Elodie Céline Gibault : Formes renouvelées de l’activité et nouveaux visages de l’emploi : Eclairer les zones d’ombre du travail en Freelance dans le secteur bancaire

Directeur de la thèse : Jean-Michel Denis

Dans un contexte d’organisations plus « libérées », d’innovations numériques, d’autres modes de contractualisation du travail émergent, se développent, notamment le recours au travail en freelance dans des secteurs périphériques « usagers » de l’économie numérique, telles que les banques /assurances.
Les études et recherches portant principalement sur le mouvement de plate-formisation du travail et de l’emploi, cette thèse tentera de combler un angle mort, d’analyser « de l’intérieur » sur le terrain même des organisations ces acteurs en freelancing au sein du secteur bancaire : qu’ils soient experts, spécialistes hautement qualifiés intervenant dans le digital bancaire, développeurs informatiques, webdesigners, programme managers dans le cadre de missions ponctuelles, ou même cadres de transitions dans l’impermanence d’un rôle de management missionné pour une réorganisation globale d’une entité. Il s’agira par ailleurs de questionner les transformations des organisations dans l’appréhension singulière d’une activité, d’un statut, dans la rechercher d’expertises « situées ». Régulation flexible, impermanence des emplois, limitation des immobilisations tant humaines que structurelles, transformation en profondeur des banques, ce faisant nous présupposerons que ces freelances sont des catalyseurs d’une certaine transformation des organisations avec à la clé de nouvelles méthodes d’agir au travail.
Cette recherche se proposera d’étudier ces acteurs freelance intermédiés ou totalement indépendants, en suivant trois axes :
– celui du collectif : dans l’expérience partagée au-travers notamment des plates-formes d’échanges, de réseaux affinitaires dans la définition d’une identité collective, voire d’un groupe professionnel.
– celui de l’acteur individuel : dans l’analyse des mises en contexte biographiques pour une lecture des trajectoires, l’engagement et l’identité de ces acteurs. Il s’agira de tenir compte des transformations des sujets par rapport à leur activité antérieure et susceptible d’influencer leur activité « indépendante ».
Une des questions majeure de cette recherche, dans une approche sociologique de l’activité, portera sur l’articulation de parcours individuels et de contexte de mobilité permanente en situation de travail « missionné ». Au regard des réalités terrain et des enjeux socio-économiques comment ces freelances pourront-ils organiser « l’hybridation » de leurs connaissances pour en diffuser leurs savoirs expérientiels ? Pour tenter d’y répondre, Il s’agira de questionner cette dialectique entre des expertises prises dans des trajectoires et les besoins de professionnalités exprimées par les entreprises dans l’instant.
– et enfin l’axe émanant de l’activité : il s’agira d’aborder le rapport au travail que ces acteurs ont, les représentations qu’ils s’en font, entretiennent, dans l’élaboration de l’activité « situante »,
« Penser le travail »comme activité a fait l’objet d’approches multiples, pluridisciplinaires, dont le socle commun est celui de porter le regard sur le travail réel, ou encore de l’activité, dans l’action même de travailler. Cette recherche donnera à comprendre comment/et dans quelles mesures, ces freelances se réalisent-ils en faisant ce qu’ils font ? Il s’agira également d’appréhender leur façon de construire leur positionnement, d’exister professionnellement, sans « faire carrière ». Existe-t-il chez ces acteurs une certaine conscience de classe dans l’affirmation d’une position sociale pour une mise à distance du travail subordonné ? En mobilisant une sociologie compréhensive cette thèse tentera de faire émerger d’autres dimensions plus subjectives retenues par ces acteurs dans l’évaluation d’une certaine réussite sociale au travail.

Année d’inscription : 2018

Ecole doctorale : OMI- Organisations, Marchés, Institutions

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