Cette thèse adopte une démarche interdisciplinaire pour produire une modélisation quantitative des consommations énergétiques basée sur les « situations d’habitation » (les relations ménages-logements), les pratiques domestiques et les contextes résidentiels. Elle est composée de trois parties.
Dans un premier temps, une revue de la littérature portant sur les principaux modèles des sciences de l’ingénieur et des sciences humaines permet d’identifier les cadres théoriques d’une approche associant les ménages et les logements (« situation d’habitation »). Dans le deuxième chapitre, les méthodes de modélisation des pratiques domestiques sont discutées, afin de déterminer les plus pertinentes pour étudier les liens entre les situations d’habitation et les styles de vies résidentiels. Dans le dernier et troisième chapitre, en s’appuyant sur un modèle de mélange de régressions à proportions logistiques, une modélisation hiérarchique de la consommation d’énergie domestique basée sur les situations d’habitation est proposée.
Située entre les approches typologiques et les approches de régression, l’un des apports de cette thèse est de proposer, dans une même méthode, une typologie de situations d’habitation et un modèle de régression. Les performances d’estimation des résultats sont équivalentes à celles des principaux modèles mais, en revanche, ils ont une portée explicative supérieure en associant les pratiques domestiques aux consommations d’énergie. Cette méthode permet également d’intégrer une segmentation des pratiques domestiques dans un modèle des consommations d’énergie à l’échelle du logement. La thèse comporte aussi une dimension heuristique. Elle montre tout d’abord les liens entre les situations d’habitation et les pratiques liées à l’équipement, l’occupation et les gestes de régulation. De plus, elle présente des situations d’habitation idéales-typiques mises en évidence à partir des caractéristiques des ménages, des logements, des comportements et les consommations d’énergie domestique totale, par personne et par mètre carré. Enfin, en termes prospectifs, elle ouvre la voie à la production d’autres approches interdisciplinaires portant sur la transformation des situations d’habitation.
Composition du jury :
Marjory Musy, Directrice de Recherche, CEREMA, Rapporteur
Fateh Belaïd, Chercheur, KAPSARC, Rapporteur
Faïcel Chamroukhi, Professeur des Universités, Université de Caen, Examinateur
Béatrice Roussillon, Maitresse de conférences, Université de Grenoble-Alpes, Examinatrice
Jean-Pierre Lévy, Directeur de Recherche, CNRS, Directeur de thèse
Latifa Oukhellou, Directrice de Recherche, Université Gustave Eiffel, Co-directrice de thèse
Les exercices de gestion de crise, hérités du monde militaire, constituent une pratique aujourd’hui courante dans la société civile. Dans l’histoire récente, leur nombre et leur visibilité ont considérablement augmenté, dans le contexte de la réponse de l’État aux attentats de 2015. Ils constituent ainsi l’un des dispositifs principaux de préparation des organisations de gestion de crise face aux événements qui menacent les populations.
Pour remplir cette mission, les exercices sont conçus comme des simulations de crise les plus réalistes possible, visant à la fois des objectifs de formation et d’identification des failles à corriger dans les dispositifs de gestion de crise. Toutefois, l’observation des exercices organisés par le Secrétariat Général de la Zone de Défense et de Sécurité de Paris – un service de la préfecture de Police – ne permet que de vérifier partiellement ces objectifs.
Pour expliquer cette apparente difficulté, il convient d’envisager la superposition de deux missions assignées aux exercices. La première, officielle, est centrée sur la protection des populations. La seconde, latente mais prioritaire, consiste à protéger l’État, dont la légitimité et l’identité même – fondées justement sur la protection des populations – sont remises en question par la survenue des crises.
Mots-clés
Gestion de crise - Exercice - Simulation - Crue centennale - TerrorismeCette thèse analyse le développement d’un système sociotechnique très haut débit (réseau de fibre optique et data centers) et les transformations urbaines d’une métropole ouest-africaines en interrogeant les conditions et modalités d’une « urbanisme du numérique » à Dakar (Sénégal).
L’ambition est de comprendre comment infrastructure numérique et espaces urbains se façonnent mutuellement et d’en proposer une lecture à partir de la matérialité plutôt que surplombant une matérialité-support inerte. S’appuyant sur des travaux issus des études urbaines et des approches sociales de la technique inspirées des Science and Technology Studies (STS), l’enquête porte sur les dimensions sociopolitiques, sociotechniques et territoriales du déploiement de l’infrastructure très haut débit qu’elle analyse à trois échelles, correspondant à des sphères d’action et des temporalités distinctes, et dans différents types d’espaces intra-urbains. Avec une méthodologique qualitative (entretiens, observation participante, cartographie), la thèse démontre les relations ambivalentes qu’entretiennent le développement privatisé du système sociotechnique très haut débit et les inégalités socio-spatiales.
Aux échelles nationales et métropolitaines, elle met en évidence les liens entre les acteurs de l’urbanisme et de puissants opérateurs de télécommunication internationaux ainsi que leur influence respective dans l’aménagement numérique métropolitain dans un contexte marqué par des politiques néolibérales. A l’échelle de la rue, elle analyse le rôle des ingénieurs et techniciens réseaux en soulignant, à travers une étude des chantiers et du travail « en situation », le rôle des contingences matérielles, de l’informalité et du « bricolage » sociotechnique mais aussi celui d’une expertise technique « de la rue » essentielle dans le développement matériel de l’infrastructure très haut débit. L’analyse de la gouvernance du déploiement couplée à celle de la matérialité urbaine et des évolutions socio-spatiales métropolitaines a permis de qualifier un urbanisme numérique différencié selon les profils urbains.
Cependant, tout en insistant sur le poids déterminant des opérateurs de télécommunication et l’insuffisante capacité de prescription et de régulation des pouvoirs publics, la thèse identifie des mécanismes d’autorégulation parfois bénéfiques à l’intérêt général et des mécanismes de rattrapage partiel dans certains quartiers moins « attractifs ». Ces résultats conduisent à nuancer les effets de la « privatisation » du développement du numérique sur la fragmentation urbaine et suggèrent des éléments de réflexion pour le réengagement public d’une pensée et d’une pratique de l’aménagement numérique urbain à Dakar.
Composition du jury :
- Olivier Coutard, Directeur de recherche, CNRS, Président du jury
- Sylvy Jaglin, Professeure des universités, Université Gustave Eiffel, Directrice de thèse et Examinatrice
- Fanny Lopez, Professeure des universités, ENSA Paris-Malaquais, Examinatrice et Rapporteuse
- Armelle Choplin, Professeur des universités, Université de Genève, Examinatrice et Rapporteuse
- Elisabeth Peyroux, Directrice de recherche, CNRS, Examinatrice
- Momar Diongue, Maître de conférences, Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Examinateur
L’objet de cette recherche porte sur l’étude et la compréhension d’une période de l’histoire de l’architecture et de la technologie qui a marqué la transformation du paysage de l’ingénierie française du tournant du XXIème siècle. Les années 1970-2000 ont été structurées par des ruptures et des réformes qui ont laissé une certaine empreinte sur les métiers de la construction d’aujourd’hui.
A l’échelle internationale, le rapport Meadows (1972) ou la recherche d’une économie des matériaux au travers du développement des structures légères sont l’amorce d’un complexe questionnement autour des modes de vie et de production. En France, le début des années 1970 correspond à la fin des Trente Glorieuses (1946-1975) et aussi à l’après 68.
Avant la fin de Trente Glorieuses, la construction architecturale en France était encore fortement influencé par la Reconstruction. Elle était caractérisée par les besoins d’après-guerre où l’industrialisation avait énormément marqué l’art de bâtir ainsi que par la tradition du béton armé dans la construction française. L’après 68 est un tournant dans la société française, entraînant une réflexion sur de nouveaux besoins et de nouvelles politiques constructives. Le mandat de Georges Pompidou (1969-1974) donne lieu à une recherche motivée par l’innovation en architecture et à l’apparition des grands concours internationales. En matière de formation d’architectes, l’après 68 représente une rupture avec la tradition de l’École des Beaux-Arts selon laquelle l’architecte devait s’occuper de l’art et l’ingénieur de la technique. Dans ce contexte, le rôle de l’ingénieur est incité à changer.
Ce qui semble avoir débuté avec un tournant socio-culturel et des ruptures politiques conduit, au cours de cette période, à la réalisation d’ouvrages aux grands défis techniques, contribuant ainsi à prendre une part prépondérante à l’élévation de la figure de l’ingénieur conseil français au premier rang de l’équipe de conception en architecture. Le Centre Pompidou, les serres et les toitures en toile tendue de la Villette, la pyramide du Louvre, ou encore le hall 2F de l’aérogare de Roissy à l’aéroport Charles de Gaulle dévoilent une incontestable importance accordée à la structure, qui devient même identitaire de son architecture.
Cette période laisse une trace matérielle qui se manifeste à travers différents projets : du langage technique développé dans ses constructions aux outils d’étude et de communication utilisés (tels que les logiciels de calcul, les maquettes ou les cahiers de dessins) entre autres. Mais cette empreinte est aussi immatérielle puisqu’il s’agit d’une véritable approche singulière du métier qui émerge à travers ces pratiques. Le corpus réuni couvre à la fois la conception des projets, le fonctionnement des agences, la trajectoire des maîtres d’œuvre, sous la forme d’archives et d’entretiens qui seront menés avec un ensemble de protagonistes de cette période. La thèse étudie la manière dont se sont réalisés ces projets et ces constructions, en quoi leurs raisons et leurs processus mettent à jour et transforment les manières de faire : réseaux, professions, pratiques.
Mots-clés
Imaginaires et Pratiques professionnelles - Postmodernité et Grands Projets - Conception Architecturale et Innovation Technique - Auctorialité et LégitimitéLes bagages abandonnés constituent un problème ancien dans les champs de la production du transport et dans les modèles de gestion des socio-systèmes complexes que sont les gares métropolitaines. Le sujet fait l’objet d’une mobilisation croissante des gestionnaires comme des institutions car l’augmentation des objets dits “délaissés” (non réclamés ni réattribués à leur propriétaire dans un délai de 20 mn) a augmenté de plus de 50 % de 2020 à 2022, conduisant la SNCF à concevoir deux stratégies complémentaires :
– D’une part, une posture d’accompagnement renforcé des voyageurs, par des agents et des outils digitaux (messages en gare, campagnes de SMS, surveillance camera, tracking des bagages à partir de QR codes ou de géolocalisation). Cette posture s’inscrit dans la volonté de déployer de la part du gestionnaire de gare une “surveillance bienveillante” encourageant des comportements individuels fondés sur la vigilance et des interactions permettant la prévention de comportements potentiellement dysfonctionnels ;
– D’autre part, pour la levée de doute des bagages non rendus à leur propriétaire, l’application d’un protocole réglementaire (janvier 2020) à la fois très strict et très perturbant pour la continuité de l’activité (périmètre de sécurité élargi jusqu’à 200 m et évacuation des emprises). Les objets délaissés peuvent être considérés comme autant de “grains de sable” qui entravent le système ferroviaire et fragilisent, de manière systémique, toutes les autres activités périphériques dans les complexes ferroviaires.
Cette double réponse, à la fois préventive et curative, engage des décisions et des expérimentations dans les champs technologique, organisationnel et institutionnel ainsi que dans le domaine de la relation entre l’entreprise et sa clientèle. La thèse questionne donc le continuum de pratiques et de responsabilités qui sont assemblés et négociés autour de ces objets délaissés dans les champs de l’accueil et de l’information, de la gestion des flux, de la sûreté et des services commerciaux.
La thèse se positionne à l’articulation du champ de l’analyse sociotechnique des risques et des crises (LATTS) et du champ de la logistique et des services de mobilité digitaux, en gare (LVMT). Elle s’inscrit dans le material turn en sciences sociales et interroge l’objet selon les pratiques, les relations et les spatialités qu’il engage avec un sujet, et plus largement, avec des acteurs en réseau. Le travail empirique montrera donc les liens encore peu visibles entre, d’un côté, la sur-veillance, souvent considérée comme surplombante et panoptique, et la relation de bien-veillance, partenariale et médiée par des humains et des machines. Elle mettra en regard, sinon en contrepoint, la mutation organisationnelle et institutionnelle qu’opère l’étape de transcription et de traduction du protocole de sécurisation dans les cadres très contraints de la gestion des gares, dans la confrontation de cultures et d’identités professionnelles parfois rivales. L’objectif de la thèse est bien de montrer ce que l’objet délaissé nous apprend sur l’articulation des processus de digitalisation, de sécurisation et de création de valeur à l’œuvre dans les lieux de transport, dans un contexte de profondes réformes institutionnelles (ouverture à la concurrence) et de montée des risques et des incertitudes.
Mots-clés
Infrastructure critique - Mobilités - Risques - Surveillance - Logistique - MaaSCette thèse analyse le rôle de l’aménagement régional dans la transformation du Grand Paris à travers l’examen des infrastructures de transport. Adoptant une perspective historique, elle évalue la manière dont les idéaux de cohésion socio-spatiale ont été constamment mobilisés, tant comme moteurs que comme justifications des stratégies d’aménagement depuis l’après-guerre. Elle met en évidence la façon dont les discours, les imaginaires et les interventions concrètes en matière de planification ont influencé la construction d’un espace métropolitain plus unifié, tout en révélant les moments où ces mêmes dynamiques ont contribué à renforcer les disparités. L’étude des conséquences géographiques, sociales et environnementales des infrastructures régionales de transport permet d’examiner comment des paradigmes et des visions en évolution — associés à la densité, à la compacité, à la modernité, à la durabilité et à la justice — ont orienté les trajectoires de développement urbain du Grand Paris. La thèse se structure autour d’études de cas tant historiques que contemporains. Elle débute par une analyse du « Grand Paris », considéré à la fois comme un projet administratif et comme un discours structurant, en insistant sur la persistance de la fracture centre–périphérie ainsi que sur la marginalisation symbolique des banlieues. Les premiers schémas directeurs régionaux font l’objet d’une étude afin de démontrer comment des concepts tels que la densité et la compacité ont été mobilisés pour réduire les inégalités (et ainsi contrer la division évoquée), tout en façonnant de nouveaux futurs urbains. Les chapitres suivants retracent la transition d’une planification axée sur l’automobile vers un modèle centré sur le rail, cette transition culminant dans le projet du Grand Paris Express, mettant en évidence le rôle des récits environnementaux dans cette mutation. Une étude approfondie de Bobigny illustre par ailleurs les effets concrets des différentes étapes de développement des infrastructures de transport sur l’urbanisation locale, en montrant comment ces dispositifs ont simultanément accompagné et orienté les dynamiques socio-spatiales. La recherche comprend également deux interchapitres qui s’appuient sur des expériences de marche dans la Seine-Saint-Denis, le Val-d’Oise et dans les zones sud-est de la région métropolitaine de Rome. Ces incursions mettent en évidence les expériences vécues de l’accessibilité et de l’exclusion, et viennent enrichir l’analyse documentaire et discursive. Rome, étudiée comme cas secondaire, offre une perspective comparative : son adoption plus fragmentée et progressive des principes de développement orienté vers le transport souligne la diffusion inégale des modèles européens de planification et propose un contrepoint aux stratégies plus ambitieuses du Grand Paris. En examinant les notions d’imaginaires liés à la planification, aux dynamiques de transport–urbanisation et à la justice spatiale, cette thèse démontre que les infrastructures ont à la fois favorisé et limité la cohésion métropolitaine. Elle soutient que l’aménagement régional du Grand Paris ne se limite pas à un processus technique et territorial, mais constitue également un dispositif idéologique qui légitime certaines visions de la ville tout en marginalisant d’autres. Enfin, elle préconise une refonte des cadres de durabilité fondés sur la mobilité, en priorisant l’inclusion et l’équité territoriale, et propose ainsi des pistes afin de promouvoir des avenirs urbains plus équitables et plus résilients au sein des métropoles européennes.
Mots-clés
Aménagement régional - Infrastructures de transport - Imaginaires de la Planification - Justice spatiale - Gouvernance métropolitaineCette thèse en urbanisme prend pour objet d’enquête un instrument d’action publique incitatif de cession de fonciers publics et parapublics s’inscrivant comme le prolongement des démarches d’urbanisme négocié : les appels à projets urbains innovants (APUI). Ces consultations ont fait l’objet de nombreux débats dans les sphères académiques et professionnelles en urbanisme, certains y voyant une privatisation de l’aménagement, d’autres une bouffée d’air frais dans les pratiques professionnelles.
Cette thèse met en évidence comment, pour leurs initiateurs, les APUI opèrent comme des instruments de gouvernement à distance malgré un report de maitrise d’ouvrage vers les opérateurs immobiliers, l’« innovation » contribuant à enrôler les professionnels de l’urbain. Ils constituent une réponse adaptée aux contingences de leurs initiateurs : évolution des stratégies de légitimation des gouvernements locaux, diminution des marges de manœuvre financières des collectivités locales, développement de démarches par projets dans des contextes de gouvernances fragmentées. Ces consultations constituent une tentative de modernisation de l’action publique urbaine -et corrélativement des administrations. Elles réorientent temporairement les logiques d’action de plusieurs mondes professionnels dont les territoires d’activité sont en interaction.
Pour analyser le travail en train de se faire, notre cadre analytique emprunte à différents courants de la recherche en sociologie : de la justification, de la traduction, de l’action publique, des outils de gestion et de l’activité. À partir d’une enquête ethnographique, nous mettons en évidence les épreuves consécutives à l’industrialisation du « mode projet » et de l’« innovation » sur l’activité des élus, des agents publics locaux et des assistants à maitrise d’ouvrage depuis le lancement des consultations jusqu’à la mise au point des projets immobiliers lauréats : événementialisation et enrôlement, enjeux de coordination, juridicisation puis gestionnarisation de la relation public-privé. Nous mettons en évidence le rôle primordial d’artefacts dans l’encadrement de l’activité des parties prenantes. Ce faisant, nous interrogeons la recomposition des outils, des savoir-faire et des méthodes de l’urbanisme opérationnel d’initiative publique.
Ces épreuves nous renseignent plus largement sur l’évolution des grandeurs valorisées par les professionnels de la fabrique urbaine. Nous mettons en évidence un renforcement de l’activité médiatique et en réseau et une démultiplication des intermédiaires. Ces déplacements questionnent le sens, les ressources et la place conférée à l’expertise dans l’encadrement de la relation entre acteurs publics et privés de la fabrique urbaine.
Composition du jury
Véronique Biau – Architecte-Urbaniste de l’État HDR, ENSA Paris-La Villette – LAVUE (rapporteure)
Alain Faure – Directeur de recherche, CNRS – PACTE (rapporteur)
Corinne Delmas – Professeure, Université Gustave Eiffel – LATTS
Laurent Devisme – Professeur, ENSA Nantes – LAAU
Silvère Tribout – Maitre de conférences, Université Rennes 2 – ESO
Guillaume Tiffon – Professeur, Université d’Evry Paris-Saclay – Centre Pierre Naville
Emilie Bajolet – Directrice adjointe conseil et programmation, AREP (membre invitée)
Elsa Vivant – Professeure, Université Gustave Eiffel – LATTS (directrice de thèse)
Mots-clés
CIFRE, Ethnographie, Assistance à maitrise d’ouvrage, Grand Paris, Réinventer Paris, Appel à projets, Appel à projets urbains innovants, Innovation, Cession foncière, Partenariat public-privé, Urbanisme négocié, UrbanisteDans cette thèse, on se positionne dans un contexte de transition énergétique. En effet, les questions environnementales telles que la pollution atmosphérique, le réchauffement climatique et la raréfaction des ressources fossiles sont au cœur des grands débats contemporain. La transition énergétique est alors nécessaire afin de réduire les effets d’une consommation dont les impacts réels sont dévastateurs à l’échelle planétaire. C’est dans ce cadre que le secteur du bâtiment apparaît comme un vecteur majeur de consommation et d’émission de gaz à effet de serre. Ce travail de recherche vise à modéliser les comportements de consommation énergétique des bâtiments résidentiels à la suite d’un projet de rénovation. L’étude des comportements énergétiques des bâtiments résidentiels reste à la fois peu comprise et sous-évaluée dans les modèles. Cette difficulté relève de deux blocages : un manque de données exploitables sur les consommations réelles des ménages ; une complexité dans la mise en place d’enquêtes sur leurs comportements énergétiques domestiques. Le but est d’étudier, d’analyser et de modéliser de façon dynamique les comportements des bâtiments résidentiels en tenant en compte des interactions entre espace, ménage et consommation. Elle se focalisera sur l’impact des dynamiques des comportements énergétiques des ménages sur la consommation finale du bâtiment. Une enquête sera menée avant et après rénovation, elle permettra de saisir les données socio-démographiques des ménages, les caractéristiques du ménage et surtout les comportements des ménages. Les données issues de ces enquêtes et celles issues des capteurs mise en place dans le cadre du projet André seront analysées à travers différents modèles statistiques.
Mots-clés
Comportements - Consommation énergétique - MénagesDepuis quelques années, l’hydrogène « vert » est présenté comme une « solution miracle » de la transition énergétique qui pourrait entrainer une « révolution industrielle et énergétique ». L’objectif de la thèse est de remettre en perspective l’idée d’une « révolution de l’hydrogène vert ». Il s’agit d’interroger les changements en termes d’infrastructures, de pratiques et de gouvernance que l’introduction de ce vecteur énergétique peut engendrer au niveau du système énergétique français. Dans cette optique, la thèse s’attache à décrire le déploiement de l’hydrogène en France et dans les territoires depuis les années 2010 jusqu’au début de l’année 2022, à travers deux dimensions : la gouvernance multi-niveaux et les controverses sociotechniques. En considérant que la trajectoire de l’hydrogène est le fruit d’une construction technico-économique, la thèse étudie la manière dont les acteurs, à différents niveaux, appréhendent le sujet et les stratégies qui en découlent.
Pour rendre compte de notre analyse à l’interface entre approches sociotechnique et sociopolitique, nous avons recours à la notion de configuration sociotechnique. Ce concept décrit des assemblages d’éléments hétérogènes transcalaires plus ou moins stables autour desquels des réseaux d’acteurs se forment, donnant lieu à des conceptions différentes dans la manière de projeter son déploiement.
Cette thèse montre que l’hydrogène n’est pas porteur d’une « révolution » pour le secteur énergétique français. Les difficultés techniques et économiques rencontrées, les problématisations successives ainsi que la reprise en main du sujet par les acteurs traditionnels du secteur énergétique sont autant de facteurs qui participent à réduire les possibilités de transformation plus radicales.
Membres du jury
Anne-Cécile Douillet, Professeure des universités, CERAPS Rapporteur
Thomas Reverdy, Professeur des universités, PACTE Rapporteur
Annabelle Brisse, Docteure, EIFER jusqu’au 31/12/2021 puis Hynamics Examinateur
Alain Nadai, Directeur de recherche, CIRED Examinateur
François-Mathieu Ppupeau, Directeur de recherche, LATTS Directeur de thèse
Caroline Gallez, Directrice de recherche, Université Gustave Eiffel Co-Directeur de thèse
Mots-clés
hydrogène, trajectoire, gouvernance multi-niveaux, controverses sociotechniques, configurations sociotechniques, système énergétique françaisLes chercheurs en urbanisme climatique soutiennent que l’action climatique urbaine s’articule autour de la comptabilité carbone et des infrastructures résilientes au climat. Ce faisant, les processus quotidiens d’adaptation du tissu urbain à l’intensification de la chaleur restent souvent hors de vue. Cette thèse s’inscrit dans cet angle mort en posant la question : comment les infrastructures qui maintiennent les personnes au frais voient-elles réellement le jour, par qui et selon quelles logiques ? En prenant Paris comme étude de cas, elle retrace les décisions quotidiennes, les frictions et les mécanismes qui matérialisent l’adaptation urbaine à la chaleur. L’étude met en contraste « ce qui est dit » et « ce qui est fait » en combinant une lecture attentive de documents municipaux (plans d’action climatique, stratégies de résilience, rapports annuels, documents d’urbanisme locaux et documents techniques) avec 52 entretiens semi-directifs menés en 2025. Plutôt que de considérer la « chaleur » comme une constante environnementale, l’analyse suit sa production socio-technique à travers trois modes d’action qui se chevauchent : (1) les projets de transformation de l’espace public, (2) les rénovations de bâtiments, et (3) les protocoles sociaux et de crise. Trois résultats se distinguent. Premièrement, la fragmentation est inscrite dans la matière même : les catégories de propriété des actifs (existant/nouveau et municipal/social/privé) morcellent un même bâtiment, une place ou une rue en différents régimes réglementaires et de financement, contraignant les acteurs à « recoudre » les solutions de rafraîchissement projet par projet. Deuxièmement, l’expertise est largement issue de la pratique. La plupart des professionnels reconnaissent n’avoir jamais étudié la chaleur à l’université ; en revanche, les projets pilotes, les logiciels propriétaires, les expérimentations et les manuels issus de la littérature grise sont devenus des programmes de formation de facto, intégrant des priorités commerciales et bureaucratiques dans ce qui est considéré comme un savoir d’adaptation. Troisièmement, les tensions en matière d’équité apparaissent le plus nettement dans les rénovations de bâtiments et l’accès au réseau de froid. Le réseau de rafraîchissement parisien n’est raccordé qu’aux bâtiments tertiaires, les réglementations thermiques sont sous-développées, l’effort et le coût des rénovations thermiques sont reportés sur les bailleurs sociaux tandis que les subventions publiques restent insuffisantes pour les bailleurs privés. La thèse apporte deux contributions principales à la recherche sur l’urbanisme climatique. Empiriquement, elle propose la première cartographie fine d’un écosystème d’adaptation à la chaleur à l’échelle d’une ville, en détaillant comment arbres, toitures végétalisées, canalisations d’eau glacée, volets et protocoles de soins d’urgence émergent, s’entrechoquent et se réajustent à travers des catégories de propriété, des montages financiers, des projets pilotes et des négociations d’aménagement. Conceptuellement, elle étend l’urbanisme climatique en montrant que l’adaptation ne peut pas être comprise uniquement comme la protection des infrastructures et la gestion du carbone, mais aussi comme la réorganisation contestée de la vie thermique quotidienne. À Paris, les infrastructures de rafraîchissement émergent à travers des négociations autour de la propriété, du financement, de l’expertise et du patrimoine, produisant un accès inégal au confort dans la ville. Pour saisir cette dynamique, la thèse avance la notion d’écologie politique du confort thermique : le confort n’est pas un état universel ou technique, mais un résultat socio-écologique façonné par des luttes matérielles et institutionnelles autour de qui reste au frais, comment et à quel prix. Ce cadrage répond aux appels récents de la recherche en urbanisme climatique à examiner les pratiques quotidiennes de gouvernance climatique. Il montre que l’adaptation à la chaleur ne se déploie pas comme un simple ajout technique aux plans climatiques, mais comme un processus qui réorganise la nature urbaine et la vie urbaine de manière inégale. Reconnaître l’adaptation à la chaleur comme une écologie politique du confort permet ainsi de clarifier la matérialité de l’urbanisme climatique comme l’interaction vécue entre personnes, artefacts et espaces.
Mots-clés
Urbanisme - Matérialité - Sociotechnique - Chaleur - Climat - AdaptationDans les villes d’Afrique subsaharienne, où le taux moyen d’accès à l’électricité est de 60% à 70%, garantir l’accès à tous à l’électricité reste un défi. Dans ce contexte, le développement du « grand réseau centralisé », priorité des pouvoirs publics, et la multiplication des solutions décentralisées, telles que les systèmes solaires photovoltaïques (PV) conduisent à des configurations électriques urbaines hybrides. La thèse part de ce constat, dont les conséquences pour les politiques d’électrification et pour la transition énergétique urbaine sont encore mal évaluées, et vise à éprouver l’hypothèse d’une adaptation contrainte des systèmes électriques nationaux dans des villes à forte croissance démographique et économique.
Au croisement de travaux issus des Transition Studies, de l’écologie politique urbaine et de la justice énergétique, elle développe trois axes de recherche. Le premier analyse comment l’hybridation électrique est concrètement incarnée dans des dispositifs urbains (technologies, acteurs, échelles, territoires, mécanismes de marché, cadres réglementaires et politiques, etc.).
Le deuxième explore si et comment émergent des formes de gouvernance de cette hybridation et s’intéresse aux représentations et imaginaires sociotechniques qui les inspirent. Le troisième interroge la manière dont l’essor du solaire PV est façonné par les inégalités socio-environnementales urbaines et impacte en retour ces dernières, en même temps qu’il conduit de facto à une redéfinition d’un service essentiel.
Privilégiant les interfaces sociotechniques entre solutions décentralisées et grand réseau comme « sites » d’observation des transformations à l’œuvre, la méthodologie s’appuie sur un inventaire et une cartographie détaillés de la diversité des modes d’urbanisation du solaire PV, une analyse de l’évolution des cadres législatifs et réglementaires ainsi qu’une étude des pratiques réelles d’installation et d’usage des dispositifs hybrides d’accès à l’électricité. Attentive aux rapports de pouvoir qui façonnent ces interfaces et aux inégalités qu’elles engendrent, elle s’appuie aussi sur des outils d’analyse des discours et des représentations qui accompagnent et influencent les transformations à l’œuvre. Le terrain d’investigation privilégié est la région de Dakar au Sénégal. Cette étude de cas sera ensuite mise en perspective avec d’autres contextes urbains sur le continent.
Mots-clés
Services urbains électriques - Hybridation électrique - Solaire photovoltaïque - Afrique subsaharienne - Transition énergétique - ImaginairesLe phénomène des « scènes ouvertes de la drogue », où les usagers de drogue se réunissent et consomment dans l’espace public, n’est pas nouveau. Depuis près de trente ans, Paris est confronté à cette problématique, notamment dans le nord-est de la ville – concentrant des usagers de crack très marginalisés dans leur majorité. Depuis le début des années 2000, les toxicomanes, bien que concentrés dans le Nord-Est, se déplacent constamment suite aux expulsions et aux interventions policières. Cela se répercute sur la capacité de chaque acteur à s’organiser, à défendre ses intérêts et à s’approprier les espaces. Plus récemment, les conflits entre les consommateurs de crack et les riverains de Stalingrad et des Jardins d’Éole mettent en évidence les tensions entre les différents usagers de l’espace public.
Le plan triennal “anti-crack” lancé en juin 2019 rassemble plusieurs acteurs mais malgré ce plan dédié, l’État et la municipalité ne parviennent pas à s’accorder sur des solutions. Cette controverse publique prend une nouvelle forme. A ce jour, le seul consensus qui a été établi est que ce qui a été fait au cours des trente dernières années, ne fonctionne pas. Politiques de tolérance zéro, apaisement de la voie publique avec une présence policière renforcée, interpellation des dealers, espaces de repos, salles de consommation… le débat est vaste. Ces questions sont particulièrement pertinentes aujourd’hui, où il existe plusieurs projets de rénovation urbaine dans les quartiers les plus touchés par la scène ouverte.
Cette thèse s’articule autour de deux axes principaux. Le premier est d’analyser la politique de la ville en réponse à la consommation de crack dans l’espace public et comment les différents acteurs peuvent faire entendre leur voix (et lesquelles sont prises en compte ?) et le deuxième et de questionner les usages et appropriations de l’espace public et les tensions qui en résultent.