L’occupation sociale du parc HLM se paupérise, sur fond de tension politique notamment entre droit au logement et mixité sociale. La montée en puissance des collectivités locales dans la politique du logement n’amoindrit pas pour autant le débat qui se tient à l’échelon national. Quelle est la vocation contemporaine du logement social en France, entre loger les plus modestes ou le plus grand nombre ?

Cette question renvoie au modèle social français, au pacte républicain. Qu’est-ce que le modèle HLM à la française, et comment se positionne-t-il par rapport au modèle social du pays ? Concrètement, quel rôle jouent les HLM dans la politique du logement contemporaine, dans le cadre de quel système et selon quelle perspective ? L’objectif de cette recherche est de décrire le modèle HLM dans sa spécificité française, en particulier au travers de ses acteurs nationaux et dans son rapport à la politique du logement contemporaine.

Pour cela, une première partie organise une projection de la politique du logement qui consiste à présenter une vision d’ensemble de la politique du logement à partir du logement social. Le premier chapitre présente les composantes essentielles de la « formation du modèle ». Le deuxième chapitre analyse la « dynamique du système » de l’habitat, en revenant notamment sur une partie des travaux du Réseau de recherche sur la socio-économie de l’habitat, durant les années 1990 début 2000. Le troisième chapitre interroge le « sens politique » de la politique du logement contemporaine, il met en lumière trois approches complémentaires à l’échelle nationale et analyse la prise en compte de l’échelle européenne.

Cette partie débouche sur une interrogation sur la place des acteurs nationaux dans la conception de la politique du logement en France. Elle propose aussi une explication sur l’absence de grande réforme systémique sur les dernières décennies. C’est pourquoi, la seconde partie présente une enquête sur la représentation du logement social, à partir d’une soixantaine d’entretiens auprès d’un échantillon de personnalités référentes en matière de logement social : premier ministre, ministres, parlementaires, hauts fonctionnaires membres de cabinets, hauts dirigeants du secteur HLM, élus locaux, experts et journalistes. Cette enquête cherche à comprendre comment s’organise le champ du logement et du logement social.

Pour cela, le quatrième chapitre décrit la « scène nationale des HLM » à partir d’une analyse biographique dont découle trois positions principales : politique, administrateur et praticien. Le cinquième chapitre s’intéresse aux discours des acteurs et identifie 19 items décrivant les « justifications des fonctions » du logement social. Enfin, le sixième chapitre étudie la combinaison de ces items, dans la « formalisation des conceptions », permettant d’en distinguer cinq complémentaires, qui ne recoupent que partiellement les positions des acteurs.

Enfin, la conclusion générale met en lumière l’importance dans les représentations d’items à la signification par nature équivoque, et la position relativement en retrait des connaissances sur le système de l’habitat, ce qui contribue ainsi à documenter une vision d’ensemble de la politique du logement en France.

Composition du jury

  • M. Jean-Pierre LEVY (CNRS) Directeur de thèse
  • M. Yankel FIJALKOW (ENSA Paris Val-de-Seine) Co-directeur de thèse
  • M. Xavier DESJARDINS (Sorbonne Université) Rapporteur
  • Mme Claire LEVY-VROELANT (Université Paris 8) Rapporteure
  • M. Emmanuel BELLANGER (CNRS) Examinateur
  • Mme Catherine BONVALET (INED) Examinatrice
  • M. Patrick LE GALÈS (CNRS) Examinateur
  • M. William LE GOFF (Fédération des Offices Publics de l’Habitat) Invité

Mots-clés

HLM, logement social, politique du logement, modèle social français

La thèse porte sur les pratiques d’intégration des politiques de prévention des risques et celles de gestion de crise dans les territoires locaux. Alors que les représentations cycliques promues par la prévention des catastrophes invitent à penser la cohérence de toutes les actions pour en diminuer les effets, l’action publique pour « faire face » aux risques et aux crises reste extrêmement fragmentée en France. Les réglementations, les outils et les acteurs chargés de prévenir les risques cohabitent avec ceux qui préparent la survenue de crises. En suivant l’activité des principaux acteurs locaux qui s’emparent de ces sujets à l’échelle d’agglomérations (agents des intercommunalités et de services déconcentrés de l’Etat), l’analyse met en évidence l’existence d’espaces de pratiques communes, dont elle décrit l’émergence et les effets.

L’intégration est étudiée d’abord à partir d’une sociologie politique des administrations et des organisations locales. Celles-ci envisagent et pratiquent l’intégration selon des modalités très différentes : via l’institutionnalisation des collaborations entre services d’une part, et au travers de l’approfondissement d’une approche intégrée s’appuyant sur une définition endo-urbaine des risques (Gralepois 2008), d’autre part. L’intégration est ensuite lue au travers des articulations d’instruments d’action publique et d’autres dispositifs socio-techniques locaux. Ces articulations négociées entre acteurs locaux transforment in fine la façon dont les risques et les crises sont intégrés aux systèmes urbains.

Cette thèse met les agents territoriaux et leurs actions au cœur de l’analyse. Mais en explorant les espaces communs aux pratiques de prévention des risques et de gestion de crise, ce sont aussi les continuités et les porosités entre les notions de risques et de crise que la thèse se propose de mettre en lumière.

Composition du jury

  • Olivier Borraz, directeur de recherche, CNRS Sciences Po (Rapporteur)
  • Mathilde Gralepois, maîtresse de conférences, Université de Tours (Rapporteure)
  • Gilles Jeannot, directeur de recherche, ENPC (Examinateur)
  • Andrew Lakoff, professeur, University of Southern California (Examinateur)
  • Valérie November, directrice de recherche, CNRS (Directrice de thèse)
  • Magali Reghezza-Zitt, maîtresse de conférences, École normale supérieure (Examinatrice)

La thèse s’intéresse au déploiement de la méthanisation en Île-de-France pour éclairer ce qui se joue à travers les dispositifs appelés à se développer au nom de la « cité verte ». Également appelée « digestion anaérobie », ce procédé de dégradation de matières organiques en l’absence d’air produit un mélange gazeux et un digestat, une sorte d’humus. Le caractère multifonctionnel (gestion des déchets, production d’énergie, production de compost), l’importante plasticité (en termes d’intensité technique, d’intrants et d’usages) et surtout la double promesse environnementale (comme mode de production d’énergie dite renouvelable ou comme outil d’économie circulaire) à laquelle la méthanisation peut être associée en font une technique privilégiée pour qui s’intéresse aux questions environnementales au sens large.

En analysant, en Île-de-France, des scènes de cadrage, d’enrôlement et d’intéressement diversifiées ainsi que la trajectoire des différents types d’assemblage, la thèse montre le primat des visions et dispositifs les plus compatibles avec le régime énergétique, tout particulièrement celles associées aux grands réseaux gaziers. Elle montre aussi que l’articulation des enjeux de gestion des déchets et de production énergétique ne va pas de soi et fait l’objet de tensions. Au-delà de ces deux enjeux, la thèse montre la pluralité des « débordements » du développement de la méthanisation en termes environnementaux (qualité des eaux, des sols, etc.) et socio-économiques (modèle d’agriculture associé).

Les décennies 1990-2000 ont été marquées, dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne, par l’adoption de politiques néolibérales réputées favorables aux objectifs de développement (OMD). Le Sénégal et la Tanzanie ne font pas exception. Dans le secteur de l’électricité, les faibles taux d’électrification, d’une part, l’incapacité des opérateurs publics à étendre rapidement le réseau conventionnel, d’autre part, ont conduit leurs gouvernements à engager des réformes institutionnelles caractérisées par la libéralisation du secteur et la création d’agences dédiées à l’électrification rurale. D’abord prérogative des gros opérateurs nationaux ou internationaux, l’électrification rurale est désormais ouverte à de plus petits opérateurs privés. Assortie d’un allègement des contraintes administratives et de nouvelles sources de financement, la libéralisation profite aux solutions décentralisées (mini-réseaux et kits solaires en particulier).

En résulte, dans les deux pays, une diversification des modes de fourniture d’électricité reposant sur des dispositifs, des acteurs, des ressources et des modes de gouvernance pluriels, qui coexistent localement et que la recherche analyse comme des arrangements de coproduction. A travers une étude comparative multiscalaire menée, au Sénégal et en Tanzanie, dans des aires d’urbanisation diffuse, la thèse propose un cadre conceptuel et une méthodologie pour repenser la nature et les conditions de fourniture d’un service essentiel à partir des arrangements hétérogènes observés. Elle mobilise ainsi le notion de configurations locales de fourniture pour appréhender de manière décloisonnée l’ensemble des solutions d’électrification en présence, comprendre leurs interdépendances et examiner les conditions d’une possible régulation des divers modes de fourniture d’électricité à cette échelle.

En croisant une approche sociotechnique située des configurations de fourniture d’accès à l’électricité et une approche socioéconomique des marchés locaux de l’électricité, la thèse propose une conceptualisation des géographies émergentes de la fourniture électrique dans des territoires marqués par une urbanisation rapide et diffuse. D’un côté, elle démontre que les politiques néolibérales d’électrification ont conduit à une diversification de l’offre électrique, plus adaptée à la pluralité des demandes, à un accroissement moyen des taux de couverture et des taux d’accès dans ces espaces, ainsi qu’à une amélioration – au moins partielle – de la qualité des services fournis sous l’effet de la concurrence de marché. D’un autre côté, elle souligne les limites de ces politiques et de leurs logiques marchandes, qui aboutissent à un accroissement des inégalités socio-spatiales à toutes les échelles et à l’exclusion des plus pauvres de toute forme d’accès à l’électricité. L’analyse de ces écueils met en exergue la nécessité de mécanismes de régulation, dont la thèse scrute les prémisses, encore fragiles et disparates. Interrogeant qui obtient quel service et où, elle esquisse enfin des pistes de réflexion sur ce que pourrait être la transition vers un futur service (public) essentiel de l’électricité dans ces environnements urbains en mutation.

Composition du jury

  • Mme Sylvy JAGLIN, Université Gustave Eiffel, Directrice de thèse
  • Mme Pascale TROMPETTE, Université Grenoble Alpes, Rapporteure
  • Mme Luisa MORETTO, Université Libre de Bruxelles, Rapporteure
  • M. Eric VERDEIL, Sciences Po Paris, Examinateur
  • M. Philippe LAVIGNE DELVILLE, IRD, Examinateur
  • M. Bruno VALFREY, Hydroconseil, Invité

Mots-clés

Configurations locales de fourniture, hybridations électriques, inégalités d’accès, coproduction, régulation des services, Sénégal, Tanzanie

Cette thèse s’intéresse aux conditions d’émergence du risque sismique à Istanbul — avant que la catastrophe sismique ne se manifeste, en étudiant les structurations entre les échelles géographiques ainsi que les potentiels dialogues entre acteurs et entités parties prenantes dans cette émergence. Particulièrement après le séisme d’août 1999 dans la région de Marmara, l’horizon d’un potentiel grand séisme (olası depremi) à Istanbul assemble les acteurs de la fabrique de la ville autour de sa prise en charge. La recherche s’appuie sur une enquête qualitative pour suivre de près les opérateurs (les scientifiques, les ingénieurs, les institutions publiques de planification et de gestion des catastrophes, les entreprises de construction et de l’immobilier, les associations) qui, au sens de la sociologie des sciences et des techniques, « s’intéressent » au risque sismique. La complexification de la notion de « fabrique » permet de reconceptualiser les modes d’interactions entre les risques et les espaces urbains de manière conjointe, et ce, autour de deux faisceaux d’analyse. Le premier faisceau explore l’aspect performatif du risque sismique, afin de comprendre comment ce risque structure l’organisation de l’urbanisme à Istanbul.

Dans un contexte d’instabilité économique et politique, les constructions fragiles constituent un enjeu d’intéressement au risque sismique et associent les acteurs du secteur de la construction tout en fragmentant le monde professionnel de l’urbanisme en retour. Le second faisceau examine, à l’échelle des quartiers, les assemblages locaux à l’œuvre dans la fabrique de l’espace urbain, en tant que produits matériels et sociaux des négociations stabilisées ou non des acteurs de l’urbanisme avec les habitant∙e∙s et leurs porte-paroles (maires de quartiers, associations, solidarités ou centres d’éducation à la catastrophe). Ces derniers mettent en évidence des alternatives pour prendre en charge les risques à partir de nouveaux savoirs.

En revanche, leur ré-institutionnalisation à des échelons supérieurs questionne l’uniformisation des pratiques locales. La thèse met en évidence les relations complexes entretenues entre des risques appartenant a priori à des catégories différentes. Elle insiste sur l’idée qu’au gré des traductions du risque sismique, l’aléa sismique est dilué dans des assemblages plus larges d’acteurs, d’entités et de risques corrélés. Au prisme des dispositifs sociotechniques, la thèse éclaire la cohabitation délicate de ces risques en un même lieu, sinon des entremêlements voire des frictions.

Composition du jury

  • Laurent Devisme, Professeur à l’ENSA Nantes (Rapporteur)
  • Valérie November, Directrice de recherche, CNRS (Directrice de thèse)
  • Jean-François Pérouse, Maître de conférences HDR, Université Toulouse Jean-Jaurès (Examinateur)
  • Sezin Topçu, Chargée de recherche, CNRS CEMS-EHESS (Examinatrice)
  • Elsa Vivant, Professeure, Université Gustave Eiffel (Examinatrice)
  • Albena Yaneva, Professeure, University of Manchester (Rapporteure)

Mots-clés

Fabrique urbaine - Risque sismique - Entremêlements - Dispositifs sociotechniques - Istanbul

Instituée en France en 1976, laséquence Éviter Réduire Compenser (ERC) impose une contrainte forte pour l’aménagement des sols. Ce dispositif rajoute une étape dans la chaîne de l’aménagement, implique des intermédiaires, voire transforme partiellement le projet d’aménagement. Étant donné que la compensation écologique a la spécificité d’être une compensation en nature, elle a aussi des incidences spatiales fortes, notamment sur les jeux fonciers locaux (dans le cadre et en dehors du marché). Élément nécessaire à la mise en œuvre de la compensation, le foncier est de facto placé sur le devant de la scène. En effet, des sites de compensation, avec un nouvel usage sur le moyen ou le long terme, sont créés. Les conditions locales de l’aménagement se retrouvent alors modifiées.

La présente recherche se penche sur l’application de ce dispositif de politique publique qu’est la séquence ERC, en analysant les stratégies et les pratiques des acteurs de terrain qui composent avec la contrainte qu’impose la norme.

Pour étudier les transformations introduites par cette contrainte normative, une approche processuelle a été retenue qui se focalise sur trois étapes principales : la construction de la norme elle-même (la « mise en règles »), sa traduction en instrument opérationnel par l’établissement de conventions d’équivalence (la « mise en équivalence ») et son intégration dans le marché de l’aménagement et du foncier (la « mise en marché »). Ces trois temps ont chacun des incidences sur la production de l’espace et créent une contrainte sur les futurs aménagements qui seront conduits.

L’analyse de ces processus permet de révéler les écarts entre les objectifs généraux visés par la norme et sa déclinaison opérationnelle qui tend à réduire et à appauvrir les composantes de la biodiversité prises en compte. La thèse s’intéresse en effet aux négociations et aux rapports de force qui influent sur l’opérationnalisation du dispositif ainsi qu’aux opérations de réduction de la définition de la biodiversité considérée effectuées à chacune des trois étapes. Ces interprétations et ces adaptations sont rendues nécessaires étant donné les difficultés que rencontrent les praticiens dans l’application de la norme. Outre la difficulté d’appréhension de la biodiversité, les praticiens se heurtent à la dureté foncière, qui conduit certains acteurs (maîtres d’ouvrage, intermédiaires, propriétaires fonciers) à faire évoluer leurs stratégies foncières.

Ce travail, utilisant une méthodologie qualitative, s’appuie sur plusieurs matériaux empiriques : un large terrain exploratoire qui a permis de préciser la question centrale et les hypothèses de cette recherche, des entretiens auprès de maîtres d’ouvrage, d’intermédiaires et de services de l’État et une étude de cas portant sur deux projets d’aménagement dans une ville moyenne française.

  • Sabine Barles, Professeure des universités, Université Paris 1, Rapporteur
  • Olivier Coutard, Directeur de recherche au CNRS, Directeur de thèse
  • Nathalie Frascaria-Lacoste, Professeure AgroPrisTech, Examinateur
  • Harold Levrel, Professeur AgroParisTech, Examinateur
  • Sylvain Pioch, Maître de conférences (HDR), Université Montpellier III

Mots-clés

séquence ERC, compensation écologique, aménagement urbain, foncier, négociations, biodiversité

Face aux retours d’expériences négatifs pendant l’exploitation des projets urbains durables, les acteurs de l’urbanisme se mettent à intégrer de plus en plus les préoccupations d’exploitation des systèmes énergétiques dans la conception. L’objectif de cette recherche est d’interroger les effets de cette intégration des enjeux d’exploitation sur le processus de conception urbaine. À partir d’une analyse de cas, nous montrons que l’intégration des préoccupations d’exploitation engendre des évolutions des choix techniques, des objectifs énergétiques et de l’organisation sociale de la conception. On assiste à une bifurcation des choix techniques, suite à des apprentissages en double boucle des acteurs, où il s’agit de revoir les objectifs en cours de conception pour pourvoir avancer. En effet, raisonner en termes d’exploitation amène à réaliser des choix de conception différents priorisant la qualité d’usage et de services rendus.

En matière d’organisation de la conception, l’intégration des préoccupations d’exploitation ne

requestionne pas le rythme hiérarchique et linéaire d’organisation des activités des acteurs. Toutefois, cela facilite l’affirmation de nouveaux acteurs comme les exploitants des systèmes énergétiques et multi-services. Plus largement, la recherche montre que les retours d’expériences, de plus d’une quinzaine d’années autour de l’exploitation des quartiers durables, contribuent à un processus d’apprentissage interprofessionnel, dont les sédimentations produisent de nouvelles références techniques ou de projets, et participent au renouvellement des cultures professionnelles. De cette manière, l’activité de conception se transforme. L’analyse met notamment l’accent sur l’importance des objets techniques dans la consolidation des apprentissages des acteurs, des objets autour desquels se cristallisent les enseignements et les retours d’expériences.

Composition du jury

  • Véronique Biau, Architecte-Urbaniste en chef de l’État, École Nationale Supérieure d’Architecture de Paris-La Villette (Rapporteure)
  • Gilles Debizet, Maître de conférences, Université Grenoble-Alpes (Rapporteur)
  • Joëlle Forest, Maître de conférence, Institut National des Sciences Appliquées de Lyon (Examinatrice)
  • Caroline Gallez, Directrice de recherche, Université Gustave Eiffel (Examinatrice)
  • Laurent Michelin, Directeur Innovation, Bouygues Immobilier (Membre invité)
  • Taoufik Souami, Professeur, Université Paris-Est (Directeur de thèse)

Dans le contexte d’un engouement récent pour la notion d’urbanisme transitoire, cette thèse s’intéresse à l’appropriation des démarches d’occupation temporaire de l’espace par les professionnels de l’urbanisme et de l’immobilier. Hérités de pratiques anciennes, les projets d’occupation temporaire se multiplient à l’échelle du Grand Paris au sein d’emprises et de bâtiments vacants destinés à accueillir prochainement un projet urbain. Objet «chaud» et mouvant, l’urbanisme transitoire est investi d’une pluralité de valeurs et d’enjeux par les acteurs impliqués dans ces démarches: propriétaires, collectivités, aménageurs, promoteurs et nouveaux professionnels de l’occupation temporaire.

Le terrain principal de la thèse porte sur la démarche d’urbanisme transitoire développée dès sa création en 2015 par SNCF Immobilier, structure en charge de la gestion et de la valorisation du vaste patrimoine foncier et immobilier de la SNCF. D’une démarche à l’origine expérimentale, l’urbanisme transitoire est devenu une nouvelle activité d’entreprise, porteuse d’enjeux stratégiques et opérationnels en amont des projets urbains. Au travers d’une immersion ethnographique au sein de SNCF Immobilier et d’une étude empirique de la mise en œuvre de ces projets temporaires, cette thèse vise à investiguer l’utilisation faite par l’entreprise de ces démarches, les difficultés nouvelles qu’elles soulèvent et les valeurs et enjeux que les salariés associent à ces projets. Source de changements au sein de SNCF Immobilier, le développement de l’urbanisme transitoire permet d’illustrer plus largement la transformation en cours des pratiques professionnelles, des modes d’action et des représentations au sein de l’organisation. Les réflexions de l’opérateur sont influencées par son intégration progressive dans une nouvelle communauté de pratique en faveur de l’urbanisme transitoire, concomitante d’un renouvellement de ses méthodes et de ses réflexions quant à la production de la ville sur le temps long.

Cette recherche mobilise l’urbanisme transitoire comme un outil d’analyse permettant de mettre en perspective l’évolution des modalités de fabrique de la ville, la mutation des espaces urbains et la transformation des acteurs de l’urbanisme et de l’immobilier.

Membres du jury

  • Lauren Andres – associate professor, The Bartlett School of Planning UCL (Rapporteur)
  • Olivier Coutard – directeur de recherche, CNRS (Directeur de thèse)
  • Laurent Devisme – professeur, ENSA Nantes (Rapporteur)
  • Maria Gravari-Barbas – professeure, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne
  • Benoît Quignon – directeur général des services de la Ville de Marseille (Membre invité)
  • Elsa Vivant – maîtresse de conférences, Université Gustave Eiffel (Directrice de thèse)

Mots-clés

urbanisme transitoire, occupation temporaire, projet urbain, SNCF, ethnographie

Dans les villes d’Afrique subsaharienne, les réseaux électriques sont défaillants, insuffisants et parfois absents alors que la demande augmente. Pour satisfaire leurs besoins, les citadins mettent en pratique une pluralité technologique donnant lieu à divers assemblages sociotechniques. À l’échelle de chaque ville, il en résulte une configuration électrique urbaine.

Comparant une sélection de quartiers reflétant la diversité urbaine à Ibadan (Nigéria) et à Cotonou (Bénin), la recherche démontre que les pratiques citadines d’accès à l’électricité alimentent des processus d’hybridation dans lesquels l’amélioration de la qualité et de la continuité du service dépend de logiques marchandes et sociales ambivalentes qui ne permettent pas de sortir les citadins les plus vulnérables des trappes de la pauvreté.

Finalement, la transition électrique urbaine nécessite d’aller au-delà du référentiel du réseau conventionnel unique et uniforme, pour penser les contours d’un service urbain socio-techniquement hétérogène, articulé à la diversité des conditions de vie urbaine.

Composition du jury

  • Armelle Choplin, Professeure associée à l’Université de Genève (co-directrice)
  • Sylvy Jaglin, Professeure à l’Université Gustave Eiffel (directrice)
  • Franck Scherrer, Professeur à l’Université de Montréal (rapporteur)
  • Éric Verdeil, Professeur à Sciences Po Paris (examinateur)
  • Marie-Hélène Zérah, Directrice de recherche à l’IRD (rapporteure)
  • Invité au jury : Olivier Coutard, Directeur de Recherche CNRS au Latts (invité)

Mots-clés

accès à l’électricité, hétérogénéité urbaine et infrastructurelle, inégalités intra et interurbaines, régimes d’accès, Ibadan, Cotonou, Nigéria, Bénin

Le passage par la catastrophe a emprisonné la plupart des recherches sur le risque dans l’histoire évènementielle. En dépassant cette posture et dans le courant tracé par Fernand Braudel, notre thèse s’inscrit dans l’Histoire de la longue durée, documentée par « la trajectoire morphologique du territoire urbain» et « les carrières de l’architecture ». En d’autre termes, nous nous appuierons sur les traces de l’histoire de la morphologie des territoires pour appréhender l’architecture comme un processus de stabilisation d’une matérialité habitée et signifiante ancrée dans des réseaux sociotechniques. Notre hypothèse est que l’hybridation de l’architecture permet d’identifier la mouvance de ces strates historiques (au sens de Marcel Roncayolo) en faisant apparaitre les situations à risques et leur résorption. La thèse vise à discuter cette hypothèse à travers une approche historique, un ancrage dans la théorie de l’architecture et des références sociogéographiques. L’objectif final étant de proposer une approche innovante de l’architecture en montrant qu’elle peut être un révélateur de la propriété instable et des dimensions volatiles du risque.

Le centre ancien de Tunis constitue le support à notre approche empirique. Ce choix se justifie principalement par le fait qu’il s’agit d’un territoire exposé aux risques, qui n’a pourtant pas subi récemment d’événements catastrophiques. Notre analyse repose sur l’étude de trois typologies architecturales représentatives de l’histoire de Tunis: une maison traditionnelle, un immeuble européen et une habitation spontanée. Elles nous permettent d’identifier trois niveaux de compréhension des dynamiques de la production des risques en liaison avec des conjonctures scientifiques, économiques, sociales voire même écologiques: 1/ la cristallisation des risques par l’hybridation technique à travers des attachements risqués, 2/ l’amplification des risques par l’hybridation des usages et des normes, 3/ la fluctuation des situations du risque à travers son caractère récalcitrant. En s’inscrivant dans le paradigme des racines extensives des risques, la thèse met en évidence ses processus générateurs à travers le prisme des temporalités urbaines et des hybridations architecturales. Elle révèle l’importance de documenter les systèmes des croyances et des connaissances de chaque territoire. La perte de la mémoire des catastrophes naturelles, ajoutée à la déperdition et l’aliénation des connaissances au sujet des aléas, des normes sociales, des matérialités architecturales et des modes d’habiter sont les moteurs déclencheurs des situations de risques. Au final, cette thèse propose la construction d’un savoir architectural des risques basé sur une logique indicielle, qui s’inscrit dans une restitution des savoirs historiques conjoncturaux réactivés par les retours d’expérience.

Mots-clés

Risques, Architectures, Hybridations, Matérialités, Temporalités, Tunis

Cette thèse part du constat d’une pérennisation du mal-logement durant les 30 dernières années. En s’inscrivant dans une logique économique reposant sur l’offre, l’action publique se trouve dans l’incapacité à répondre aux « crises » successives. Un état des lieux interdisciplinaires montre que peu de travaux abordent la question du logement dans une dynamique conjointe des ménages (mobilité résidentielle) et des logements (construction-destruction-réhabilitation). En nous appuyant sur la notion de filtering process et la méthode des chaînes de vacances des logements (vacancy chains), notre thèse propose de dépasser ce verrou à travers la création de nouveaux concepts (position sociale, fonction et profil démographique) permettant une analyse globale et dynamique du système de l’habitat. A cette fin, nous avons développé le modèle Analyse des Systèmes d’Habitat (ASHA) qui simule l’impact des variations de l’offre de logements sur l’ensemble du système à partir des mobilités des ménages (taux de rotation) entre les types de logements (chaînes vacances).

Ce modèle a été utilisé en mobilisant les données des huit Enquêtes Logement (INSEE, ENL, 1978 à 2013), pour analyser, dans une approche rétrospective, prospective et expérimentale, l’évolution du système de l’habitat dans une profondeur longitudinale de 35 ans. Par une observation empirique simple, la première analyse a permis d’identifier le fonctionnement du système actuel (2013) structuré en filières résidentielles reproduisant la hiérarchie de la société globale. Les simulations du prolongement des politiques d’offre successives (entre 1978 et 2013) ont montré que la véritable rupture du système tient au prolongement des logiques de programmation de la réforme de 1977 (promulguée dans le contexte des Trente Glorieuses) jusqu’en 2013. Loin d’abandonner totalement l’aide à la pierre, la réforme institue la création d’une accession à la propriété aidée en faveur des couches supérieures, moyennes et populaires solvables, au détriment des ménages précaires souvent jeunes.

L’analyse prospective a, quant à elle, simulé le prolongement du système de 2013 jusqu’en 2050. Les résultats montrent sa forte instabilité. L’effondrement du parc locatif privé entraîne les ménages dans une accession précoce qui les fragilise et les exclue du système. D’autre part, il fait apparaître de fortes tensions dans la filière sociale. Le modèle ASHA offre également la possibilité d’effectuer des simulations prospectives expérimentales de politiques du logement alternatives : construction massive de logements sociaux et tentative de constructions de logements dans la perspective de fluidifier le système (adaptation aux logiques résidentielles). Les résultats ne modifient pas en profondeur l’organisation du système qui demeure très inégalitaire socialement. En ce sens, ils montrent que la résolution du mal-logement impose de considérer qu’une politique d’offre ne peut, à elle seule, répondre à une vulnérabilité résidentielle due aux effets d’une précarisation de la sociétale globale. Dans ce contexte, une refonte du système passe probablement par une réforme intégrant les profondes transformations du contexte social actuel et futur.

Composition du jury

Rapporteurs :

  • Marc Dumont, Professeur des Universités à l’Université de Lille
  • Yankel Fijalkow, Professeur de Sciences Sociales à l’ENSAPVS

Examinateurs :

  • Jean-Claude Driant, Professeur émérite à l’Ecole d’Urbanisme de Paris
  • Véronique Flambard, Professeure d’Economie à l’Université Catholique de Lille
  • Arnaud Simon, Maître de Conférences à l’Université Paris-Dauphine (PSL)

Invité :

  • Manuel Domergue, directeur des Études à la Fondation Abbé Pierre

Mots-clés

Mobilité résidentielle, Modélisation, Habitat / Peuplement, Système

São Paulo est, depuis la fin des années 1980, un terrain d’expérimentation privilégié d’instruments de planification urbaine. Les équipes municipales successives de divers bords politiques mettent en œuvre de vastes projets de renouvellement urbain délimitant des périmètres d’exception à l’intérieur desquels des régulations spécifiques s’appliquent. Paramètres de construction flexibilisés et investissements privés facilités sont certains des principes censés servir de levier à la réhabilitation et à la transformation rapide du foncier et de ses usages, mais aussi au financement de logements populaires. Ces dispositifs s’avèrent inopérants pour contrer les immenses inégalités sociospatiales qui caractérisent la ville brésilienne. Au contraire, ils contribuent à des situations conflictuelles et à l’exclusion d’une partie de la population de l’accès à un logement digne.  

En 2016, un nouveau projet d’intervention urbaine (PIU), a été proposé à la municipalité par une multinationale brésilienne détentrice de foncier dans le quartier de Vila Leopoldina, dans la zone ouest de São Paulo. Ce projet de renouvellement urbain suscite d’emblée un conflit entre trois groupes d’acteurs ancrés dans le quartier : l’entreprise privée, élite économique et financière historique, structurante de la forme sociale brésilienne patrimonialiste ; des habitants de classe moyenne supérieure, petite élite locale installée plus récemment dans des condominiums verticaux sécurisés ; et des communautés d’habitants pauvres, exclues de l’accès à un logement digne. 

À partir d’une enquête de terrain à São Paulo et d’une analyse en ligne des réseaux sociaux et des consultations publiques, la thèse retrace la genèse du conflit et étudie les formes de mobilisation et leurs espaces, en s’intéressant particulièrement à la matérialité construite. Elle fait l’hypothèse que ce conflit territorialisé autour d’un instrument urbain (le PIU) est révélateur à la fois des structures sociales de la société brésilienne et de la production urbaine patrimonialiste caractéristique des grandes villes au Brésil. Pour le démontrer, la thèse analyse et confronte les économies morales territorialisées des trois groupes d’acteurs en conflit. 

Composition du jury

  • Marie-Hélène Bacqué, Professeure, Université Paris-Ouest (Rapportrice)
  • Agnès Deboulet, Professeure, Université Paris 8 (Examinatrice)
  • Ana Fernandes, Professeure, Université de Fédérale de Bahia (Rapportrice)
  • Sylvy Jaglin, Professeure, Université Gustave Eiffel (Co-directrice de thèse)
  • Ozan Karaman, Chargé de recherche, CNRS (Co-encadrant de thèse)
  • João Sette Whitaker Ferreira, Professeur, Université de São Paulo (Co-directeur de thèse)

Mots-clés

conflit, production urbaine, matérialité urbaine, patrimonialisme, économie morale, São Paulo.