François-Mathieu Poupeau

Biographie

Je suis sociologue et politiste, chercheur au CNRS, docteur de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris (1999) et titulaire d’une Habilitation à diriger des recherches (2015).

J’enseigne par ailleurs à l’Ecole des ponts (Master Politiques et actions publiques pour le développement durable, Master Energie), à l’Université Mohammed VI Polytechnique (Mastère spécialisé Action publique avancée au Maroc) ainsi qu’au Ministère de l’écologie (formation continue en sociologie des organisations auprès de cadres de l’administration centrale).

Mes recherches portent sur trois axes principaux :

1) les politiques publiques de transition énergétique en France et en Europe (libéralisation et régulation des marchés, numérisation, rôle des collectivités territoriales, transformation des grands opérateurs de service public, etc.),

2) la réforme de l’Etat territorial en France (création des directions départementales interministérielles et nouvelle gouvernance de l’Etat local, transformations du Ministère de l’écologie, etc.),

3) la socio-histoire de la (dé)centralisation en France.

Les internautes trouveront ci-dessous une description plus détaillée de ces trois axes de recherche, assortie d’une liste de mes principales publications sur chacun des sujets.

Les étudiant-e-s qui, sur la base de cette brève présentation, souhaiteraient me solliciter pour un mémoire de Master ou un encadrement de thèse sont invité-e-s à me contacter (fm.poupeau@enpc.fr).

 

Actualité

 

« LES COLLECTIVITES LOCALES ET LE FINANCEMENT DE LA TRANSITION ENERGETIQUE EN FRANCE »

Je co-anime en ce moment (2017-2018) avec Carine Staropoli (maître de conférence en économie à la Paris School of Economics, Chaire EPPP) et Benoît Boutaud (Eifer, Université de Karlsruhe) un séminaire consacré au financement de la transition énergétique par les collectivités locales. Il est articulé autour de 6 séances, dont la première a eu lieu le 12 décembre 2017. La séance 4, qui s’est tenue le 4 octobre dernier, a porté sur le financement des énergies renouvelables. La prochaine, consacrée à la mobilité, aura lieu le lundi 26 novembre 2018 (14h-17h30).

Programme de la séance du 26 novembre : Séance 5 (26 novembre 2018)

Documents projetés lors de la séance sur les énergies renouvelables (4 octobre 2018) :

Yann Guerrier, directeur adjoint du SyDEV : GRALE-financement-EnR-Vendee

Raphaëlle Vienot, directrice adjointe transition énergétique et économie circulaire, Région Occitanie : Présentation région Occitanie_séminaire GRALE_04102018

Benjamin Gallèpe, responsable du pôle promotion à la Fédération des EPL : Les collectivités et le financement des énergies renouvelables

 

« LES SYNDICATS DE COMMUNES : ORGANISATIONS, LUTTES INSTITUTIONNELLES, PRODUCTION DE L’ACTION PUBLIQUE »

J’ai organisé avec David Guéranger, également chercheur au LATTS, deux journées d’études sur les syndicats de communes en France. Elles se sont tenues les 8 et 9 octobre 2018 à l’Ecole des ponts (Champs sur Marne).

Pour plus de précisions, voir programme journées d’études syndicats de communes

 

ECOLE D’ETE INTERNATIONALE « DEMOCRATIE LOCALE, DECENTRALISATION ET GOUVERNANCE MULTI-NIVEAUX » (SCIENCES-PO RENNES, 29 JUIN 2018)

Conférencier invité, intervention sur le thème « Du contrôle des territoires à la gouvernance multi-niveaux. L’analyse des relations centre-périphérie dans le temps long ».

https://www.linkedin.com/pulse/conclusion-de-l%C3%A9cole-d%C3%A9t%C3%A9-2018-la-chaire-tmap-jour-3-chaire-tmap

 

« INTERNATIONAL WORKSHOP ON PUBLICLY OWNED COMPANIES »

Participation à un colloque réunissant à Edimbourg (10-11 mai 2018) des chercheurs intéressés par la question de la régulation des opérateurs d’énergie, en particulier sous l’angle des questions de propriété publique ou privée.

Pour plus d’informations et la mise en ligne des contributions :

https://heatandthecity.org.uk/event/international-workshop-on-publicly-owned-energy-companies/

 

 

Quelques publications récentes

Poupeau, F.-M., Analyser la gouvernance multi-niveaux, Grenoble, PUG, 2017.

Qui gouverne ce monde polycentrique ? Une synthèse inédite pour mieux décrypter l’action publique, à partir des différents niveaux politico-administratifs qui la composent.

Implantation d’un nouvel équipement collectif, choix d’aménagement, gestion de services publics, réformes institutionnelles (décentralisation, transformation de l’État local, développement de l’intercommunalité), mise en œuvre de politiques publiques, etc. Notre vie quotidienne est parsemée de décisions qui impliquent des acteurs appartenant à des sphères politiques distinctes mais interdépendantes (collectivités territoriales, État, Union européenne).

Cette multiplicité d’intervenants et de centres de pouvoirs peut nous laisser démunis lorsque nous cherchons à comprendre l’action publique, à imputer des responsabilités, à exercer nos droits et devoirs de citoyens ou à défendre une cause qui nous tient à cœur. S’adressant à un large lectorat (étudiants, chercheurs, praticiens ou simples citoyens), ce livre propose d’apporter des éclairages à ces questions en dressant un panorama des principales approches théoriques qui se sont intéressées à l’analyse des relations institutionnelles multi-niveaux.

http://www.pug.fr/produit/1331/9782706126871/Analyser%20la%20gouvernance%20multi-niveaux

 

Poupeau, F.-M., L’électricité et les pouvoirs locaux en France (1880-1980). Une autre histoire du service public, Bruxelles, Peter Lang, 2017.

L’électricité, un service public jacobin ? À rebours des idées reçues, cet ouvrage montre le rôle joué par les pouvoirs locaux dans la construction de ce qui est devenu un pilier de l’État-Providence en France, au XXe siècle. Cette influence, peu abordée dans l’historiographie, doit être mise en regard avec les origines du secteur électrique : un système sociotechnique ancré et organisé au niveau communal. Jamais effacée, cette « matrice » a façonné de manière durable la gestion du service public. Elle explique le maintien de plusieurs prérogatives locales au moment de la nationalisation (concessions de distribution, régies municipales et départementales, etc.). Elle éclaire la prise de certaines décisions après la création d’Électricité de France, en matière de redistribution sociale (soutien aux usagers domestiques) ou d’aménagement du territoire (péréquation des prix, électrification rurale). En exhumant l’action des pouvoirs locaux et de leur principale organisation représentative, la FNCCR (Fédération nationale des collectivités concédantes et régies), cette autre histoire du service public, racontée « par le bas », nuance la vision d’un État hégémonique. Elle permet aussi de mieux appréhender les mutations actuelles du secteur électrique, à l’heure où les questions de décentralisation refont surface dans les débats politiques.

 

Poupeau, F.-M., « Travailler le client pour « réussir » une mission. Ethnographie d’une expérience de conseil en stratégie », Sociologie du travail, 4, 2017.

http://journals.openedition.org/sdt/1392

Poupeau, François-Mathieu, « Du département aux grandes régions fonctionnelles. 30 ans de recomposition de la présence d’EDF-ENEDIS sur les territoires », Droit et gestion des collectivités territoriales. Les territoires de l’État, Paris, Le Moniteur, 2017, 89-105.

 

Les politiques publiques de transition énergétique en France et en Europe

Depuis quelques années, le terme de « transition énergétique » (energy transition chez les anglo-saxons, Energiewende en Allemagne) a fait sa place dans le vocabulaire courant des politiques publiques et dans l’espace médiatique. Dans son acception la plus large et la plus consensuelle, il désigne la recherche de systèmes énergétiques plus efficaces, plus sobres, plus diversifiés (reposant moins sur l’industrie nucléaire), décarbonés et compatibles avec la lutte contre le changement climatique.

Ce processus s’accompagne d’une recomposition profonde des systèmes énergétiques hérités du XXe siècle. Le changement ne vient pas simplement de l’essor de la production dite décentralisée (énergies renouvelables), qui remet en cause l’hégémonie des grands opérateurs qui dominaient jusqu’alors le marché, grâce aux avantages compétitifs de la centralisation. Il tient aussi à l’irruption des technologies du numérique et du digital, via le développement de réseaux et de compteurs dits « intelligents » (smart grids, smart metering). Ces transformations sont enfin à relier à un autre processus de grande ampleur : la poursuite d’une politique de libéralisation des marchés de l’énergie, censée se traduire par la fin des grands monopoles et la multiplication de nouveaux opérateurs porteurs d’une mise en concurrence généralisée.

Dans mes travaux, je m’intéresse à ces processus de recompositions techniques, économiques, politiques et sociaux, sous trois angles principaux.

Tout d’abord, j’étudie le rôle des pouvoirs publics dans la gouvernance de l’énergie, dans une perspective multi-niveaux : Union européenne, états, collectivités territoriales. Il s’agit d’analyser les nouvelles formes d’articulation et de hiérarchie qui se font jour entre ces trois acteurs, qui ambitionnent de piloter la transition énergétique. Dans cette perspective, j’ai travaillé et/ou travaille encore sur la « fabrique » des directives européennes et le rôle qu’y jouent les associations de collectivités locales (à travers notamment l’encadrement de la thèse de Corinne Belvèze, doctorante au LATTS), sur la mise en œuvre d’actions communautaires telles que le programme SAVE (articles et livre sur les agences locales de l’énergie en France et en Grande-Bretagne) ou sur les nouvelles formes de planification territoriale en France (enquête sur les schémas régionaux air climat énergie issus du Grenelle de l’environnement et copilotés par l’état et les régions). J’étudie également la manière dont les pouvoirs locaux réinvestissent le champ de l’énergie depuis les années 1990, contribuant eux aussi à le transformer en profondeur (fin du modèle de service public « national » et émergence d’un service public hybride, que l’on peut qualifier de « territorialisé »).

Sur une analyse des processus de planification énergétique en France (SRCAE, PCAET, etc.), voir la vidéo suivante :

Dans le prolongement de ce travail, je m’intéresse aussi aux politiques énergétiques locales initiées et mises en œuvre par les collectivités territoriales françaises. Mes enquêtes portent sur les stratégies des villes et des métropoles (recherches sur plusieurs agglomérations, encadrement depuis 2017 de la thèse de Mathilde Marchand sur « Les stratégies énergétiques des métropoles », en convention Cifre avec Acadie), sur leurs relations avec les concessionnaires des réseaux de distribution (renégociations des contrats avec EDF-Enedis et Engie-Grdf) et sur le rôle d’opérateurs locaux comme les SEM de production d’énergies renouvelables ou les entreprises locales de distribution d’énergie (encadrement de la thèse de Pauline Gabillet notamment). Je mène également des travaux sur les syndicats d’énergie. Ces acteurs, trop peu étudiés, jouent en effet un rôle très important dans la géopolitique locale de l’énergie car ils disposent de nombreuses ressources (leurs compétences d’autorités organisatrices des réseaux de distribution publique d’énergie, un panel d’activités de plus en plus diversifiées, leur expertise, leurs moyens humains et financiers, etc.). Partant, il est nécessaire de s’y intéresser de près pour comprendre finement les transformations de l’action publique locale.

Enfin, je mène d’autres travaux sur la mutation des anciens monopoles. Il s’agit là de recherches qui s’inscrivent dans une perspective de sociologie des organisations, autour de l’irruption des « logiques clients » dans ces entreprises (articles dans Energy policy et la Revue française de sociologie, numéro spécial de Flux en collaboration avec Gilles Jeannot) et de la recomposition des rapports entre EDF-Enedis et les territoires (passage d’une structuration départementale à supra-régionale et ses implications sur les relations avec les élus locaux et les usagers).

 

Quelques publications sur ce premier axe :

Gouvernance multi-niveaux de l’énergie

Poupeau, François-Mathieu, Le service public à la française face aux pouvoirs locaux. Les métamorphoses de l’État jacobin, Paris, CNRS Éditions, 2004.

Poupeau, François-Mathieu, Gouverner sans contraindre. L’agence locale de l’énergie, outil d’une politique énergétique territoriale, Paris, L’Harmattan, 2008.

Poupeau, François-Mathieu, “Central-Local Relations in French Energy Policy-Making: Towards a New Pattern of Territorial Governance”, Environmental Policy and Governance, 24, 3, 2014, pp. 155-168.

Poupeau, François-Mathieu, « Quand l’État territorialise la politique énergétique. L’expérience des schémas régionaux du climat, de l’air et de l’énergie », Politiques et Management Public, 30, 4, 2013, pp. 443-472.

Poupeau, François-Mathieu, « El « servicio publico territorializado » : nuevo modelo de gobernanza de las grandes redes de servicio publico en Francia », in P. Bauby, H. Coing, A. de Tolédo, Los servicos publicos en Europa. Hacia una regulaciion democratica, Pedro Ignacio Bernal (trad), Economia Institucional, Urbana, Universidad Externado de Colombia, 2010, pp. 185-199.

Poupeau, François-Mathieu, « Les schémas régionaux climat air énergie : la démarche vue par les conseils régionaux », Droit et gestion des collectivités locales 2013. Collectivités territoriales et énergie : ambitions et contradictions, Paris, Le Moniteur, 2013, pp. 183-193.

 

Politiques publiques et géopolitique locales de l’énergie

Poupeau, François-Mathieu, « La gouvernance locale des réseaux d’énergie. Entre départementalisation et métropolisation », in Marcou, Gérard, Eiller, Anne-Christine, Poupeau, François-Mathieu, Staropoli (dir.), Carine, Gouvernance et innovations dans le système énergétique. De nouveaux défis pour les collectivités territoriales ?, Paris, L’Harmattan, 2015, pp. 103-119.

Bosboeuf, Pascale, Dégremont-Dorville, Marie, Poupeau, François-Mathieu, « Les Communautés et les politiques énergie-climat en France. Quelques enseignements autour d’une enquête de l’ADCF », in Marcou, Gérard, Eiller, Anne-Christine, Poupeau, François-Mathieu, Staropoli, Carine (dir.), Gouvernance et innovations dans le système énergétique. De nouveaux défis pour les collectivités territoriales ?, Paris, L’Harmattan, 2015, pp. 121-149.

Bellanger, Emmanuel, Poupeau, François-Mathieu, Lumières sur la banlieue. Histoire du syndicat intercommunal de la périphérie de Paris pour l’électricité et les réseaux de communication (SIPPEREC), Paris, Les Éditions de l’Atelier, 2013.

Poupeau, François-Mathieu, Schlosser, Fabien, « La régulation de la filière bois énergie dans les Ardennes françaises : jeux et enjeux autour de la gestion de l’information », Politique et sociétés (revue canadienne), 29, 2, 2010, pp. 3-28.

Fender, Adrien, Poupeau, François-Mathieu, « L’émergence d’un nouveau mode de gouvernance locale des réseaux en Allemagne. Une ville moyenne et son Stadtwerk face au processus de libéralisation », Sociologie du travail, 49, 4, 2007, pp. 366-382.

Poupeau, François-Mathieu, « L’agence locale comme outil d’une politique d’efficacité énergétique ? Deux études de cas en Grande-Bretagne », Politiques et management public, XXX, 1, 2007, pp. 1-23.

Poupeau, François-Mathieu, « Les entreprises locales d’énergie. Un levier d’action pour certaines villes françaises ? », Annales de la recherche urbaine, 103, 2007, pp. 153-158.

Poupeau, François-Mathieu, « Libéralisation du service public et action publique locale. Le département dans la recomposition du système de distribution électrique français », Sociologie du travail, 43, 2, 2001, pp. 179-195.

Poupeau, François-Mathieu, « Un néo-libéralisme centralisateur. Les collectivités locales dans la libéralisation du système de distribution électrique français », Politiques et management public, 18, 2, 2000, pp. 1-24.

 

Transformations des anciens monopoles et des opérateurs

Poupeau, François-Mathieu, « Du département aux grandes régions fonctionnelles. 30 ans de recomposition de la présence d’EDF-ENEDIS sur les territoires », Droit et gestion des collectivités territoriales. Les territoires de l’État, Paris, Le Moniteur, 2017, pp. 89-105.

Poupeau, François-Mathieu, « Analyser la relation client dans les services en réseaux. Quelques hypothèses autour d’une grille de lecture à trois niveaux », Flux, 84, 2011, pp. 42-52.

Poupeau, François-Mathieu, « Rentrer dans les bons tuyaux de l’organisation. Le sort du client domestique dans le processus de raccordement au gaz », Revue française de sociologie, 51, 4, 2010, pp. 615-640.

Poupeau, François-Mathieu, « Domestic customers and reform of the gas sector. An organisational sociology perspective », Energy Policy, 37, 2009, pp. 5385-5392.

 

La réforme de l'Etat terrritorial en France

Le deuxième axe principal de mes recherches porte sur la transformation de l’Etat territorial en France. Il s’agit de réinvestir un objet longtemps « canonique » de la science politique française (je pense évidemment aux travaux menés par le Centre de sociologie des organisations dans les années 1960-1970), mais quelque peu délaissé depuis, au profit d’autres types d’acteurs ou de problématiques (villes et régions, gouvernance urbaine et territoriale, gouvernance multi-niveaux, etc.). L’occasion m’en a été donnée avec le lancement, en 2008, de la Réforme de l’administration territoriale de l’État (RéATE), dans le cadre de la Révision générale des politiques publiques (RGPP). Conjuguée à la LOLF, votée en 2001, la RéATE et les initiatives qui lui ont succédé (MAP, etc.) a reconfiguré le paysage politico-administratif français. En région, les nouvelles directions régionales de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL), des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi (DIRECCTE), de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale (DRJSCS) ont pris place parmi les structures bâties autour des préfets de région. Dans les départements, deux ou trois nouvelles directions départementales interministérielles (DDi) ont été créées au 1er janvier 2010 et placées sous l’autorité des préfets. Les anciennes directions départementales de l’équipement (DDE), de l’agriculture et de la forêt (DDAF) et, dans les régions côtières, des affaires maritimes (DDAM), ont été regroupées pour créer des directions départementales des territoires et de la mer (DDTM), en charge de l’aménagement durable des territoires. Les directions départementales des affaires sanitaires et sociales (DDASS), de la jeunesse et des sports (DDJS), des services vétérinaires (DDSV) et de la concurrence et de la répression des fraudes (DDCCRF) ont été quant à elles été fusionnées au sein d’une seule direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations (DDCSPP) ou de deux structures distinctes (DDCS et DDPP), lorsque le seuil de population concernée ou certains enjeux de politique publique l’exigeaient. Bien qu’il soit un peu tôt pour pouvoir statuer sur ses effets de long terme, le vaste chantier de réagencement institutionnel que constitue la RéATE semble bien marquer une étape importante dans la transformation de l’Etat déconcentré et dans son rapport aux territoires.

Dans ce cadre général, je me suis tout d’abord intéressé aux nouvelles formes de régulation administratives qui émergent au niveau local, entre échelons régional et départemental. J’ai notamment mis au jour ce que j’ai appelé un « modèle en Y », qui s’articule autour de quatre principaux protagonistes : le préfet de région (et son état-major), la direction régionale ministérielle, les préfets de département et les DDT(M) et DDCS/PP. Ce nouveau modèle confirme l’hypothèse d’un déclin de l’échelon départemental au profit de la région, laquelle cumule, à travers les réformes, deux fonctions essentielles de pourvoyeuse de ressources et de « donneuse d’ordre », autant d’attributs qui participent de son rôle de pilote des politiques publiques (même si l’apprentissage de ce nouveau rôle est lent et difficile). De ce point de vue, l’enquête montre que, contrairement à certaines réformes antérieures, qui avaient buté sur de fortes résistances (régionalisation de 1964, déconcentration dans les années 1980-1990, etc.), les transformations récentes ont profondément reconfiguré le système administratif français et son implantation historique. Ce travail est actuellement complété par l’analyse du processus de dialogue de gestion au Ministère de l’écologie, moment important dans la vie des administrations, dans la mesure où il permet d’allouer les ressources humaines et financières aux opérateurs de l’État et aux directions régionales (en collaboration avec Sarah Russeil, chercheuse associée au laboratoire EVS-RIVES).

L’autre pan de mes recherches concerne la création des directions départementales interministérielles (DDT-M et DDCS-PP). Il s’agit de voir ce que les réformes de l’Etat territorial font à ces structures qui ont succédé aux anciennes directions départementales de ministères sectoriels (DDE, DDA, DDASS, DSV, DDCCRF, etc.). Mes recherches portent les pratiques de travail qui résultent des transformations, les fonctionnements collectifs, la recomposition des rapports avec les préfets, l’émergence de nouvelles cultures administratives et les relations avec les usagers et les ressortissants de politiques publiques.

 

Quelques publications sur ce deuxième axe :

Poupeau, François-Mathieu, « L’émergence d’un État régional pilote. La recomposition des jeux administratifs autour du ministère de l’écologie et du développement durable dans une région française », Gouvernement & action publique, 2, 2, 2013, 249-277.

Poupeau, François-Mathieu, « (Con)fusion dans l’État départemental. La mise en place des Directions départementales des Territoires et de la Mer (DDTM) », Revue française d’administration publique, 137, 2011, 517-535.

Poupeau, François-Mathieu, « En quête d’une interministérialité départementale. La difficile constitution des DDT(M) et DDCS/PP », in Bezes, Philippe, Le Lidec, Patrick, La rationalisation de l’état territorial, Paris, Presses de Sciences Po, à paraître en 2019.

Poupeau, François-Mathieu, « L’organisation des services déconcentrés de l’État : quels changements avec la RéATE ? », Cahiers français, 384, 2015, 49-54.

Voir aussi une tribune pour la revue Acteurs publics (décembre 2012) : Un Etat déconcentré sans dessus dessous_12_12_2012

 

État, pouvoirs locaux, centralisation. La dynamique des relations intergouvernementales en France (1870-1980)

Le troisième et dernier axe de recherche porte sur la dynamique des relations État-pouvoirs locaux en France, de 1870 à 1970. Cette période, comprise entre les grandes lois de décentralisation de la Troisième République et celles de 1982-1983, correspond à une phase importante de l’édification du système politico-administratif français contemporain. Elle marque l’entrée des communes et des conseils généraux dans la fabrique du welfare state, qui se manifeste par une formidable explosion des domaines et champs d’action pris en charge par la puissance publique, dans un contexte de démocratisation de la société française. Elle se caractérise aussi par la résistible montée en puissance de l’appareil d’État et la relégation progressive de l’action des pouvoirs locaux, longtemps empreinte d’autonomie et d’innovation (thèse des socio-historiens), à un rôle d’ajustement et d’adaptation des politiques publiques impulsées par l’État central (thèses du CSO des années 1960-1970).

J’ai démarré cette réflexion par un travail de grande ampleur portant sur le processus de construction du service public de l’électricité en France (1880-1980). À rebours de l’historiographie dominante (qui insiste sur le rôle de l’État central, des partis politiques, des grands corps techniques ou du syndicalisme, etc.), j’ai montré le rôle important joué par les pouvoirs locaux dans l’édification de ce qui est devenu un pilier de l’État-Providence en France, au XXe siècle. Cette influence, peu connue, doit être mise en regard avec les origines du secteur électrique : un système sociotechnique ancré et organisé au niveau communal. Jamais effacée, cette « matrice » a façonné de manière durable la gestion du service public. Elle explique le maintien de plusieurs prérogatives au moment de la nationalisation (concessions de distribution, régies municipales et départementales, etc.). Elle éclaire la prise de certaines décisions après la création d’Électricité de France, en matière de redistribution sociale (soutien aux usagers domestiques) ou d’aménagement du territoire (péréquation des prix, électrification rurale). En exhumant l’action des pouvoirs locaux et de leur principale organisation représentative, la FNCCR (Fédération nationale des collectivités concédantes et régies), cette autre histoire du service public, racontée « par le bas », nuance la vision d’un État hégémonique. Elle permet aussi de mieux appréhender les mutations contemporaines du secteur électrique, à l’heure où les questions de décentralisation refont surface dans les débats politiques. Plusieurs articles (sur la péréquation des tarifs domestiques de l’électricité, sur l’action des conseils généraux pendant l’entre-deux-guerres, sur le rôle des syndicats de communes, etc.) ont été rédigés à partir de cette recherche, ainsi qu’un livre de synthèse, paru fin 2017 aux éditions Peter Lang, qui a obtenu le prix de l’Association académique pour la recherche en histoire et sociologie de l’énergie (AARHSE).

Sur l’histoire de la distribution publique d’électricité, voir la vidéo suivante :

Sur l’histoire du Syndicat intercommunal de la périphérie de Paris pour l’électricité et les réseaux de communications électroniques (Sippérec), voir la vidéo présentant certains aspects de l’ouvrage publié avec Emmanuel Bellanger en 2013 :

Ce travail a servi de base de réflexion empirique à un mémoire de HDR soutenu fin 2015 à l’Université Paris-Est (garant : Jean-Claude Thoenig). L’idée directrice a été de penser à nouveaux frais la dynamique de centralisation qui a couru en France entre 1870 et 1980. L’une des hypothèses que j’ai testée est celle d’un jacobinisme à double face : certes « apprivoisé » (pour reprendre l’expression chère aux chercheurs du CSO dans les années 1960), mais aussi « apprivoisant ». Ce dernier terme suggère que les pouvoirs locaux n’ont pas fait que négocier constamment les transformations du système politico-administratif français. Disposant de ressources institutionnelles limitées (juridiques et financières), en proie (comme l’état) à de profondes divisions internes (entre communes rurales et urbaines, entre départements et régions), soumis à des stratégies individuelles de la part des acteurs qui les composent (comme l’aspiration de certains élus ou fonctionnaires à faire carrière et/ou se faire reconnaître dans l’espace institutionnel national), ils n’ont pas toujours été en mesure de résister aux velléités d’hégémonie d’un certain nombre de forces jacobines composant le « système état ».

Partant, il me semble donc nécessaire de revenir à une conception plus équilibrée de la dynamique des relations intergouvernementales en France. S’opposant aux analyses par trop formalistes des spécialistes du droit et des sciences administratives, les chercheurs du CSO ont, à juste titre, offert une analyse plus fine de l’état du système de relations « centre-périphérie », en mettant en évidence l’existence de formes d’arrangements multiples entre niveaux de gouvernement. Les socio-historiens ont ensuite poursuivi avec succès ce travail de déconstruction, en se penchant notamment sur les débuts de la Troisième République, période clé pour comprendre l’édification de l’État Providence. Ils ont montré que les pouvoirs locaux ont pu jouir d’une certaine autonomie, qui leur a permis de mener des politiques innovantes (hygiène, urbanisme, social, etc.). Mais à trop vouloir relativiser la capacité d’action de l’état, ces travaux ont eu tendance, inversement, à surestimer celle des pouvoirs locaux. En cherchant à mettre au jour certains mécanismes de subordination (monopole de l’état sur certaines ressources juridiques, financières et politiques ; conformation des élus locaux et des fonctionnaires territoriaux à des valeurs dominantes, reconnues comme légitimes ; difficulté voire incapacité pour eux à mettre en œuvre des politiques publiques locales alternatives ; divisions internes dont certaines administrations ont pu profiter, etc.), j’ai voulu contribuer à faire émerger une vision plus nuancée de l’analyse du système politico-administratif français, qui rende mieux compte de ce qui a été quand même une dynamique de long terme en France : une lente accaparation par l’état central et certaines institutions paraétatiques (entreprises publiques, opérateurs, etc.) de fonctions multiples d’administration des territoires et des populations.

Mon objectif est de mener quelques recherches complémentaires à cette HDR, afin de pouvoir rédiger un ouvrage de synthèse d’ici quelques années. A ce stade, quatre principaux chantiers de recherche me semblent importants à mener : le rôle des associations d’élus et de fonctionnaires locaux dans la formation de l’État-Providence (avec la perspective d’organiser un colloque international sur le sujet, avec une dimension contemporaine, mais aussi de lancer une thèse sur l’Association des ingénieurs des villes de France) ; le rôle des conseils et commissions (conseils supérieurs et départementaux de l’instruction publique, de l’assistance publique, de l’hygiène, etc.) dans la fabrique de l’action publique ; la place des questions de décentralisation dans le parti radical et enfin une analyse de trajectoires de « notables locaux » (biographies et récits de vie).

 

Quelques publications sur ce troisième axe :

Poupeau, François-Mathieu, L’électricité et les pouvoirs locaux en France (1880-1980). Une autre histoire du service public, Bruxelles, Éditions Peter Lang, 2017 (collection « Histoire de l’énergie »).

Poupeau, François-Mathieu, « Etat, pouvoirs locaux, centralisation. La dynamique des relations intergouvernementales en France (1870-1970) », Habilitation à diriger des recherches, 2 tomes, Université Paris-Est, 2015.

Bellanger, Emmanuel, Poupeau, François-Mathieu, Lumières sur la banlieue. Histoire du syndicat intercommunal de la périphérie de Paris pour l’électricité et les réseaux de communication (SIPPEREC), Paris, Les Éditions de l’Atelier, 2013.

Poupeau, François-Mathieu, « La fabrique d’une solidarité territoriale. État et élus ruraux dans l’adoption d’une péréquation des tarifs de l’électricité en France », Revue française de science politique, 57, 5, 2007, 599-628.

Poupeau, François-Mathieu, « Un siècle d’intervention publique dans le domaine de l’énergie », Gérer et comprendre, 2004, 77, 6-15.

Poupeau, François-Mathieu, « Des passeurs vers la modernité : les Conseils généraux et l’électrification de la France durant l’entre-deux-guerres », Pour Mémoire, Comité d’histoire du MEDDE, n°HS, hiver 2015-2016, 159-165.

 

Enseignement et encadrement de thèses

Encadrement de thèses (en cours et soutenues)

  • Belvèze, Corinne, L’influence des collectivités territoriales françaises sur les productions législatives européennes. Le cas des paquets législatifs « économie circulaire » et « Union de l’énergie », thèse de science politique entamée en septembre 2016, Université Paris-Est (financement du Ministère de l’écologie et du développement durable). Pour plus de précisions, voir https://latts.fr/chercheur/corinne-belveze/
  • Bigorgne, Marie, Dépenses publiques et gouvernementalité néolibérale. Une sociologie de la contraction des budgets locaux, thèse de science politique entamée en novembre 2017, Université Paris-Est (contrat doctoral du Labex Futurs urbains, en collaboration avec Ludovic Halbert et Françoise Navarre). Pour plus de précisions, voir https://latts.fr/chercheur/marie-bigorgne/
  • Marchand, Mathilde, Les stratégies de transition énergétique des métropoles françaises. Outils, innovations et dynamiques institutionnelles, thèse de science politique entamée en décembre 2017, Université Paris-Est (en convention Cifre avec la coopérative d’études Acadie). Pour plus de précisions, voir https://latts.fr/chercheur/mathilde-marchand/
  • Gabillet, Pauline (en co-direction avec Sylvy Jaglin, Professeur à l’Université Paris Est), Les entreprises locales de distribution à Grenoble et Metz : des outils de gouvernement énergétique urbain partiellement appropriés, thèse en aménagement et urbanisme, soutenue le 21 septembre 2015 à l’Université Paris Est (contrat doctoral de l’Université Paris-Est). Pour consulter le mémoire de thèse, cf. https://pastel.archives-ouvertes.fr/tel-01357860

Cours en formation initiale

  • Suivi des stages d’immersion et de stages scientifiques des élèves de 1ère année de l’Ecole des ponts.
  • « La réforme de l’Etat territorial en France », « Séminaire énergie », suivi de mémoires de fin d’étude, Master Politiques et actions publiques pour le développement durable, Ecole des ponts.
  • Co-responsable (avec Lydie Laigle) du module « Gouvernance territoriale de la transition énergétique », Master Energie de l’Ecole des ponts.

Cours en formation continue

  • « Sociologie des organisations et de l’action organisée », cours dans le cadre du Mastère spécialisé Action publique avancée au Maroc, Université Mohammed VI Polytechnique
  • « Comprendre les dynamiques de l’action collective », formation pour les cadres d’administration centrale du Ministère de l’écologie et du développement durable.

 

Recherche "hors piste". A contre-courant du siècle. Le Docteur Rouger, médecin à Fontaines (1870-1969)

Mon activité du chercheur n’est pas simplement « dictée » par ces quelques axes stratégiques, menés sur le long terme autour d’objets, thèmes, problématiques qui s’inscrivent dans un paysage académique bien bordé, en prise plus ou moins directe avec des préoccupations du moment des praticiens et des citoyens.

Elle est faite également faite d’enquêtes répondant à des « coups de coeur » plus ponctuels, des rencontres, des envies de sortir de mes propres sentiers battus pour arpenter d’autres champs et assouvir le besoin de curiosité qui est propre à l’activité de recherche.

Je me suis donc lancé, sur mon temps libre, dans une recherche au long cours sur la figure d’un personnage singulier : le Docteur Albert Rouger (1969-1970).

Mais campons brièvement le personnage…

Le docteur Albert Rouger est une figure bien connue des habitants du Sud-Vendée (1). Il est né le 14 octobre 1870 à Fontaines (Vendée). Après une scolarité dans la commune puis à Fontenay le Comte (collège Saint-Joseph) et à Luçon (institution Richelieu), il part suivre des études à l’école de médecine de Nantes, sous la direction notamment de Gustave Rappin, qui a fondé dans cette ville une antenne de l’Institut Pasteur. Son diplôme obtenu, Albert Rouger s’installe vers 1900 dans sa commune natale de Fontaines. Il y restera toute sa vie en tant que médecin, à l’exception des années 1914-1918, durant lesquelles il est mobilisé au front (comme lieutenant-major) puis, en 1918, à l’hôpital de Ploërmel dans le Morbihan. Le docteur Rouger s’implique également tout au long de sa carrière dans la vie fontenoise. Il est conseiller municipal de 1900 à 1959 et maire de 1929 à 1935.

Au sortir de la guerre, le docteur Rouger expérimente la mise au point d’un sérum, en s’inspirant des travaux d’Auguste Lumière. Ce sérum, dont la composition est stabilisée dans le courant des années 1920, est réputé guérir les problèmes d’asthme et de rhumatisme. Le Docteur Rouger connaît alors une notoriété qui ne cesse de croître. Il reçoit tout d’abord, durant l’entre-deux-guerres, une clientèle locale puis régionale. Au lendemain de la seconde guerre mondiale, sa réputation prend une toute autre ampleur et dépasse de loin les frontières du Grand Ouest pour gagner l’ensemble du pays. Fontaines attire même de nombreux patients venus du monde entier (Belgique, Suisse, Italie, Brésil, Etats-Unis) et quelques personnalités de renom comme Edith Piaf (attesté dans sa biographie), Fangio (d’après les rumeurs) ou Mohammed V, roi du Maroc (témoignage oral). Les années 1950-1960 correspondent à un pic de notoriété, les habitants de Fontaines se souvenant encore des quelque 100 à 150 patients quotidiens que pouvait attirer leur médecin, et qui se rendaient dans la commune par chemin de fer (liaison Paris-Niort-Fontaines), autocars (liaisons régulières avec plusieurs départements français, notamment dans le nord et l’est de la France) et taxis. Cet afflux contribue à assurer une certaine prospérité au village, qui est par ailleurs un important lieu de foires (marché de bestiaux). La réputation du docteur Rouger est favorisée par la rédaction de plusieurs articles de la presse régionale et nationale (dont Paris Match).

Ce succès est toutefois terni par certains ennuis auprès de la profession médicale. En 1950, l’ordre des médecins régional inflige une suspension d’un an docteur Rouger, au motif qu’il n’a pas livré le secret de la fabrication de son remède, comme l’y oblige le codex phamaceutique. Bien que rétabli par l’ordre national des médecins, qui annule cette décision en 1951, le docteur Rouger conservera par la suite une certaine rancœur à l’égard de l’institution médicale. Il continue d’administrer ses piqûres jusqu’à peu de temps avant sa mort, le 25 octobre 1969, à l’âge de 99 ans. Il dispose depuis quelques années d’une statue érigée près de l’église de Fontaines.

Je recherche actuellement toute forme de témoignage, de documents (correspondances, photographies, coupures de presse, etc.) qui pourrait être en possession des lecteurs de cette « recherche hors piste ».

Pour tout commentaire, merci de m’envoyer un mél (fm.poupeau@enpc.fr) ou d’alimenter le forum de discussion ouvert grâce au soutien des Archives départementales de la Vendée :

http://www.laboratoire-archives.vendee.fr/Entraide/Les-connaissez-vous/2013-01-Incroyable-succes-d-une-medecine-alternative-celle-du-Docteur-Rouger-1870-1969-a-Fontaines

A ce stade, trois thèmes m’intéressent plus particulièrement :

1. Le docteur Rouger en tant que praticien d’une « médecine alternative ».

Le docteur Rouger administrait son sérum sous forme de piqûres, faites, en général, à trois reprises. Je dispose déjà de plusieurs témoignages permettant de retracer cette thérapeutique mais tout souvenir complémentaire serait le bienvenu. Comment se déroulait l’administration de la piqûre ? Quels souvenirs ont les patients de Mme Berton, qui était l’assistante du docteur Rouger et qui semble avoir joué un rôle essentiel dans l’organisation des séances ? Quels ont été les résultats du sérum (guérison, etc.) ? Je saurais gré également aux internautes de me transmettre des documents ou objets de type ordonnance, flacons (etc.) qu’ils possèderaient (pour photographie avant restitution) ou des éléments permettant de mieux connaître l’origine des patients (la provenance des patients ? comment ces patients venus de loin connaissaient-ils le docteur Rouger ? comment venaient-ils jusqu’à Fontaines ?).

2. Le docteur Rouger dans son rapport à l’institution médicale.

Le docteur Rouger pratique une thérapeutique allant à contresens de la médecine de type allopathique qui triomphe durant cette période en France (cf. les travaux sur l’histoire de la médecine en France). Ce décalage explique en large part les déboires qu’il connaît en 1950 avec l’ordre des médecins. Je recherche toute forme de témoignage et de document sur l’exclusion (temporaire) du docteur Rouger de l’ordre départemental des médecins, en 1950 (les archives sont en voie d’être consultées). Comment s’est passé cet « épisode » ? Quels ont été les arguments invoqués ? Y a-t-il eu des formes de mobilisation en faveur du docteur Rouger ? Lesquelles ? Des soutiens en sa faveur, notamment de personnalités connues ?

3. Le docteur Rouger comme « notable » local

Le docteur Rouger est également une figure locale importante de la vie fontenoise. Il a été très fortement impliqué, en tant que catholique pratiquant, dans le développement de sa paroisse, mettant une partie de ses biens à disposition du clergé de Fontaines et des diverses associations et sociétés qui lui sont affiliées (réfection de bâtiments, aides diverses, etc.). Il a également été conseiller municipal (classé à droite), à une période où la commune de Fontaines, comme une bonne partie du Sud-Vendée, était d’un bord politique favorable aux partis de gauche (radicaux socialistes, socialistes). Je cherche également toute forme de témoignage sur le docteur Rouger comme figure politique locale, à une période où la politisation s' »invitait au village » (cf. les travaux des politistes du monde rural). S’est-il cantonné, comme certaines informations semblent l’attester, à la vie de sa commune de Fontaines, dans ses dimensions politiques et associatives ? A-t-il eu des velléités de se présenter au Conseil général ? A-t-il entretenu des relations amicales, épistolaires avec certaines personnalités locales, régionales voire nationales ? Lesquelles ? Quelles ont été, notamment, ses relations avec l’évêché, lui qui était un catholique très pratiquant ?

Ce sont là, mais sans exclusive, trois pistes de recherches qui me semblent être de nature à mieux cerner la personnalité du docteur Rouger. Je remercie par avance les internautes de leurs contributions et de leurs suggestions.

(1) Cf les archives départementales de la Vendée, notice de l’abbé Merlet intitulée « Eugène [et non Albert] Rouger », présentation faite devant la Société d’Ethnologie et de Folklore du Centre-Ouest. Voir aussi le travail de Patrick Majou (Thèse pour le diplôme d’Etat de docteur en médecine, Université de Nantes, 1989).

 

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