Casernes, ports, hôpitaux, prisons, ou encore sites ferroviaires font l’objet de nombreux projets de reconversion dans les villes européennes. Une part substantielle du renouvellement urbain s’effectue ainsi sur des ‘terrains de l’État’. Cette thèse contribue à expliquer ces restructurations urbaines qui participent également des recompositions de l’État, dans sa dimension matérielle. Elle interroge les raisons et les modalités de la réorganisation de la présence d’un type d’opérateur national, les entreprises ferroviaires, dans l’espace urbain. L’enquête comparative menée sur deux pays (Italie et France) et quatre villes (Milan, Bolzano, Paris et Nantes) identifie deux principaux facteurs explicatifs. D’une part, les gouvernements urbains mettent en cause les modes d’occupation de l’espace urbain par le réseau ferroviaire depuis les années 1970, dans le contexte de leur intervention croissante dans l’aménagement. D’autre part, des logiques et des compétences immobilières se développent au sein des firmes publiques de flux depuis le début des années 1990, dans le contexte de leur autonomisation comptable et de pressions financières accrues. La réorganisation du pouvoir logistique (la capacité à organiser les flux de choses et de personnes) de ce secteur dans les villes s’explique dès lors par l’ajustement des trois ‘conceptions’ dominantes des raisons de la reconversion des sites ferroviaires, à savoir : immobilière, urbanistique et industrielle. Cet ajustement s’opère dans des projets d’aménagement et s’effectue différemment en Italie et en France. En Italie, le cadre institutionnel plus lâche qui entoure la cession du domaine ferroviaire donne lieu à des accords différenciés entre opérateurs et gouvernements urbains selon les villes, contrairement au cas français où processus et résultats sont plus homogènes d’une ville à l’autre. Par rapport aux approches existantes sur les relations entre villes et État, le double déplacement proposé dans cette thèse, vers les opérateurs et vers la dimension matérielle de l’État, éclaire de nouvelles relations entre recompositions de l’État et restructurations urbaines.

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France - Aménagement du territoire - Italie - Politique ferroviaire - État - Réseau ferroviaire - Pouvoir logistique - Projet urbain

La planification urbaine connaît en Europe des évolutions importantes ces dernières années. En France notamment, elles se traduisent par un renforcement des documents d’urbanisme, ce qui en fait un objet essentiel des politiques publiques locales. Le Plan Local d’Urbanisme (PLU), souvent intercommunal (PLUi), constitue le document de référence pour la délivrance des autorisations d’urbanisme (permis de construire / d’aménager ou de démolir, déclaration préalable), et donc pour la plupart des projets réalisés dans les villes. Si l’objectif de Zéro Artificialisation Nette (ZAN) visant la réduction de la consommation foncière constitue un des bouleversements importants de la planification et donc de l’évolution de la production des villes face aux enjeux climatiques, celui-ci n’est pas le seul. En effet, les documents d’urbanisme intègrent de plus en plus de dispositions visant l’atténuation du changement climatique, l’adaptation à ses effets ainsi que la limitation de l’érosion de la biodiversité (Chavez Colmenares 2024). Cette évolution s’inscrit dans une dynamique générale d’écologisation de l’urbanisme. En parallèle, l’évolution du rôle du PLU(i) traduit la logique d’un « urbanisme de projet » (Demouveaux et Lebreton 2017), qui passe notamment par la définition d’une stratégie de développement du territoire, mais aussi par l’évolution du rapport aux acteurs privés, maillons essentiels des politiques territoriales. Face à la réduction des moyens des acteurs publics et à la hausse des coûts du foncier et de l’immobilier, le document d’urbanisme constitue un levier qui doit permettre d’orienter les projets de ces acteurs vers les objectifs définis par les collectivités, permettant une action publique à moindre frais. Un urbanisme plus écologique vient cependant percuter des représentations et des pratiques de production de l’espace fortement ancrées voire routinières. En effet, de nombreux travaux mettent en exergue la complexité d’évolution des pratiques que l’écologisation implique. Ils soulignent la remise en cause des systèmes d’acteurs, des normes, des modèles économiques, et donc généralement, des modes de faire, pour lesquels l’internalisation des dimensions écologiques induit des difficultés voire des conflits . Ceux-ci peuvent freiner la réalisation de certains projets par des acteurs aux moyens limités ou visant une rentabilité économique des opérations. Partant de ces constats, la thèse vise à comprendre comment les différents acteurs en prise avec les règles des documents d’urbanisme (services de collectivités dans leur diversité, élus, particulier, promoteurs immobiliers, concepteurs) s’approprient les règles dans leur travail, les manières dont celles-ci impactent les projets, et comment ces règles sont le support d’échanges et de négociations entre les acteurs, notamment pour la délivrance des autorisations d’urbanisme. Il s’agit en particulier d’analyser la manière dont les règles impactent effectivement la conception des projets, mais aussi de comprendre leur (non-)application au regard des nombreux objectifs présentés dans les textes, qui peuvent parfois être contradictoires. Pour cela, une analyse comparée des pratiques de mise en œuvre des règles d’urbanisme en France et en Allemagne doit permettre de mieux saisir l’inscription des règles d’urbanisme dans les dynamiques de projets et les jeux d’acteurs dans un contexte de transformation global. Si les deux pays disposent d’une forte culture de la planification, celles-ci ne sont pas identiques, notamment du fait de systèmes institutionnels et administratifs différents. Le travail permettra de mieux comprendre le rôle pratique de l’urbanisme réglementaire dans les deux pays, mais également d’apporter un regard opérationnel sur l’étude de la planification en Europe et de ses effets concrets.

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Plu - Mise en œuvre des politiques publiques - Ecologie - Politiques publiques locales - Planification - Urbanisme en Allemagne

Ce projet de thèse vise à approfondir les relations entre équité et écologie dans le domaine de l’eau, approche aujourd’hui essentielle pour une gestion durable dans un contexte de changement global. Nous faisons l’hypothèse principale que la durabilité de la ressource en eau du bassin Adour-Garonne (BAG), qui subit une crise depuis quelques années, est interdépendante de la capacité des modes de gouvernance de l’eau à considérer les situations de vulnérabilités, humaines et non humaines, sur leur territoire de gestion ; ceci en veillant toujours aux principes de solidarité entre l’amont et l’aval ; et entre les eaux de surfaces et les eaux souterraines. Nous chercherons à identifier les enjeux d’équité qui pourraient améliorer la gestion durable de l’eau dans un contexte d’incertitudes liées aux changements globaux. Nous verrons aussi les façons dont les modes de gouvernance de l’eau, selon les contextes (hydro, acteurs, échelles, usages, dispositifs), sont appropriés et déclinés sur le territoire et comment ils peuvent parfois constituer un moyen pour arbitrer d’autres enjeux qui relèvent de l’intérêt général.

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Équité - Ecologie - Justice - Gouvernance de l'eau

Le projet de thèse porte sur les diverses dimensions politiques de la relégation spatiale des formes d’habitat précaire des personnes exilées (campements, squats, tiers-lieux). Il repose sur l’hypothèse qu’en éloignant géographiquement ces espaces informels des centralités et des mobilités quotidiennes des citoyens, les pouvoirs publics favorisent le découragement des engagements de proximité. Si certains soutiens se désengagent face aux difficultés ; d’autres, moins nombreux, parviennent cependant à pérenniser leur engagement. Comment sensibiliser à une cause devenue « invisible » ? Comment prolonger un engagement dans des espaces de relégation spatiale et sociale ? Ce projet vise à analyser la double dimension sociale et spatiale de l’engagement, en associant les configurations locales (géographiques, politiques), les caractéristiques des structures d’engagement et les trajectoires individuelles des bénévoles. Il s’appuie sur des enquêtes de terrain multi-situées à Paris, aux frontières franco-britannique (Calais) et franco-italienne (Briançon). En articulant méthodes qualitatives et quantitatives, il a pour objectif de comprendre les processus d’évolution des conditions sociospatiales des engagements auprès des personnes exilées.

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Engagement - Migration - Relégation spatiale - Association - Espaces périphériques

Au cours des dernières décennies, l’offre de services électriques s’est considérablement diversifiée sur le continent africain à travers notamment les solutions dites décentralisées (lampes solaires, kits solaires domestiques, mini-réseaux) (Guillou, 2022 ; Cholez & Trompette, 2022). Ces dernières doivent jouer un rôle central dans l’accès à l’électricité, notamment en zones rurales (IEA, 2023). Pourtant, alors même que des volumes croissants d’investissements sont consentis pour le développement des énergies renouvelables, une part importante des projets solaires en Afrique subsaharienne, et en particulier ceux de mini-réseaux, se solde par un échec, avec des équipements qui se dégradent et peinent à dépasser dix ans de fonctionnement (Etienne, 2022 ; Cholez & Trompette, 2019 ; ENEA & Practical Action, 2023). Les investisseurs comme les développeurs et opérateurs de mini-réseaux ou encore les fournisseurs de kits solaires domestiques font en effet face à de nombreux défis pour assurer la pérennité des infrastructures électriques décentralisées. Le manque de données et de connaissances est ainsi un frein important aux usages productifs de l’électricité produite par les mini-réseaux, alors que ces usages sont une condition importante de leur rentabilité (ESMAP, 2022 ; UNIDO, 2022). L’organisation de filières stables de maintenance et réparation en est un autre. Partant de ces constats, la thèse interroge les infrastructures électriques décentralisées en Afrique subsaharienne et les obstacles à leur pérennisation et propose de le faire à partir de la question des travailleurs du solaire et de leur activité. Il s’agit de suggérer que la pérennisation des infrastructures électriques décentralisées dépend fondamentalement de l’existence d’écosystèmes de travailleurs ou de professionnels, ancrés dans des territoires. Cela conduit à analyser les conditions d’émergence de tels écosystèmes professionnels territorialisés susceptibles d’adapter dans la durée ces infrastructures aux contextes locaux. Deux cas d’étude contrastés au regard de cette question ont été retenus pour le travail de terrain : le Cameroun, où 26% de la population rurale ont accès à l’électricité et Madagascar, où moins de 15% y ont accès (Banque Mondiale, 2023). Quelles sont les compétences locales de maintenance et de réparation nécessaires à la pérennité d’une infrastructure électrique décentralisée ? Quelles sont les conditions pour en accompagner voire en favoriser l’émergence et la structuration en un écosystème d’acteurs spécialisés ? La thèse fait l’hypothèse qu’il faut s’intéresser aux compétences en les replaçant dans leurs écosystèmes professionnels territorialisés afin de comprendre la diversité des acteurs, la complexité des relations qu’ils entretiennent et la vitalité des économies locales de la maintenance. L’approche que nous proposons d’adopter ici permettra de porter attention à une grande diversité de travailleurs au-delà des seuls ingénieurs, notamment des professionnels de tout niveau de qualification et de toute nature. Elle s’inscrit dans la continuité d’approches sociologiques qui ont, ces dernières années, incité à porter l’attention sur le travail peu visible de ceux que l’on qualifie de « petites mains » et qui participent pourtant à l’écosystème d’acteurs assurant la maitrise technique d’une infrastructure. Dans le cadre de la thèse proposée, les techniciens et les artisans de la réparation feront ainsi partie des populations spécifiquement étudiées. A travers l’analyse du travail « en train de se faire » (Ughetto, 2018), il s’agira d’explorer le rôle qu’ils jouent dans le fonctionnement et la pérennisation des infrastructures électriques décentralisées, notamment à travers des nombreux « bricolages » et innovations qui viennent assurer le fonctionnement ordinaire des infrastructures électriques dans un contexte de fourniture défaillante de services en réseaux conventionnels (Rateau, 2022 ; Olivier de Sardan, 2023).

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Mini-réseaux solaires - Electrification rurale - Techniciens solaires - Maintenance - Sociologie des sciences et techniques

La thèse se propose d’interroger la rénovation urbaine actuellement menée en France au prisme d’approches d’économie politique urbaine. L’idée centrale de ce travail est de comprendre la rénovation urbaine en tant qu’elle participe d’une mise en marché des quartiers accueillant les grands ensembles d’habitat social hérités des Trente Glorieuses. Les grands ensembles HLM peuvent être considérés comme des espaces dominés depuis leur construction par une propriété publique et parapublique du foncier et d’un parc de logement édifié au moyen de capitaux publics et parapublics, circulant selon un mode administré et non purement marchand. Initialement conçus des segments intermédiaires des marchés du logement, ces ensembles de logements et les quartiers qui les accueillent ont connu des processus de dévalorisation qu’il s’agira de caractériser, en insistant sur leurs effets en matière de positionnement de ces espaces et parcs locatifs sur les marchés résidentiels. Par la politique de démolition-reconstruction de grande ampleur qu’elle introduit, la rénovation urbaine met fin à l’absence de mutations foncières et immobilières majeures qui a singularisé les quartiers de grands ensembles HLM depuis leur création. Elle ancre ces espaces dans un nouveau cycle de production urbaine, marqué par l’intervention d’opérateurs immobiliers privés, au titre de la diversification de l’offre de logements souhaitée par l’Agence nationale de la rénovation urbaine, dans une perspective de diversification du peuplement de ces quartiers. La thèse étudiera l’ensemble des transformations apportées à l’offre de logements des quartiers de grands ensembles, en s’intéressant aussi bien aux recompositions de leur parc HLM qu’à l’introduction de logements non-sociaux, sous diverses formes. Il s’agira notamment de documenter les stratégies et pratiques mises en place par les acteurs publics et parapublics impliqués dans les projets de rénovation urbaine pour produire une telle diversification de l’offre de logements, et notamment pour favoriser l’intervention des acteurs privés de la production urbaine dans ces espaces jugés au départ peu attractifs. Le concept de rentes urbaines sera utile pour comprendre les dispositifs de sécurisation et de rentabilisation des opérations immobilières privées mis en place par les acteurs publics. La thèse s’intéressera donc à la manière dont la rénovation urbaine contribue à l’extension des modes de production urbaine marchands, ainsi qu’aux effets sociaux et spatiaux de ces processus. Il s’agira enfin d’explorer les liens qui unissent les mécanismes de production du peuplement aux différents modes de structuration des marchés immobiliers et de conception des opérations immobilières privées qui sont à l’œuvre dans le cadre de la rénovation urbaine. Afin de mieux comprendre l’ensemble de ces transformations, la thèse cherche à réinscrire la rénovation urbaine menée depuis 2003 dans l’histoire de la politique de la ville et dans la trajectoire des grands ensembles étudiés, notamment au prisme de leur positionnement sur les marchés immobiliers. Cette partie du questionnement s’appuie sur un travail d’archives, permettant la collecte de documents précisant les conditions de construction des grands ensembles et les interventions dont leur parc de logements a bénéficié dans le cadre de la politique de la ville, ainsi que d’éléments relatifs à la conduite de la rénovation urbaine dans ces quartiers. L’enquête sur la rénovation urbaine conduite dans le cadre du Programme national de rénovation urbaine et le Nouveau programme national de renouvellement urbain repose sur la conduite d’entretiens auprès des acteurs impliqués dans les projets de rénovation urbaine, sur la collecte de documents et sur la réalisation de travaux quantitatifs.

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Logement social - Marché - Rénovation urbaine - Grands ensembles - Logement - Rent

En 2023, plus d’un logement sur douze était en situation de vacance en France. Au sein de ce stock de 3,1 millions de logements inoccupés, on rencontre une grande diversité de situations matérielles, juridiques et géographiques, reflétant un phénomène croissant, complexe et protéiforme. Parmi ces situations, la vacance de longue durée interpelle particulièrement l’action publique urbaine : celle-ci est appréhendée en tant que symptôme d’un dysfonctionnement des marchés immobiliers locaux. Ainsi, la remobilisation d’un gisement de logements a priori inutilisés constitue un objectif au service des politiques publiques de logements, mais également des politiques publiques foncières, d’aménagement et de transition écologique. Pourtant, l’action publique demeure émergente et non stabilisée. En dépit de la mobilisation d’une grande diversité d’instruments issus des politiques publiques du logement et de l’habitat depuis les années 1990, les acteurs publics et parapublics sont confrontés à la difficile mise en œuvre d’une lutte effective contre la vacance de longue durée. Parmi les points de blocages identifiés, la difficulté à impliquer les propriétaires apparaît comme l’enjeu central, souligné tant dans la littérature scientifique qu’institutionnelle. Or, bien que la compréhension des logiques d’action des propriétaires apparaisse comme cruciale pour accompagner la remise en usage de logements vacants du parc privé, ces derniers demeurent peu étudiés. Cette thèse vise par conséquent à étudier le phénomène de vacance résidentielle de longue durée, considéré en tant que processus de dévalorisation de l’habitat privé, en entrant conjointement par les politiques publiques et par les destinataires de l’action. Alors que le logement est de plus en plus considéré comme une marchandise, voire comme un actif, en raison des restructurations de l’État-Providence vers un asset-based welfare regime, comment expliquer la croissance de la vacance de longue durée, inégale selon les territoires, mais également les difficultés à mobiliser les propriétaires dans une perspective de remise en usage de leurs biens ? À travers l’étude comparative de terrains en contexte rural et métropolitain, trois axes sont investigués. Premièrement, nous questionnons les relations liant propriétaires, logements vacants et action publique, en explorant les représentations de la vacance résidentielle et du comportement des propriétaires qui structurent cette politique publique émergente. Deuxièmement, nous considérons la vacance en tant que phénomène spatialement hétérogène, partie prenante de processus de valorisation et de dévalorisation à l’échelle territoriale, jouant sur le profil socio-démographique des propriétaires, les configurations de vacance résidentielle et les potentiels de remise en usage. Troisièmement, nous analysons la vacance en réinscrivant cette situation transitoire au sein des stratégies résidentielles et patrimoniales des propriétaires : il s’agira de comprendre en quoi l’inoccupation de temps long questionne et recompose les logiques sociales de la propriété.

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Logements vacants - Vacance résidentielle - Marchés immobiliers résidentiels - Propriétaires - Dévalorisation de l'habitat - Politiques publiques de l'habitat

Chemnitz, qui a été pendant l’année 2025 la Capitale Européenne de la Culture (ECOC) en Allemagne, est la troisième ville de Saxe. Peu connue en dehors des frontières allemandes, Chemnitz a pourtant fait la une en août 2018 du New York Times suite aux journées consécutives d’émeutes d’extrême-droite.

Ce mouvement a conduit l’équipe en charge de la candidature ECOC à adresser l’importance de l’implantation de groupes néo-nazis dans la ville. Alors même que cela n’a rien de nouveau dans la ville, les émeutes de 2018 ont eu comme effet de mettre en lumière la violence de l’extrême-droite à Chemnitz. Le deuxième livret de candidature, publié la même année, fait alors de la lutte contre l’extrême-droite et de la promotion de valeurs démocratiques le centre autour duquel s’articuleront les événements culturels de l’année 2025. Cependant, les élections nationales et municipales de juin et septembre 2024 imposent une domination politique du parti d’extrême-droite AfD à la fois en Saxe et dans le Conseil municipal de la ville. D’ailleurs des élus des groupes Pro-Chemnitz et Freie Sachsen, qui ont ouvertement participé à l’organisation des émeutes de 2018 et qui s’opposent aux valeurs portées par ECOC, obtiennent (de nouveau) en 2024 des sièges au Conseil municipal.

Ma recherche doctorale étudie alors les influences entre les partis d’extrême-droite et les politiques publiques culturelles. J’analyse les positionnements des différents partis politiques vis-à-vis d’ECOC, mais également l’évolution des budgets et des textes réglementaires concernant le secteur culturel et les effets sur les activités des artistes et des associations de Chemnitz. L’objectif du projet est de connaître plus en profondeur les programmes politiques en matière de culture de partis émergents d’extrême-droite en Allemagne tels que Freie Sachsen et AfD.

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Culture - Développement urbain - Alternance politique - Ville

Avec une urbanisation croissante et une forte hausse de l’imperméabilisation des sols, les inondations tendent à se multiplier ces dernières années, entrainant de lourds dégâts matériels et parfois humains. De ce constat, à la fin des années 1980, une approche environnementaliste suppose, selon le Service Technique de l’Urbanisme (STU, Réconcilier l’eau et la ville par la maitrise des eaux pluviales), « la recherche de système de maitrise et contrôle du cycle de l’eau en milieu urbain, et de formes urbaines appropriées ». Ce concept ne présente plus les techniques de gestion des eaux pluviales comme des outils techniques d’assainissement, mais comme des équipements urbains à part entière, multifonctionnels et intégrés dans la ville.
Dans ce contexte, l’exploitation de ces techniques alternatives de gestion des eaux pluviales ne concerne plus uniquement les gestionnaires de réseaux et le service de l’assainissement mais aussi les services des espaces verts, de la voirie, des sports … Mais ces derniers intègrent dans leurs équipements des ouvrages de rétention, de stockage et d’infiltration des eaux pluviales, sans pour autant avoir les compétences en matière d’entretien et de maintenance de ces ouvrages.
L’objet de cette thèse tend alors à comprendre les enjeux organisationnels de l’exploitation des techniques alternatives d’assainissement pluvial dans les projets d’aménagement urbain.

Innover l’innovation. Telle est l’idée de l’innovation ouverte qui, dès sa formalisation dans les sciences de gestion, est déclarée comme le « nouvel impératif pour créer et profiter des technologies ». Présentée comme un nouveau paradigme de gestion, cette notion recouvre cependant des définitions et des réalités fort variées selon les acteurs qui sont toujours de plus en plus nombreux à rechercher ses modes d’organisation. Cette thèse porte précisément sur cette recherche de nouveaux modèles qui se construisent ni au sein des entreprises ni seulement par des collectifs d’innovation, mais à travers des lieux et des dispositifs de coopération en présentiel qui émergent dans les mondes numériques pour agir dans l’entre-deux, comme des espaces tiers à ces derniers. Elle entend montrer que cette recherche permanente, loin d’être aléatoire, est organisée au-delà d’un assemblage d’outils de gestion, par des modes d’action et de représentation qui se constituent au sein de ces lieux, de manière située, sous forme de nouvelles conventions pratiques et relationnelles du travail coopératif.

Dans une démarche empirique, cette thèse propose une immersion ethnographique dans l’expérience de « La Cantine », le premier espace de coworking qui se constitue comme le haut lieu de l’innovation numérique à Paris, géré par une association d’entreprises, Silicon Sentier. Initiée en 2010 comme une participation observante, l’enquête est conduite entre les années 2011 et 2014 sur trois fronts : le lieu, les dispositifs d’innovation ouverte et le travail d’intermédiation mené à la frontière de mondes hétérogènes. Plutôt que de considérer l’innovation ouverte comme une donnée d’entrée, la description permet de suivre la manière dont une conception particulière émerge dans la trajectoire d’institutionnalisation du lieu (Partie 1), à travers sa dimension matérielle et ses modes de cadrage hybrides (Partie 2), ainsi que dans le travail d’intermédiation réalisé par ses permanents (Partie 3). La thèse mobilise une pluralité de cadre théorique pour analyser chacun de ces aspects : une approche écologique des mondes sociaux, une approche situationniste des cadres et des cadrages et, enfin, une approche interactionniste du travail de coopération. En articulant ces approches, elle propose enfin une étude conclusive qui permet d’élargir la portée de la réflexion construite au sein de La Cantine, au-delà de celle-ci, lorsque des dispositifs d’innovation ouverte se diffusent dans le monde des organisations. Cet élargissement permet de caractériser ces « dispositifs-frontières » par un mouvement permanent de cadrage et de débordement, de structure commune et de flexibilité interprétative et organisationnelle, de formalisation et de déstabilisation à travers lequel les principes de coopération provenant des mondes numériques sont non seulement traduits dans l’ordre des interactions, mais aussi institutionnalisés dans des mondes de plus en plus éloignés.

Membres du jury

  • Valérie BEAUDOUIN, Directrice d’études à Télécom ParisTech (Rapporteur)
  • Alexandre MALLARD, Directeur de recherche à Mines ParisTech (Rapporteur)
  • Dominique CARDON, Professeur à Sciences Po’ Paris (Examinateur)
  • Franck COCHOY, Professeur à l’Université de Toulouse II (Examinateur)
  • Alexandre MATHIEU-FRITZ, Professeur à l’Université Paris-Est (Examinateur)
  • Patrice FLICHY, Professeur émérite à l’Université Paris-Est (Directeur)

Mots-clés

innovation ouverte, intermédiaire, mondes hétérogènes, coopération située, espace hybride, dispositif-frontière

Les métropoles indiennes connaissent des transformations spatiales de grande envergure, marquées notamment par la multiplication d’opérations immobilières destinées aux firmes transnationales et aux classes moyennes supérieures. Notre thèse s’intéresse aux sociétés de promotion qui initient et coordonnent ce type d’opérations. En étudiant deux régions urbaines du sud de l’Inde (Bangalore et Chennai), nous cherchons à comprendre par quels processus certaines de ces entreprises renforcent leur place dans la fabrication matérielle, symbolique et politique des espaces urbains.

Nous soulignons tout d’abord combien le rôle de l’Etat central est déterminant en raison de ses politiques de financement du logement (essor du crédit aux ménages), de la libéralisation graduelle du foncier, puis de l’ouverture du secteur de la construction aux capitaux provenant des marchés financiers. La thèse montre ensuite comment, au milieu des années 2000, l’explosion des investissements, notamment étrangers, a alors profité à un nombre limité de promoteurs immobiliers. Ces derniers ont tiré parti de ce contexte d’abondance de capitaux. Armés de ressources cognitives, sociales et politiques qui leur permettent de naviguer dans « l’urbanisme informel » indien, ils ont pris en charge des risques que refusaient les gestionnaires d’actifs, encore peu familiers des acteurs locaux, de leurs pratiques et des géographies des marchés immobiliers. Si le recours aux marchés financiers a engendré des transformations organisationnelles et précipité un processus de professionnalisation, leur rôle clé dans l’ancrage des investissements a assuré à ces sociétés de promotion une relative autonomie. D’une part, fortes des capitaux obtenus, elles ont accéléré leur croissance en industrialisant leurs opérations et en étendant leurs marchés aux villes sud-indiennes. D’autre part, ces grands promoteurs ont pu élaborer et diffuser des modèles portant tant sur des formes souhaitées d’urbanisation que sur les politiques nationales et locales en matière de développement urbain.

Membres du jury

  • Armelle Choplin, Maître de Conférences, Université Paris-Est Marne-la-Vallée
  • Eric Denis, Directeur de Recherche, CNRS, UMR Géographie-cités (rapporteur)
  • Ludovic Halbert, Chargé de Recherche, CNRS, UMR LATTS (co-encadrant)
  • Loraine Kennedy, Directeur de Recherche, CNRS, UMR CEIAS
  • Christian Lefèvre, Professeur, Université Paris-Est Marne-la-Vallée (directeur)
  • Renaud Le Goix, Professeur, Université Paris Diderot (rapporteur)

L’action publique pour stimuler le développement économique des territoires vise de plus en plus à favoriser l’innovation et l’économie de la connaissance, perçues toutes deux comme les conditions nécessaires au développement de la compétitivité, à la fois des entreprises et des territoires. Cette thèse porte sur une politique française engagée dans ce référentiel de la compétitivité en 2004 : la politique des pôles de compétitivité.

Cette dernière, inscrite au confluent des politiques industrielles et d’aménagement, a pour objectif de stimuler des comportements innovants et collaboratifs entre les milieux de l’économie, de l’enseignement supérieur et de la recherche d’un même territoire à travers la constitution de « pôles de compétitivité ». Nous nous intéressons à un aspect encore peu étudié de ces pôles de compétitivité : leur impact dans la gouvernance territoriale. En effet, nous montrons, à partir d’une analyse comparée entre six études de cas du sud-ouest, que les pôles apparaissent comme des structures d’intermédiation, favorisant certes l’action collaborative entre des acteurs économiques et scientifiques d’un même territoire, mais aussi et surtout entre des acteurs politico-administratifs jusque-là peu habitués à travailler ensemble. En cela, la politique des pôles renouvelle les modes de gestion publique territoriale.

Deux aspects sont alors développés au cours de la thèse : d’une part la manière dont l’État conçoit les pôles de compétitivité comme des nouveaux espaces renouvelant les interactions entre les acteurs économiques et politico-administratifs (de différents secteurs et différents niveaux) ; et d’autre part, la manière dont ces pôles émergent et se consolident comme des entités à part entière ayant un fonctionnement propre et un rôle à jouer dans la gouvernance territoriale. Le cas des pôles de compétitivité nous permet ainsi de revenir sur la notion de territoire, qui ne coïncide plus avec la définition d’une circonscription. En mobilisant les travaux de Claude Raffestin, nous considérons les pôles comme des territoires discontinus, organisés en réseau, développant des fonctionnements propre à chacun « dans la recherche de la plus grande autonomie possible compte tenu des ressources du système ».

Membres du jury

  • Alain Bourdin Professeur Émérite, Université Paris-Est Marne la Vallée, Examinateur
  • Gilles Crague Directeur de recherches, CIRED/École des ponts Paris-Tech Directeur
  • Christophe Demazière Professeur, Université François Rabelais de Tours Rapporteur
  • Marie-Pierre Lefeuvre Professeur, Université François Rabelais de Tours Examinatrice
  • André Torre Directeur de recherches, INRA Rapporteur

Mots-clés

action publique, gouvernance territoriale, pôles de compétitivité, territoires, organisation, intermédiation, autonomie
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