Raphaël Jean – Cadrer et traduire la précarité énergétique au regard de l’émergence de la précarité énergétique d’été : étude d’un cas d’action publique en faveur de la justice énergétique

Direction de thèse : François-Mathieu Poupeau

Cette recherche doctorale s’inscrit dans un contexte de dérèglement climatique marqué par la multiplication des vagues de chaleur et l’apparition de nouvelles formes de vulnérabilité sociale et territoriale. Alors que la précarité énergétique a longtemps été pensée sous l’angle hivernal, centrée sur le chauffage des logements et la difficulté à régler les factures, la précarité énergétique estivale (PEE) n’a émergé que très récemment comme objet de débat scientifique et d’action publique. Elle renvoie à l’incapacité de certains ménages à se protéger de la chaleur excessive, faute de logements adaptés, de ressources financières ou d’accès à des dispositifs de rafraîchissement. Cette situation est aggravée dans les milieux urbains par les îlots de chaleur, et peut avoir des effets directs sur la santé, la qualité de vie et le budget énergétique. Si la Commission européenne a déjà élargi ses définitions de la précarité énergétique pour y inclure la question estivale, en France le cadrage national reste largement centré sur le froid. À l’échelle locale, des acteurs variés – collectivités territoriales, bailleurs sociaux, associations, opérateurs énergétiques – expérimentent des actions, souvent motivées par l’objectif de confort d’été, comme la végétalisation des espaces urbains ou la rénovation du bâti. Cependant, ces initiatives ne s’inscrivent pas encore dans une définition stabilisée de la PEE, et leurs articulations avec les politiques existantes de lutte contre la précarité énergétique demeurent incertaines. Le foisonnement d’approches révèle à la fois un dynamisme d’innovation et une fragmentation qui soulève des enjeux de coordination entre acteurs et d’efficacité des dispositifs. L’objectif de cette thèse est de comprendre les conditions d’émergence de la précarité énergétique estivale comme problème public et les processus de traduction entre ses différents cadrages. Trois axes structurent la démarche : (1) Identifier et analyser les cadrages nationaux de la PEE, en les comparant aux cadrages européens et à ceux d’autres pays, afin de saisir comment ce problème se construit et quelles dimensions en sont mises en avant ou laissées de côté. (2) Étudier la manière dont les territoires s’approprient et traduisent ces cadrages, en observant les définitions, les instruments et les réseaux d’acteurs mobilisés. Cette analyse portera sur deux terrains locaux contrastés, permettant d’examiner comment les contextes socio-spatiaux et institutionnels influencent la structuration des réponses. (3) Analyser les modes de coordination entre acteurs impliqués, qu’il s’agisse de coopérations, de chevauchements ou de concurrences, et les effets produits sur les ménages concernés. Pour cela, la recherche mobilisera les apports de la science politique et de la sociologie de l’action publique. Les notions de cadrage permettront d’explorer les processus par lesquels un phénomène devient un problème collectif reconnu. La sociologie de la traduction aidera à comprendre comment les définitions circulent et se transforment au contact des instruments, dispositifs et acteurs locaux. Enfin, les approches de la vulnérabilité énergétique, de la justice énergétique et des capabilités offriront un cadre pour analyser les inégalités générées par la PEE, en intégrant à la fois les contraintes matérielles (logement, climat, ressources), sociales (statuts, réseaux, accès aux dispositifs) et symboliques (représentations de la chaleur et du confort). Ce projet vise ainsi à documenter et à comparer les formes d’émergence, d’appropriation et de mise en œuvre de la PEE, dans un champ encore peu exploré par la recherche. Il contribuera à éclairer la compréhension des inégalités environnementales liées au climat, tout en interrogeant les transformations contemporaines de l’action publique face aux défis de la transition énergétique et de l’adaptation aux vagues de chaleur.

Année d’inscription : 2026

École doctorale : OMI – Organisations, marchés, institutions

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