse des différentes parties de ces sept tours dans leur dimension physique. Cette micro-analyse utilise une approche socio-technique pour étudier l’interaction entre les choix techniques de construction des différents éléments de la tour et l’évolution de la vie quotidienne à l’intérieur des bâtiments. Plus précisément, l’étude se plongera dans le concept d’obsolescence des éléments et analysera les pratiques de maintenance des tours.

L’étude vise à retracer, depuis la plus petite pratique générique du nettoyage jusqu’à un changement culturel à grande échelle en matière de gestion du patrimoine bâti du XXe siècle, le rôle de l’architecture, et donc des architectes, dans ce changement. L’étude aborde les transitions écologiques comme un processus qui doit être étudié non seulement à partir de la croyance en des innovations, mais également par l’analyse de l’impact dans les pratiques quotidiennes.

Un chapitre de cette thèse comparera ce changement de direction de la Tour des Poissonniers, initialement destinée à être démolie mais qui a évité la démolition, avec Corviale, un ensemble résidentiel de Rome ayant connu le même sort et qui est actuellement en cours de transformation avec le financement du NGEU[1]. Les conclusions de cette thèse ont l’intention non seulement de retracer le changement de cap dans le contexte français, mais aussi de l’élargir au contexte européen, contribuant ainsi à socio-histoire comparée ? de la production historique de logements sociaux en Europe, du rôle de l’architecture, et d’une réponse continentale au changement climatique. Cette ambition s’aligne sur un parcours personnel entre différents pays, et sur la conviction, à travers la combinaison de l’architecture et des sciences politiques, que la croisée des disciplines permet d’ouvrir de nouvelles voies dans la transition de nos environnements urbains.

[1] Programme de financement Européen – Next Générations EU

Mots-clés

Régénération urbaine - Maintenance - Transition écologique - Analyse sociotechnique - Grands ensembles - Démolition

Ce travail de recherche observe l’émergence de dispositifs publics de compensation carbone à l’échelle nationale et locale en France au tournant des années 2020. Un ensemble d’acteurs produisent des cadres de certification, vendent et achètent des crédits-carbone dans le secteur agricole et sylvicole qui doivent permettre d’engendrer des processus de réduction d’émissions ou de séquestration de dioxyde de carbone dans la biomasse. Cette enquête cherche à comprendre comment la connaissance des controverses qui entourent ce type d’instrument façonne la construction de ces dispositifs par les pouvoirs publics et des acteurs privés en France.
Ce travail s’appuie sur une méthode qualitative, avec quarante-sept entretiens semi-directifs, trente-sept réunions observées (observation et observation-participante) et la visite de huit sites de projets. L’enquête s’est construite autour d’entretiens sélectionnés pour représenter le spectre des acteurs impliqués dans ces dispositifs : services administratifs de l’Etat et des collectivités, élus locaux, intermédiaires (techniques, administratifs et financiers), entreprises, agriculteurs et propriétaires forestiers. L’intrication d’enjeux de quantification, de certification et de valuation économique en situation de controverses et d’incertitudes en fait un objet de recherche transversal. Mobilisant des outils à l’interface entre la sociologie de l’action publique, l’étude des sciences et techniques en société (STS) et la sociologie des discours environnementaux, l’enquête discute les arbitrages réalisés par des acteurs publics et privés autour de la quantification du CO2e, la prise en compte des risques et des incertitudes, la certification et la valuation économique.
Cette thèse examine plusieurs dimensions par lesquels ces acteurs cherchent à recrédibiliser un instrument contesté : l’argument de la coconstruction (chapitres 1 et 2), l’argument de la précision des quantifications et de la prise en compte quantitative des incertitudes (seuils, rabais) dans le référentiel général et les méthodes sectorielles (chapitres 3, 4 et 5), l’outil du renouvellement sémantique (chapitre 6) et enfin l’argument de la moralisation des pratiques par la mise en place de chartes de valeurs (chapitre 7).

Mots-clés

Certification - Changement climatique - Décarbonation - Co2 - Forêts - Agriculture
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