L’objet de la thèse est d’étudier les processus de densification des tissus à dominante pavillonnaire des espaces suburbains et périurbains encore peu étudiés sous l’angle de leurs transformations morphologiques. Nous adoptons pour cela une approche qui relève d’une économie politique de la production urbaine, qui s’attache à étudier de manière conjointe les aspects politiques, économiques, sociaux mais aussi réglementaires et techniques qui peuvent expliquer la matérialité des transformations urbaines observées. A ce titre, nous articulons deux courants de travaux : des travaux d’économie politique territoriale et des travaux d’économie de l’aménagement. Plus précisément, la notion de post-suburbanisation, entendue comme un processus généralisé de développement intensif affectant de manière différenciée les espaces de banlieue et conduisant à une autonomisation progressive de ces banlieues par rapport à la ville centre de l’agglomération, est au centre de notre approche.

La post-suburbanisation se distingue de la suburbanisation qui reposait plutôt sur un développement urbain extensif. Elle pose donc la question de la densification des espaces pavillonnaires peu denses hérités de l’ère suburbaine. Mais dans ce processus, toutes les communes ne cherchent pas à se densifier, certaines empêchent délibérément la densification, d’autres cherchent au contraire à la favoriser. Ceci nous amène alors à formuler l’hypothèse centrale de notre travail, à savoir qu’il existe un lien entre la stratégie post-suburbaine d’une commune et la forme de densification privilégiée.
Nous avons étudié des processus de densification de tissus à dominante pavillonnaire, dans des contextes entre autres caractérisés par l’existence de politiques locales explicites de densification, dans deux municipalités de la région urbaine de Toronto au Canada (Guelph et Markham) et dans deux municipalités de la région parisienne en France (Magny-les- Hameaux et Noisy-le-Grand). La mise en regard des quatre études de cas fait apparaître deux grands types de processus de densification : les processus de densification douce (Guelph et Magny-les-Hameaux) qui se caractérisent par une densification sans changement de forme urbaine et les processus de densification forte (Markham et Noisy-le-Grand) qui se caractérisent par une modification importante de la forme urbaine pouvant conduire au remplacement de tout ou partie du tissu pavillonnaire préexistant par des immeubles. C’est notre premier résultat.

L’analyse fine des processus en contexte et des différentes politiques visant spécifiquement la densification, fait apparaître un second résultat : dans les quatre municipalités, les politiques de densification affichées sont explicitement articulées à une recherche de centralité relative. La forme de la densification observée au sein des tissus à dominante  pavillonnaire apparaît alors à la fois comme un moyen et comme un résultat du degré de centralité visé d’une municipalité donnée dans la hiérarchie post-suburbaine. Plus précisément, dans les cas étudiés, des politiques incitatives de densification douce sont mises en oeuvre dans les municipalités qui adoptent une stratégie de centralité de portée plutôt locale, ce qui se traduit par une politique de croissance modérée, principalement résidentielle. Tandis que les politiques (incitative ou interventionniste) de densification forte sont l’apanage des municipalités adoptant une stratégie de centralité sub-régionale, ce qui se traduit par des politiques de type entrepreneurial visant à attirer des ménages et des emploissur leur territoire. Cette recherche montre également que si les processus de densification résultent majoritairement de mécanismes de marché qui s’expriment de façon différente en fonction du contexte urbain et culturel national, les politiques mises en place jouent un rôle important dans la création de ces marchés fonciers et immobiliers.

Enfin, nous mettons en évidence quatre types de politiques locales de densification des tissus à dominante pavillonnaire : les politiques incitatives de densification douce, les politiques incitatives de densification forte, les politiques interventionnistes de densification forte et les politiques interventionnistes de densification douce. Ces différents types de politiques conditionnent de manière différenciée la forme (formes urbaines produites) et la configuration (acteurs en présence, acteurs impactés, distribution des plus-values) des processus de densification.

Mots-clés

Densification, Tissus pavillonnaires, Economie Politique, Politiques Urbaines, Post-suburbs, France/CanadaMots-clés : Densification, Tissus pavillonnaires, Economie Politique, Politiques Urbaines, Post-suburbs, France/Canada

« Comment sont opérés les choix énergétiques dans les projets d’aménagement ? » Cette question, de curiosité, s’inscrit par ailleurs dans des préoccupations d’actualité. Face à la montée en puissance des enjeux environnementaux et plus particulièrement énergétiques dans la fabrique urbaine, le monde de l’aménagement cherche en effet à renouveler ses manières de faire. Cependant, la mise en œuvre de tels changements se heurte à une méconnaissance de la mécanique opérationnelle des projets d’aménagement.
Dès lors, notre thèse s’est construite autour de la compréhension des mécanismes de production des choix d’aménagement dans les projets urbains français. Nous nous sommes plus précisément intéressés à l’espace d’action de la maîtrise d’ouvrage urbaine, qui s’étend à l’interface entre les orientations « stratégiques » de la planification (planning) et les choix « techniques » de la conception formelle (design). Nous écartant de la division artificielle des tâches entre maîtrise d’ouvrage et maîtrise d’œuvre, nous postulons que la maîtrise d’ouvrage urbaine est responsable d’une véritable activité de conception qui se décline sous plusieurs formes :

– la participation à l’élaboration et à l’actualisation des orientations stratégiques et des choix de programmation et de composition du projet d’aménagement ;
– l’encadrement des couples maîtrise d’ouvrage/maîtrise d’œuvre dans la fabrique des différentes composantes matérielles (bâtiments, infrastructures, espaces publics) de l’espace urbain ;
– l’élaboration et le pilotage des dispositifs et des processus d’organisation de l’action collective.

Dans ce cadre, la thèse propose d’abord de documenter empiriquement la « boîte noire » que constitue encore l’activité de conception de la maîtrise d’ouvrage urbaine. Nous appuyant sur une analyse approfondie des choix énergétiques opérés à l’occasion de l’opération d’intérêt national Bordeaux Euratlantique, il s’agit de traiter les questions suivantes : quelles sont les scènes de conception internes et externes à la maîtrise d’ouvrage urbaine et comment s’articulent-elles ? quels sont les processus qui aboutissent aux formulations et aux reformulations des choix d’aménagement au cours du projet ? et quelle instrumentation maîtrise d’ouvrage urbaine mobilise-t-elle dans son activité de conception ?
Pour ce faire nous reconstruisons, sous forme de récit, les principales séquences d’action ayant abouti à la définition d’une stratégie énergétique et environnementale, à l’organisation de la prise en compte des aspects énergétiques dans la fabrique du bâti, et à la mise en place de systèmes d’approvisionnement en chaleur et en froid. Adoptant une approche pragmatique, nous combinons des grilles de lecture issues de différentes disciplines (sociologies des organisations et des techniques, sciences de gestion) pour interpréter chacune de ces séquences d’action en mettant en lumière leurs dimensions politique, cognitive et productive.
La lecture transversale du récit nous permet ensuite de mettre en évidence le rôle primordial alloué à la décision, comprise comme un dispositif d’engagement et d’irréversibilisation de l’action collective. Comme la qualité, les coûts et les délais, la décision peut alors être considérée comme un macro-objectif qui guide la maîtrise d’ouvrage dans son activité de conception. Toutefois, le pilotage de la conception par la facilitation de la décision entre parfois en conflit avec la complexité des assemblages sociotechniques de la fabrique urbaine, caractérisés par des interdépendances qui poussent à un traitement intégré de certaines interfaces. La thèse se conclut donc par une relecture des objectifs de qualité-coûts-délais-décision au prisme d’une tension entre la logique du « définir », guidée par la performance technico-économique, et la logique du « faire advenir », guidée par l’effectivité opérationnelle.

Membres du jury

  • Nadia Arab, professeur des universités, Université Paris-Est, examinateur
  • Gilles Debizet, maître de conférences, Université Grenoble-Alpes, examinateur Laurent DEVISME, professeur, École nationale supérieure d’architecture de Nantes, rapporteur
  • Nicolas Ferrand, ingénieur général des ponts des eaux et des forêts, Société de livraison des équipements olympiques et paralympiques, examinateur professionnel
  • Taoufik Souami, professeur des universités, Université Paris-Est, directeur de thèse Jodelle ZETLAOUI-LÉGER, professeur, École nationale supérieure d’architecture de Paris La Villette, rapporteur

La région métropolitaine de Manille connaît, depuis la fin du XXème siècle, un « changement urbain ». Par cette expression, on désigne un ensemble de phénomènes liés entre eux, qui comprend la consolidation de classes moyennes, l’implantation d’entreprises de services et le développement d’une économie orientée vers la consommation – cette dernière étant illustrée de manière frappante par la multiplication des centres commerciaux, des objets urbains structurants dans la région – capitale philippine. Ces éléments se traduisent par une transformation de la morphologie urbaine, mais également par une internationalisation de l’économie et par l’émergence de nouveaux modes de vie.

La thèse propose d’appréhender ce changement urbain dans le Grand Manille au regard du service électrique. Les phénomènes décrits ont en effet des implications majeures sur la question énergétique : accroissement substantiel de la demande d’électricité, exigences plus hautes quant à la fiabilité du service, nouvelles pratiques de planification et de déploiement de l’infrastructure. Mais la relation entre changement urbain et secteur électrique est à double sens, et l’on peut observer des tensions par rapport aux tarifs ou à la qualité du réseau, dans la mesure où ces éléments viennent contraindre les transformations économiques et sociales que connaît la capitale philippine.

 En mobilisant plusieurs courants de littérature — sur les classes moyennes, sur l’économie politique de la production urbaine, et sur les grands réseaux techniques —, la thèse permet d’interroger les évolutions socio – techniques du service électrique dans le Grand Manille. Pour ce faire, elle mobilise la notion de « modernité », qui permet d’appréhender les normes et représentations émergentes pour la fourniture du service. Partant, la thèse identifie les écarts entre les idéaux de modernité et les pratiques existantes. Ce faisant, elle analyse les tensions générées par ces dés-ajustements, et discute les enjeux d’universalisation du réseau, d’homogénéité de sa desserte, d’évolution de sa forme (grand réseau centralisé ou structure «post-réticulaire ») et d’adaptation aux contraintes environnementales.

Membres du jury

  • Yves Boquet, Professeur à l’Université de Bourgogne
  • Kathryn Furlong, Professeure à l’Université de Montréal (rapporteur)
  • Sylvy Jaglin, Professeure à l’Université Paris – Est Marne – la – Vallée (directrice)
  • Loraine Kennedy, Directrice de recherche au CNRS, UMR CEIAS
  • Dominique Lorrain, Directeur de recherche émérite au CNRS, UMR LATTS
  • Hélène Reigner, Professeure à l’Université d’Aix – Marseille
  • Éric Verdeil, Professeur à l’IEP de Paris (rapporteur)

La thèse porte sur les processus d’urbanisation dans les circonscriptions non urbaines du territoire indonésien (kabupaten) et les politiques du gouvernement local visant à respecter les exigences du processus d’urbanisation dans leur région en répondant aux contraintes de l’urbanisation du territoire. Il s’agit d’examiner ces politiques de développement urbain Indonésien dans leurs caractéristiques, dans leurs stratégies face aux problèmes dus à l’urbanisation accélérée des territoires, en particulier au regard des perspectives et impératifs d’un développement urbain durable conçu comme nouvelle éthique du développement.

Plus largement, en référence à la situation des kabupaten en Indonésie, la thèse se donne pour objectif de contribuer à la compréhension des mécanismes de développement urbain des villes petites et moyennes dans les pays en développement.

L’étude comporte deux volets principaux. Le premier concerne le processus d’urbanisation des kabupaten, en particulier dans l’île de Java, île la plus dense de l’Etat-archipel, la première aussi à connaître, dès les années 1980, cette dimension territoriale de l’urbanisation qui a abouti à l’augmentation de la population urbaine les kabupaten. En second lieu, cette étude traite de la compréhension des problèmes principaux qui se posent dans le processus d’urbanisation des kabupaten, en particulièrement dans la perspective de la notion de développement durable.

A partir des éléments comparatifs résultant de l’analyse des institutions de développement urbain des kabupaten, il s’est agi de confronter la perception locale sur le développement urbain, les politiques adoptées pour faire face aux problèmes et les faiblesses des politiques de développement urbain au niveau local.

Ce faisant, la recherche met en perspective les conditions d’une possible amélioration des capacités locales dans la gestion de leur processus d’urbanisation et de développement urbain, de leur cadrage avec les réalités locales et de leur adéquation par rapport aux questions de développement durable.

Membres du jury

  • Charles Goldblum (dir.), professeur émérite, Université Paris 8
  • Sabine Barles (dir.), professeur des universités (HDR), Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne,
  • Rodolphe de Koninck (rapporteur), professeur titulaire, CETASE, Université de Montréal
  • Manuelle Franck (rapporteur), professeur des universités (HDR), présidente de l’INALCO
  • Sylvy Jaglin (examinateur), professeur des universités, Université Paris-Est, Directeur de l’école doctorale Ville, transports et territoires

Mots-clés

urbanisation des territoires, gestion de développement urbain, villes petites et moyennes, décentralisation, politique de développement, développement durable, Indonésie, kabupaten, région non urbaine

50 millions d’Européens rencontrent des difficultés financières pour se chauffer, cuisiner ou éclairer leur logement. Les ménages qui se privent de ces services faute de revenus suffisants, qui consacrent une part importante de leurs budgets à ce poste de dépense, sont en situation de vulnérabilité énergétique. La législation européenne requiert des États membres qu’ils établissent des politiques de mesure et de résorption du problème. Cet objectif est complexe parce que la vulnérabilité énergétique est au croisement d’un ensemble de facteurs saisis par des politiques sectorielles distinctes : le prix de l’énergie, l’efficacité énergétique des logements, les aides sociales.

Cette thèse pose la question des conditions d’émergence du problème des vulnérabilités énergétiques dans les agendas publics nationaux et locaux en mobilisant une approche d’Urban political ecology. L’enquête comparative est menée dans deux villes (Porto et Barcelone) où l’enjeu est important et traité de manières distinctes. Notre analyse propose d’étudier les facteurs qui se combinent pour créer des situations de vulnérabilité, et les faire émerger comme un problème public. Elle s’intéresse à la fois aux législations, aux innovations locales et au traitement médiatique du problème. Nous confrontons ces formes d’action collective avec une étude des conditions concrètes de vulnérabilité énergétique vécues par des ménages précaires accompagnés par l’assistance sociale et par des associations caritatives.

Le principal résultat de la thèse est que les situations de vulnérabilités énergétiques sont politisées, ce qui implique à la fois de nouveaux acteurs et des acteurs traditionnels de la gouvernance de l’énergie et se traduit par deux types de réponses. Nous montrons aussi comment la militance de collectifs associatifs fait émerger un droit à l’énergie, qui n’est pas inscrit dans la législation nationale et qui, sous la pression de nouveaux mouvements sociaux, devient un impératif pour les collectivités locales. Nous montrons enfin la diffusion d’un modèle d’interventions auprès de ménages qui vise à réduire les consommations pour diminuer le montant des factures et limiter le nombre d’impayés d’énergie. Ce modèle expérimental et peu onéreux rencontre les intérêts d’organisations issues de la société civile, de collectivités locales, de fournisseurs d’énergie même s’il représente pour les ménages vulnérables une prolongation de leurs efforts de réduction de leurs factures d’énergie.

Membres du jury

  • Stefan Bouzarovski, Professeur des universités, University of Manchester (Rapporteur)
  • Olivier Coutard, Directeur de recherche, CNRS (LATTS) (Directeur de thèse)
  • Sylvy Jaglin, Professeur des universités, Université Paris Est Marne la Vallée (Présidente du jury)
  • Hélène Reigner, Professeur des universités, Université Aix-Marseille (Rapporteur)
  • Jonathan Rutherford, Chargé de recherche, École des Ponts Paris Tech (co-encadarant de la thèse)
  • David Saurí, Professeur des universités, Universitat Autónoma de Barcelona

Mots-clés

vulnérabilités énergétiques, pauvreté énergétique, Urban political ecology, transition énergétique urbaine, Espagne, Portugal

L’urbanisation de la Tunisie n’a cessé de prendre des ampleurs qui se traduisent des déséquilibres territoriaux et l’institution d’un système de planification dont les limites a fait l’objet de plusieurs travaux. C’est dans ce contexte que depuis moins de deux décennies, la planification stratégique a commencé à s’introduire dans l’action urbaine en Tunisie sous le vocable de « Stratégie de Développement de Ville » (SDV). Il s’agit de définir une vision pour la ville qui se décline en objectifs stratégiques et dont la mise en œuvre sera assurée par des actions concrètes. L’élaboration de ces SDV prévoit une implication de différents acteurs (acteurs publics, société civile, experts, etc.) et une prise en compte intégrée de différentes dimensions (spatiales, économiques, sociales, etc.).
S’appuyant sur les cas de Tunis, Sfax, Sousse et Jendouba dont l’élaboration s’est faite pour deux d’entre elles avant le Printemps tunisien, et pour les deux autres après, nous proposons dans cette thèse de vérifier les hypothèses traitant ces SDV comme reflets de changements de la gouvernance.
Nous avons interrogé les quatre processus de planifications stratégiques de Tunis, Sfax, Sousse et Jendouba a travers cinq axes d’investigations à savoir la dimension internationale des SDV, leurs modalités d’élaboration, l’étude des représentations, les structures organisationnelles et enfin les pratiques.
Ce travail nous a permis d’aboutir à trois résultats principaux. D’abord, nos analyses nous ont permis de conclure que les quatre processus étudiés révèlent des continuités avec certains modes de faire l’urbanisme qui existent déjà en Tunisie et viennent relativiser l’impact du « Printemps tunisien » sur les pratiques de l’urbanisme. Ensuite, nos analyses nous ont permis de conclure aussi que les quatre cas d’étude traduisent des transformations qui n’ont concerné que des aspects bien déterminés des modes de faire la ville et pour des domaines d’application bien précis. Enfin, le troisième résultat auquel nous avons abouti dans notre recherche a montré que les quatre cas d’étude (dont celles conçues avant le « Printemps tunisien ») ont apporté un renouveau de la planification de la ville en Tunisie et ont été à l’origine de mutations à plusieurs niveaux de la gouvernance urbaine.

Mots-clés

stratégies, villes, Tunisie, planification urbaine, printemps arabe, gouvernance, municipalité, organisation internationale.

Depuis une vingtaine d’années, des groupes d’intérêt représentant les entreprises privées (re)structurent leur action collective dans les métropoles de Paris et Londres. Ces groupes sont les Chambres  de Commerce régionales (CCI Paris Ile-­‐de-­‐France, LCCI), les syndicats patronaux régionaux (Medef, CBI) et des groupes récemment constitués (Paris Ile de France Capitale Economique et  London  First). Jadis tournés –à l’échelle locale-­ vers des préoccupations internes et organisationnelles, ces groupes sont désormais publicisés, se montrent revendicatifs et portent un discours à une échelle de référence inédite : l’échelle régionale‐métropolitaine.

Notre travail s’est construit au croisement de deux axes de questionnement :

D’une part, la recherche portant sur l’action collective des entreprises est traversée par un débat qui met en doute l’idée selon laquelle l’action collective des intérêts économiques généralistes est nécessairement politisée. Certains auteurs montrent en effet leur incapacité à construire durablement une action collective d’influence ; cet intérêt étant « naturellement » traversé par des logiques d’action collective d’adhésion (Olson 1971).

D’autre part l’échelle de référence de cette action collective – la région métropole -­‐ pose problème dans la mesure où son assise gouvernementale et institutionnelle est floue  (région  Ile‐de-­France,  métropole  du Grand  Paris  ?)  ou relativement récente et au pouvoir faible (Londres  et  la  GLA)  (Jouve  et  Lefèvre  2004).

Ainsi, notre recherche tente de répondre à la problématique suivante : La (re)structuration de  l’action collective de groupes d’intérêt économique à Londres et à Paris Ile-­de‐France vise-­t‐elle l’influence de son environnement politique ? Si oui, comment expliquer le choix de la métropole comme échelle spatiale de cette restructuration ?

En retraçant l’histoire de l’action collective de ces groupes (partie 1), en étudiant leurs logiques de fonctionnement interne et externe (partie 2) et en montrant qu’ils représentent les intérêts spécifiques des entreprises ordonnatrices de la globalisation (partie 3), nous affirmons que ces groupes développent une véritable stratégie d’influence.

Notamment via l’exemple des transports, nous montrons certes que la métropole constitue une des échelles de leur espace de dépendance (Cox 1998), mais aussi que ce dernier est multi-­‐scalaire. Dès lors, la métropole apparaît davantage comme leur nouvel espace d’engagement (Cox 1998). Cet intérêt économique spécifique trouve ici le moyen d’effectuer la synthèse scalaire de l’ensemble de ses échelles de dépendance: du local, au global.

Mots-clés

Ile de France, Grand Londres

L’extension des réseaux d’électricité, d’eau et d’assainissement dans les villes en développement est a priori compliquée par l’absence ou les déficiences de la planification urbaine. Les modalités de viabilisation des quartiers irréguliers à Delhi et Lima sont ici analysées comme des mécanismes sociotechniques révélateurs de dynamiques de fabrique urbaine. En effet, au quotidien, les entreprises installent des poteaux et des tuyaux dans les quartiers non-planifiés. Des innovations techniques, sociales et institutionnelles permettent d’y étendre les réseaux ; l’absence de planification n’est donc pas un obstacle à la viabilisation.

Toutefois, ce processus est sous-optimal : la conduite des travaux est désordonnée, l’imprévisibilité limite l’élaboration de stratégies, et les injonctions politiques peuvent être contradictoires. De tels déficits de coordination génèrent des incertitudes qui sont difficiles à surmonter pour les entreprises de services. Il y a néanmoins des pistes prometteuses pour intervenir dans les quartiers non-planifiés : des dispositifs alternatifs de desserte existent qui peuvent être promus ; des données et plans informels satisfont les besoins de connaissances sur la ville et gagneraient à être valorisés ; et le dessin et la préservation de la trame viaire s’avèrent déterminants pour permettre une consolidation urbaine cohérente, progressive et durable.

L’analyse de l’extension des réseaux permet d’identifier des instruments clés pour l’action publique dans les villes en développement, et offre ainsi de nouvelles perspectives à la planification urbaine pour aménager la ville existante et préparer stratégiquement l’urbanisation encore à venir.

Le développement durable devient un outil de planification urbaine, qui conduit notamment à la mise en place d’« écoquartiers » dans de nombreuses villes européennes. L’objectif de notre travail de thèse est d’analyser l’implantation des écoquartiers en région parisienne à partir de deux cas d’étude (la ZAC de Clichy Batignolles et la ZAC de la Place de Rungis). Il s’agit de montrer d’une part, comment émerge la notion de la ville durable, d’autre part, comment celle-ci produit des standards architecturaux.

Nous émettons l’hypothèse que les écoquartiers s’intègrent dans une forme d’idée de la ville durable, selon leurs processus de production et que l’intervention de ces constructions sert à légitimer des politiques urbaines, plutôt qu’une transition écologique dans la gestion de la ville.

Pour comprendre le processus de production des écoquartiers, leur appropriation par les usagers et leur intégration dans la ville, notre recherche s’appuie sur des analyses théoriques visant à déconstruire les concepts centraux de la « ville durable » et à déterminer le système d’acteurs participant à la production des écoquartiers. Nous réalisons également des observations et des entretiens semi-directifs avec les aménageurs, les architectes et les habitants des deux terrains d’étude.

A partir de nos deux cas d’étude, nous expliquerons comment, en raison des politiques locales normatives, les écoquartiers participent à la production d’une ville homogénéisée. Cette dernière est standardisée par la forme architecturale et urbaine de ces quartiers.

Mots-clés

développement durable, écoquartier, ville durable, écotechnique, processus de production et appropriation

La thèse analyse comment la financiarisation de l’immobilier à la lumière des Sociétés Immobilières d’Investissement Cotées (SIIC), d’une part, et le développement durable, d’autre part, renvoient à la construction sociale de nouveaux référentiels. On se demande s’ils sont compatibles ou non l’un avec l’autre et sur quels compromis, sur quelle convergence d’intérêts, leur mise en tension débouche-t-elle ? L’ambition de ce travail est aussi de voir comment ils interagissent dans la fabrication de la ville. L’étude de chacun d’eux n’est pas acquise et une partie du travail de thèse a consisté à préciser ce qui définit leur usage.

En effet, nous traitons l’objet de recherche par les sciences de gestion notamment par l’apport des théories sur la création de valeur financière et la gouvernance d’entreprise, et par l’analyse des instruments d’évaluation et de reporting. Le développement durable est davantage considéré ici comme un marché de « normes » garantissant la qualité environnementale de l’immeuble. Nous faisons l’hypothèse que les sociétés foncières sont contraintes par l’action publique en matière de développement durable d’adopter différentes stratégies : l’anticiper, s’y soumettre, la contourner, ou bien alors la réinterpréter.

Ainsi le développement durable se penserait également sous forme de nouvelles règles du jeu, de valeurs, de croyances privées. Cette thèse montre que la gestion des risques et l’opportunisme stratégique des entreprises participent d’interactions entre le processus de financiarisation de l’immobilier tertiaire et la mise en œuvre d’actions influencées par la conception d’un développement urbain durable. De nouvelles formes d’intervention, de régulation et de compromis sociaux, se sont faites jour.

Environnementaliser le développement du pays sans changer significativement le rythme de la croissance économique et urbaine, tel est le pari engagé depuis 2006 par les autorités chinoises pour faire face à la pression croissante sur les milieux naturels et à la lourde dégradation environnementale engendrées par le développement accéléré. La Chine est probablement le seul pays au monde où la sobriété énergétique et environnementale dans la fourniture des services urbains essentiels (eau, assainissement, électricité, gaz, chaleur, gestion des déchets solides) est aussi vigoureusement recherchée dans des politiques d’économie circulaire et opérations de parcs éco-industriels et d’éco-cités dans le contexte d’un développement économique et urbain soutenu et prolongé.

Sur la base d’une investigation menée à Shanghai, Suzhou et Tianjin, trois villes à la pointe des transformations en Chine, combinée à une étude du cadre national et de la situation globale du pays, la thèse vise à analyser la substance et les formes de l’environnementalisation des services urbains essentiels mise en oeuvre en Chine. Notre recherche montre que les ambitieuses politiques chinoises d’environnementalisation des services essentiels se traduisent dans les villes par une amélioration partielle de la qualité environnementale de leur fourniture, alors que l’horizon de la sobriété et de l’économie circulaire demeure lointain. La prégnance de la fabrique urbaine développementaliste fait structurellement obstacle à l’émergence de systèmes techniques de réutilisation des ressources alternatifs aux réseaux conventionnels. La voie d’environnementalisation des services essentiels empruntée dans les villes chinoises reste trop techno-centrée et trop exogène à la planification urbaine pour que l’environnementalisation et en particulier la quête de sobriété soient plus substantielles.

Sur le plan opérationnel, ces enseignements invitent, en Chine et au-delà du terrain chinois, à une intégration plus importante des questions liées à la fourniture des services essentiels dans la planification et l’aménagement des villes.

Mots-clés

Chine, services essentiels, réseaux, planification urbaine, fabrique urbaine, eau, énergie, déchets, environnement, sobriété, économie circulaire, éco-cités, parcs éco-industriels, décentralisation, symbiose

La possibilité de catastrophes nous oblige à repenser des définitions progressives, mais non linéaires (« instauration », selon le vocabulaire de Souriau), du risque, de l’espace et de l’expertise. Adoptant une approche symétrique, ce travail explore plusieurs dimensions changeantes du sujet et de l’espace « à risque » dans la région de la baie de San Francisco, au sein de l’expérience partagée d’une communauté épistémique qui attend qu’un séisme majeur – « le Big One » – se produise. Dans une perspective de géographie et d’études des sciences et des technologies, nous examinerons le système complexe de relations qui co-construisent le risque sismique, ainsi que la manière dont cette instauration successive entraîne des transformations dans la fabrication de l’espace, la définition du risque et, enfin, la traduction de ce travail scientifique en politiques publiques et en figure de l’expert.

S’appuyant sur une recherche empirique approfondie menée dans la région de la baie de San Francisco, et analysant la communauté des « Earthquake Junkies » – comme ces experts se sont eux-mêmes baptisés – ainsi que d’autres résidents sensibilisés au risque, ce travail met en évidence le rôle de l’expérience et des émotions dans de multiples processus entrelacés, reliant risque, espace et expertise.

La poursuite de cette réflexion montrera que les définitions rigides qui ont opposé science et expérience, rationalité et émotion, expertise et perception profane devraient être repensées au profit d’une approche plus systématique tenant compte du rôle des différentes dimensions du savoir. Dans la perspective d’une meilleure compréhension de la définition complexe du risque dans la sphère publique, cette recherche propose également un cadre permettant de réfléchir à la définition du sujet « à risque », tout en permettant une réflexion sur l’établissement d’une relation plus étroite entre les connaissances scientifiques et non scientifiques.

Mots-clés

risque, tremblement de terre, expertise, mise en place