L’accueil de plusieurs événements internationaux ayant réactualisé l’enjeu sécuritaire, dès la fin de l’année 2008, le gouvernement de l’État de Rio de Janeiro a mis en place une nouvelle politique de sécurité publique pour reprendre le contrôle territorial d’un grand nombre de favelas en s’appuyant sur les Unités de police de pacification (UPP). Dans ce cadre, les pouvoirs publics ont en partie remodelé leur projet d’intégration des favelas.
Depuis les années 1990, il était principalement envisagé en termes d’aménagement, par l’amélioration des infrastructures et des voies d’accès ainsi que, dans une moindre mesure, de régularisation foncière et urbaine. Désormais, les autorités envisagent de promouvoir « l’intégration par la régularisation » des relations marchandes et administratives, associant les différents acteurs des sphères publiques et privées.
Cette thèse pose la question de l’intégration des favelas selon une perspective peu explorée : celle de la régularisation par le réseau d’électricité, dont l’objectif est de faire des « usagers clandestins » de nouveaux « clients abonnés », liés à l’entreprise de distribution par un compteur. En particulier, nous nous attacherons à mettre en exergue l’articulation entre logiques publiques et privées à l’oeuvre dans les projets de régularisation du service d’électricité dans deux favelas, Santa Marta et Cantagalo. Pour ce faire, notre analyse se propose d’étudier la régularisation du service d’électricité à travers ses outils – sociotechniques (installation des compteurs et réfection du réseau), commerciaux (modes de recouvrement des factures) et de maîtrise de la consommation d’électricité – et leurs modes d’appropriation par les abonnés.
La recherche montre que la régularisation du service d’électricité reconfigure la relation des favelados à l’Etat et au marché qui se heurte à certaines limites : la relation commerciale contractualisée peine à s’ancrer dans un rapport de confiance ; les actions de maîtrise de la consommation prônent une « mise aux normes » des comportements plus qu’un accompagnement des usages ; la régularisation du service reproduit plutôt qu’elle ne dépasse les inégalités socio-économiques, qui perdent par ailleurs progressivement leur caractère politique. Cette thèse vise ainsi à contribuer à une meilleure compréhension des modalités d’intégration des favelas dans le cadre d’une néolibéralisation accrue des politiques urbaines.
Mots-clés
régularisation, service d’électricité, favelas, Rio de JaneiroL’action publique comme la recherche développent un intérêt croissant pour les relations entre ville et énergie. Cette thèse porte sur la manière dont les opérateurs énergétiques de réseaux participent à l’élaboration et à la mise en oeuvre de politiques énergétiques locales et sur la capacité des acteurs politiques urbains à les piloter en ce sens. La question est abordée à partir d’acteurs alternatifs de la distribution d’énergie en France, les entreprises locales de distribution (ELD). Celles-ci assurent depuis plus de cent ans la distribution et la fourniture d’électricité et parfois de gaz et de chaleur dans les territoires de communes qui les possèdent. Elles apparaissent aujourd’hui comme des leviers d’action innovants à la disposition des villes pour développer des politiques énergétiques urbaines.
Centrée sur les opérateurs urbains, la thèse examine les situations de GEG à Grenoble et d’UEM à Metz. Malgré leur implantation locale, les ELD accordent depuis quelques années seulement une place importante à l’échelle urbaine dans leurs stratégies d’entreprises. L’organisation sectorielle et centralisée du service public de l’électricité a pendant longtemps happé les ELD, freinant l’émergence d’une approche spécifique de leurs territoires de concession. Les recompositions du modèle économique qu’impose la libéralisation amènent toutefois les ELD à rechercher de nouveaux relais de croissance. Se saisissant d’opportunités liées à la mise à l’agenda de politiques énergie-climat, elles font preuve d’une forte adaptabilité et élaborent de nouvelles stratégies valorisant davantage leur ancrage urbain.
Longtemps dominées par des logiques sectorielles d’ordre national, les entreprises locales participent ainsi de plus en plus au développement d’actions énergétiques urbaines. Cet ancrage urbain ne fait pas pour autant des ELD des outils de gouvernement d’une politique énergétique urbaine, qui supposerait une capacité d’initiative et de pilotage des acteurs politiques municipaux en fonction d’objectifs propres. Par l’analyse des exemples de Grenoble et Metz, nous montrons que la construction de l’énergie comme enjeu politique local est à la fois progressive et hétérogène, remettant en cause une approche jusque-là essentiellement économique et industrielle du pilotage des ELD. La politisation en cours se heurte cependant à une expertise limitée des communes sur l’énergie, qui ne parviennent que très imparfaitement à intégrer leurs préoccupations énergético-climatiques dans le pilotage stratégique de leurs entreprises locales.
Les changements sont en revanche beaucoup plus importants sur le plan opérationnel, dans des projets qui impliquent des relations partenariales autour d’enjeux énergétiques : plans climat-énergie territoriaux, réponses à appels d’offres nationaux et européens, coordination des réseaux de distribution… L’analyse du modèle énergétique territorial alternatif des ELD proposée dans la thèse montre que le statut local des opérateurs ne suffit pas au développement d’un gouvernement énergétique urbain, lequel procède aussi de la politisation des questions énergétiques et de la construction d’une expertise adaptée au sein des systèmes politico-administratifs urbains.
Membres du jury
- Cyria Emelianoff, Professeure de l’Université du Maine, ESO Le Mans (rapporteur)
- Alain Faure, Directeur de recherche au CNRS, PACTE (rapporteur)
- Sylvy Jaglin, Professeure de l’Université Paris-Est, LATTS (directrice)
- Dominique Lorrain, Directeur de recherche émérite au CNRS, LATTS
- Jochen Monstadt, Professeur, Technische Universität Darmstadt
- François-Mathieu Poupeau, Chargé de recherche au CNRS, LATTS (co-encadrant)
- Livier Vennin, Délégué Mission Grand Paris, EDF
Mots-clés
politiques énergétiques urbaines, entreprises locales de distribution, sociétés d’économie mixte locales, gouvernement urbainLes réseaux urbains de grosse infrastructure européens, qu’il s’agisse des réseaux d’eau ou de chauffage urbain, sont confrontés à un double défi majeur, celui de leur adaptation à un déclin démographique général qui limite le nombre d’usagers et à une diminution globale de la consommation individuelle. Mon projet de thèse cherche à comprendre de l’intérieur les stratégies d’adaptation mises en place par les entreprises gestionnaires de ces réseaux, pour mieux en cerner la transformation fonctionnelle et en évaluer les effets sur le territoire desservi. L’idée est d’envisager cette transformation à l’aide d’une analyse critique de la théorie du splintering urbanism de Marvin et Graham.
Un rattachement ou une formation disciplinaire, pas plus que la relation à des espaces de travail et des instruments spécialisés, ne suffisent seuls à définir une culture scientifique. Ce sur quoi des chercheurs issus d’horizons divers travaillent, construit un mode singulier de conception de leurs activités, pratiques et rapport au monde. Leur réussite est irrémédiablement liée à un sujet, à la fortune que rencontre celui-ci comme innovation dans un contexte social qui le borne et qu’il crée simultanément. Comment s’organise cette (re)conversion vers une nouvelle thématique, alors que l’évolution des modes de financement privilégie aujourd’hui précisément ce cadrage ? Cette thèse propose une enquête sur la notion de « domaine de recherche », que nous définissons a priori comme le cadre des interactions entre l’activité professionnelle de chercheurs et la société autour d’un thème partagé ; elle défend sa dimension épistémique.
Ce manuscrit décrit en parallèle le développement des bioénergies, une des principales formes d’énergie dites renouvelables ou encore durables, issue de la biomasse, ses acteurs et leurs jeux d’actions, dans un contexte de forte incitation à conduire une transition énergétique globale, mais aussi de controverses sociales vives. Les deux objectifs de cette thèse convergent : décrire le style de pensée inhérent à un domaine de recherche particulier est nécessaire à l’appréhension, au-delà des seuls discours et promesses, des modes effectifs de développement d’une innovation (ici la mobilisation à grande échelle de végétaux, microorganismes ou déchets pour produire des biocarburants) et donc in fine, à l’évaluation par tout un chacun, de sa pertinence.
Membres du jury
- Marc Barbier, Directeur de recherche à l’INRA, Directeur de thèse
- Céline Granjou, Directrice de recherche à l’IRSTEA, Rapporteure
- Bruno Latour, Professeur des universités à Sciences Po, Examinateur
- Catherine Paradeise, Professeur des universités à l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée, Directrice de thèse
- David Pontille, Directeur de recherche au CNRS, Examinateur
- François Vatin, Professeur des universités à l’Université Paris-Ouest Nanterre La Défense, Rapporteur
La question de la transition énergétique se situe aujourd’hui en haut de l’agenda politique. L’objectif de cette thèse est de s’interroger sur l’émergence d’un nouveau modèle électrique, de déterminer quelles sont ses caractéristiques et s’il représente une alternative au modèle centralisé.
En combinant trois perspectives d’analyse institutionnelle, technologique et territoriale , elle démontre que ce modèle centralisé a vécu. Un faisceau de changements a transformé en profondeur le système électrique dans sa matérialité et son organisation : libéralisation, production distribuée, décentralisation politique, etc. La nouvelle configuration qui s’élabore est hybride. Elle est le résultat de tensions entre d’un côté des innovations porteuses de changements sociotechniques importants et de l’autre des mécanismes de centralisation politico-administrative et de concentration technico-économique. L’État a perdu son hégémonie mais pas sa centralité, alors même que le secteur s’est diversifié (acteurs, technologies) et que l’électricité se diffuse dans toute la société (accession à la production, processus législatif, etc.). Ni la montée en compétence contrariée de l’UE, ni la libéralisation, ni l’émergence des collectivités n’ont totalement remis en cause sa capacité à se positionner au centre de la régulation du secteur. Son action est tout à la fois sélective (désengagement de l’opérationnel), intégratrice (EnR, collectivités), diffuse (financement, R&D, législation, etc.) et parfois interventionniste (actionnariat, tarification, réseaux de transport et de distribution, etc.).
Dans un contexte libéral, l’État s’adapte par une réforme pragmatique de son action et par l’intégration contrôlée des alternatives. Ce « libéralisme apprivoisé » correspond à une territorialisation de la politique publique de l’énergie à l’intérieur de laquelle les collectivités s’imposent selon une logique à la fois ascendante et descendante. Celles-ci sont en train, d’une part, principalement autour des EPCI et des conseils régionaux, de s’imposer comme des partenaires obligés de l’État dans la mise en œuvre et la gestion d’une pluralité de processus et de dispositifs techniques infranationaux.
D’autre part, elles souhaitent s’affirmer dans ce secteur et disposent pour cela de leviers opérationnels (concession, planification, soutien aux EnR, information, etc.). Cette appropriation reste encore aujourd’hui partielle et inégale mais représente une tendance forte qui fait du local le nouvel horizon du secteur, y compris pour l’État qui adapte son organisation administrative autour de l’échelle régionale. Un processus d’autonomisation des collectivités, de nature juridique, est donc à l’œuvre, organisé par l’État et relevant d’une libre administration énergétique qui ne peut être réduite au développement d’une capacité de production d’énergie. Les nouvelles délimitations issues de cette autonomisation aboutissent à un agencement de territoires institutionnels qui ne remettent pas fondamentalement en question l’échelle nationale et le rôle de l’État. Cette configuration hybride dépend des modalités de développement de la production soumis à des mécanismes de concentration technico-économiques propres à l’industrie de réseau électrique, à son contexte, ainsi qu’aux logiques spatiales et territoriales dépendants de paramètres infrastructurels. C’est ce que démontre le déploiement contre-intuitif de la production distribuée qui s’effectue sous une forme mixte centralisée/décentralisée, résultat de l’interaction entre des formes de contrôle et des conditions sociotechniques spécifiques (spatialisation, logiques d’échelle, concentration des acteurs, etc.). La configuration qui émerge combine des éléments de rupture/décentralisation et de continuité/centralisation. Compte tenu de l’importance des évolutions à venir NTIC, stockage , celle-ci ne représente cependant probablement qu’une étape d’un long cheminement vers un nouveau modèle énergétique.
Membres du jury
- Sabine Barles (Paris I)
- Olivier Coutard (LATTS, directeur de thèse)
- Gilles Debizet (Université Grenoble Alpes)
- Jérôme Dubois (Université d’Aix-Marseille)
- Alberto Pasanisi (EIFER)
- François-Mathieu Poupeau (LATTS).
Cette recherche porte sur la définition d’une tradition urbanistique britannique de l’après-guerre et sa transmission en France dans le cadre de la construction des villes nouvelles. La première partie de ma thèse s’attache à définir les contours de cette tradition. J’emploie le terme « tradition » pour désigner un ensemble cohérent de savoir-faire, de méthodes et de concepts opérationnels, communément utilisés par un groupe de professionnels et partiellement codifiés. La période d’observation se déploie sur une trentaine d’années, de 1940 à 1970 environ.
Les acteurs appartiennent pour l’essentiel à deux grandes institutions publics, à la fois maîtres d’ouvrage, aménageurs et constructeurs : le département d’architecture du London County Council, en charge, notamment, de l’élaboration du plan de Londres de 1943 et de sa mise en application, pour le contexte britannique, et l’IAURP, en charge de la création des villes nouvelles de la région Parisienne, dans le contexte français. J’analyse les pratiques urbanistiques des agents de ces deux institutions, l’usage qu’ils font de concepts urbains, les dispositifs d’aménagement et les éléments de méthode qu’ils mettent en place.
La thèse se développe ainsi en deux temps : le premier définit ces savoirs urbanistiques dans le milieu britannique et étudie leur mise en pratique et leur formalisation ; le second analyse leur réception et reformulation dans le contexte français, ainsi que les motivations des acteurs impliqués.
Depuis le début des années 2010, le terme de « quotidien » remplace celui de « banlieue » dans certains discours politiques pour désigner les gares ferroviaires de proximité en Île-de-France. Contrairement aux « quartiers sensibles » ou aux « agglomérations », cette expression des « gares du quotidien » se présente a priori bien plus comme un nouvel élément de langage dans l’air du temps que comme une catégorie politique ou administrative installée.
Néanmoins, celle-ci apparaît dans le débat public à un moment particulier, en creux du projet de Grand Paris Express, comme précipitée par un certain nombre d’acteurs aux stratégies et idéaux a priori convergents, et s’accompagne d’une vague de travaux assez inédite dans les gares de ces réseaux.
De plus, le « quotidien » ne saurait renvoyer aux mêmes images ni aux mêmes valeurs que la « banlieue ».
En cela, cette substitution ne saurait être fortuite. À partir d’une analyse des représentations véhiculées par différentes formes de récits d’acteurs d’une part, et d’une exploration des gares et des projets dont elles font l’objet dans le territoire de la Seine Aval d’autre part, cette thèse entend dévoiler les ruptures qui autorisent l’émergence des gares du « quotidien » comme nouvelle catégorie du Grand Paris, les significations qui la traversent, et les transformations auxquelles elle engage. Son ambition est ainsi de discuter plus largement les fonctions imaginaires de la catégorisation dans la fabrique des espaces urbains.
Ce faisant, ce travail propose une relecture de l’histoire contemporaine de l’aménagement francilien à travers la lentille du « quotidien », et révèle sous cet angle certains basculements dans le rapport des acteurs du transport et de l’urbanisme à la « banlieue » et à ses habitants, mais aussi dans les segmentations professionnelles et les rapports de force en présence.
Membres du jury
- Xavier Desjardins, Professeur des universités, Université Paris-Sorbonne
- Jacques Peynot, Directeur des Gares d’Île-de-France, SNCF (invité)
- Antoine Picon, Directeur de recherche, École Nationale des Ponts et Chaussées (directeur)
- Paola Pucci, Professeure, Politecnico di Milano (rapporteure)
- Olivier Ratouis, Professeur des universités, Université de Paris-Nanterre (rapporteur)
- Nathalie Roseau, Professeure associée, École Nationale des Ponts et Chaussées (co-encadrante)
Comment les différentes structures étatiques et les contextes socio-matériels urbains et énergétiques expliquent-ils la diffusion inégale des réseaux de chauffage urbain (DES) dans les zones urbaines de France et d’Alberta entre 2000 et 2014 ?
Pour répondre à cette question, cette thèse analyse les processus inhérents aux transitions énergétiques vers une économie sobre en carbone à travers des prismes socio-spatiaux et socio-matériels, en tenant compte des relations de pouvoir et de la structure de l’État. À l’intersection de l’urbanisme et des systèmes énergétiques, les DES s’avèrent un outil pratique pour explorer le lien entre la gouvernance sobre en carbone, la gouvernance énergétique et la gouvernance urbaine.
Les cadres théoriques utilisés dans l’analyse comprennent :
1) des contributions récentes issues des études sur la transition (urbaine) et des systèmes socio-techniques ;
2) une conceptualisation lefebvrienne du socio-espace et des changements sociaux ;
3) l’approche stratégique-relationnelle du pouvoir étatique de Jessop (1990, 2008).
Une recherche comparative inter-échelles originale permet d’examiner la construction inégale des politiques énergétiques bas-carbone en France et en Alberta, ainsi que leurs relations avec les structures étatiques et les systèmes urbains et énergétiques existants. Le cadre « Territoire-Lieu-Échelle-Réseau » (TPSN) de Jessop et al. est mobilisé pour surmonter les problèmes de commensurabilité et de comparaison spontanée.
Le cadre « Territoire-Lieu-Échelle-Réseau » (TPSN) de Jessop et al. est mis à contribution pour surmonter les problèmes de commensurabilité et de comparaison spontanée. Ces approches théoriques et méthodologiques démontrent de manière convaincante que l’échelle provinciale au Canada et l’échelle nationale en France sont les échelles qui dominent la mise en œuvre des transitions énergétiques vers une économie à faible émission de carbone et la gouvernance urbaine. Malgré des pouvoirs étatiques similaires, les gouvernements français et albertains ont élaboré des politiques publiques différentes en matière de transition vers une économie à faible émission de carbone, mettant en évidence la sélectivité dans l’exercice des capacités de l’État.
Ils ont mobilisé et habilité différemment les gouvernements urbains locaux et développé des interventions étatiques différentes en matière de DES. En France, les DES soutenus par l’État ont activé de nouveaux canaux de croissance compatibles avec les socio-matérialités dominantes existantes ; en Alberta, les expériences de DES financées par l’État n’ont pas réussi à activer de nouveaux canaux de croissance compatibles avec les socio-matérialités dominantes. Cette thèse postule que la construction sélective des politiques bas carbone dépend des intérêts matériels des acteurs dominants du secteur énergétique et de l’État.
En d’autres termes, l’État ne cherche pas à réduire les émissions de gaz à effet de serre par tous les moyens. Il cherche plutôt à reproduire le statu quo socio-matériel dominant, en adaptant les politiques de décarbonation à la configuration socio-matérielle existante.
En fin de compte, cette thèse montre comment les concepts de structure de l’État et le cadre TPSN peuvent enrichir la théorisation des relations entre espace et pouvoir dans les études sur la transition (urbaine).
Membres du jury
- Julia Affolderbach, Maîtresse de Conférences, University of Hull, Royaume-Uni, rapporteure
- Sophie Van Neste, Professeur, Institut national de la recherche scientifique (INRS), Montréal, Canada, rapporteure
- Olivier Coutard, Directeur de Recherche CNRS, LATTS, Université Paris-Est, co-directeur
- Noel Keough, Professeur, University of Calgary, examinateur
- Byron Miller, Professeur, Université de Calgary, Canada, co-directeur
- Jonathan Rutherford, Chargé de Recherche ENPC, LATTS, Université Paris-Est, examinateur.
Le développement des énergies renouvelables dans les zones urbaines, suscite un intérêt grandissant, tant des professionnels que de la société civile, à partager localement l’énergie produite. Mettre en place un tel objectif relève régulièrement d’initiatives énergétiques locales.
Alors que le monde de l’énergie a précédemment cherché à se rendre invisible du monde urbain, le déploiement de telles initiatives énergétiques pose la question de l’accueil de ces projets par la fabrique urbaine. Nous postulons dans cette thèse que ces initiatives énergétiques locales contribuent, à leur manière, à faire réapparaître les systèmes énergétiques dans l’urbain, ainsi qu’à reconfigurer son organisation et son fonctionnement.
Le travail de recherche s’appuie sur quatre études de cas dans trois pays : l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni. Les cas choisis sont l’habitat participatif des Colibres à Forcalquier (France), la
Klimakommune de Saerbeck (Allemagne), le projet européen Sensible de stockage électrique à Nottingham (Royaume-Uni) et l’opération d’autoconsommation collective Smartmagne à Marmagne (France). Nous nous attachons à comprendre la fabrique de ces projets, c’est-à-dire que, au-delà de la matérialité produite, nous portons nos analyses sur les acteurs et sur les mécanismes de l’action en train de se faire.
Trois grands résultats sont avancés dans la thèse. Alors que le terme de ‘’communauté énergétique’’ est repris tant dans les travaux scientifiques que dans les communications nationales et européennes, nous montrons que l’utilisation du concept d’assemblage pour caractériser les initiatives énergétiques qui nous intéressent est plus pertinent. Notre objet d’étude correspond à l’articulation entre des acteurs (entreprises, chercheur.e.s, collectifs d’habitant.e.s, promoteurs, collectivité, groupes d’intérêts, etc.) et des objets techniques et matériels relevant d’un projet énergétique spécifique : les ‘’assemblages socioénergétiques locaux et urbains’’ (ASE-LU). Leurs liens ne sont pas basés sur des affinités sociales ou politiques, mais sont générés par la poursuite de la réalisation du projet même.
Les différents projets étudiés nous permettent de situer les effets produits au sein de ce que nous appelons la fabrique ordinaire de l’urbain. Autrement dit, les cas observés, dont l’objectif commun peut être exprimé comme la mutualisation d’énergie produite localement, ne relèvent que très peu de projet d’aménagement d’envergure (ZAC, OIN, écoquartier). Dans cette fabrique ordinaire, les porteurs de projets ne choisissent pas la confrontation socio-politique pour changer les règlements, les lois et les conditions de production. Ils préfèrent emprunter les marges et les failles laissées par la fabrique ordinaire, pour faire advenir leur projet et le transformer en réalité matérielle et sociale.
Enfin, nous discutons un possible rapprochement de nos études de cas avec les communs. Les ASE-LU débordent des découpages classiques (structurant pour la fabrique urbaine) entre droit de propriété et droit d’usage, entre privé et public, entre suprématie de l’intérêt général et poursuite des intérêts partiel ou individuels. Ils sont confrontés aux mêmes problématiques que les communs urbains et/ou énergétiques : blocages légaux, mobilisation de failles et d’interstices. Ils dessinent des organisations sociales et des ensembles spatio-techniques qui interrogent au moins les structures juridiques et sociales classiques, d’une part du monde de l’énergie, d’autre part, du monde de la fabrique urbaine.
Membres du jury
- Xavier Bonnaud, professeur d’architecture à l’école Nationale Supérieure d’Architecture de Paris-La-Villette et à l’école Polytechnique, co-directeur de thèse
- Gilles Debizet, maître de conférences, Université Grenoble-Alpes, rapporteur
- Bernard Declève, professeur de l’Université Catholique de Louvain , rapporteur
- Sinda Haouès-Jouve, maîtresse de Conférences, Université Toulouse Jean Jaurès, examinatrice
- Sylvy Jaglin, professeure de l’Université Paris-Est, examinatrice
- Fanny Lopez, maîtresse de Conférences, École d’architecture de la ville et des territoires Paris-Est, examinatrice
- Florence Rudolf, professeure des Universités à l’Institut Nationale des Sciences Appliquées de Strasbourg, examinatrice
- Jean Sonnet, directeur technique Omexom, VINCI Energies, invité
- Taoufik Souami, professeur de l’Université Paris-Est, directeur de thèse
Cette thèse vise à revisiter le concept de reconstruction après la catastrophe nucléaire de Fukushima en mars 2011. En abordant la politique de reconstruction lancée par les autorités japonaises suite à cette catastrophe, malgré le risque sanitaire dû aux faibles doses des radiations persistant dans l’environnement, elle étudie les conséquences socio-culturelles de cette politique sur les personnes affectées, qui partent, restent ou retournent dans les territoires contaminés. Quelle reconstruction après cette catastrophe nucléaire ? Quelle reconstruction dans des territoires contaminés, pour des populations affectées par cette catastrophe et confrontées à ce risque sanitaire et environnemental sur le long terme ?
Afin de répondre à ces questions, cette thèse analyse, en premier lieu, la catastrophe de Fukushima en trois phrases –avant, pendant et après l’événement –, et la gestion de cette catastrophe à deux niveaux – collectif et individuel. Elle examine également les controverses socio-techniques que suscite le risque dû aux faibles doses de radiations – risque inscrit sur un espace étendu et sur le temps long –, ce qui permet de saisir la complexité de cette situation « post-accidentelle » d’une société japonaise nucléarisée.
En deuxième lieu, cette thèse étudie, de manière comparative, la catastrophe de Minamata due à une contamination au mercure depuis les années 1930. En analysant ces deux cas d’étude dans leurs différentes dimensions –l’incertitude, le risque et l’avènement de la catastrophe –, elle met en lumière le processus de reconstruction, voire de renaissance d’une société japonaise affectée, à plusieurs reprises, par des catastrophes d’origine techno-industrielle, effet-miroir du développement et de la modernisation de ce pays.
Membres du jury
- Claudine Burton-Jeangros, professeure, Université de Genève (Rapporteure)
- Sophie Houdart, directrice de recherche, CNRS LESC (Rapporteure)
- Paul Jobin, associate research fellow, Academia Sinica (Encadrant de thèse)
- Valérie November, directrice de recherche, CNRS (Directrice de thèse)
- Philippe Pelletier, professeur, Université de Lyon 2 (Examinateur)
- Sandrine Revet, directrice de recherche, CERI, Sciences Po (Examinatrice)
- Sezin Topçu, chargée de recherche, CNRS CEMS-EHESS (Examinatrice)
Mots-clés
Fukushima, reconstruction, radioactivité, risque, catastropheÀ la croisée des recherches sur le risque et des études urbaines, la thèse choisit d’interroger la mise en place des comités de quartier de gestion de crise (CCE de leur nom en espagnol), dispositifs participatifs promus par la politique nationale de gestion du risque au Costa Rica depuis 2006, et constitués à San José, capitale du pays, depuis 2012. Créés à l’initiative des municipalités, et composés exclusivement par des habitants, les CCE visent à impliquer dans les actions de gestion du risque les résidents des territoires impactés par des situations d’urgence.
Dans l’espace métropolitain costaricien, ces dispositifs sont notamment constitués dans les quartiers affectés par les inondations urbaines, débordements perturbant le quotidien de la ville, emblématiques des risques dits « urbains ». Ces derniers sont liés à des facteurs morphologiques, ainsi qu’aux processus de peuplement, aux activités et services urbains.
En adoptant une approche systémique, l’enquête s’intéresse aux relations tissées entre les agents municipaux et les riverains au sein de ces comités participatifs. La thèse s’appuie sur des terrains empiriques variés : une étude d’archives institutionnelles, un travail cartographique, et la réalisation d’entretiens et d’observations participantes dans deux quartiers aux profils socio-économiques différents, Barrio Luján et La Carpio.
La thèse montre que des dispositifs verticaux, a priori conçus par des bureaucrates pour diffuser une « culture du risque » au sein de la population, sont instrumentalisés tant par les résidents que par les fonctionnaires locaux, afin de défendre leurs projets et leurs intérêts respectifs dans les territoires concernés. L’approche systémique et comparative révèle que cette instrumentalisation n’est pas univoque, ni fixe : elle évolue au rythme des interactions entre les deux acteurs. Ainsi, en éclairant le caractère contextuel et dynamique de la définition du risque selon les quartiers, la thèse attire l’attention sur le caractère instable des catégories proposées par la gestion publique du risque, réinvesties et débordées par la manière dont les habitants se les approprient. Dans les deux cas étudiés, les riverains ne cessent de rappeler les limites de la politique publique et ses contradictions quant à l’objectif affiché. De ce point de vue, la thèse permet de souligner l’apport des conceptions habitantes du territoire, et invite à une réflexion sur de nouveaux cadres pluralistes pour les politiques du risque.
Composition du jury
- Bruno Barroca, Professeur des universités, Université Gustave Eiffel, examinateur
- Mathilde Gralepois, Maitresse de conférences – HDR, Université de Tours, co-directrice
- Jean-Pierre Lévy, Directeur de recherche, CNRS-Latts, directeur de thèse
- Patrice Melé, Professeur des Universités, Université de Tours, rapporteur
- Pascale Metzger, Chargée de recherche – HDR, IRD, rapporteure
- Valérie November, Directrice de recherche, CNRS-Latts, examinatrice
- Julien Rebotier, Chargé de recherche, CNRS-LISST, examinateur
- Helga-Jane Scarwell, Professeure des universités, Université de Lille, examinatrice
Mots-clés
gestion du risque, inondations, participation, mobilisations, ville, Costa RicaDepuis une quinzaine d’années, les villes font face à l’essor du numérique. Ce sujet est mis à l’agenda non seulement par les acteurs publics qui se sentent plus ou moins sommés d’entrer dans la modernité de la « smart city », mais aussi par une grande diversité d’acteurs extérieurs au champ urbain traditionnel, qui y voient des opportunités économiques. La thèse s’appuie sur une enquête menée dans les métropoles de Nice, Rennes et Montpellier. Elle interroge les effets du numérique sur les dynamiques d’action collective et sur les liens entre policies et politics.
L’analyse détaillée des modalités d’appropriation par les collectivités locales montre que l’emphase communicationnelle est souvent supérieure aux réalisations concrètes, mais que le tournant numérique n’en est pas moins porteur de déstabilisations assez fortes, en bousculant les pratiques, mais aussi et surtout en faisant naître de nouvelles interrogations sur les fondements mêmes de leur action. L’enquête montre ensuite que derrière les rhétoriques d’affichage très standardisées se dessinent des parcours et des accentuations différentes dans les trois territoires, en même temps qu’apparaissent les contours d’une trajectoire spécifiquement française des métropoles dans leur rapport au numérique.
Enfin, la thèse met en lumière l’affirmation avec le numérique de la figure de la plateforme, que ce soit dans les pratiques, les discours ou les imaginaires des acteurs. Celle-ci révèle en même temps qu’elle précipite une rupture avec le modèle de la ville des réseaux qui a dominé nos imaginaires depuis 150 ans, et dont la thèse explore les conséquences politiques.
Membres du jury
- Nicolas Douay, Professeur des Universités, Université Grenoble Alpes (rapporteur)
- Patrick Le Galès, Directeur de recherche au CNRS, Professeur à Sciences Po Paris (rapporteur)
- Cécile Maisonneuve, Présidente de la Fabrique de la Cité
- Antoine Picon, Directeur de recherche, École Nationale des Ponts ParisTech (Directeur de thèse)
- François-Mathieu Poupeau, Directeur de recherche au CNRS, Professeur à l’Ecole des Ponts ParisTech
- Antoinette Rouvroy, Chercheuse qualifiée du Fonds National de la Recherche Scientifique en Faculté de Droit, Université de Namur, Belgique