Le LATTS a le plaisir d’annoncer que la soutenance de thèse de doctorat de Sofia Laborde aura lieu le vendredi 20 mars 2026 à 14h, dans la salle B202 de l’École nationale des ponts et chaussées (ENPC), sur le campus de la Cité Descartes. Sa thèse est intitulée :
« La privacy dans la smart city : quel est le problème ? Les enjeux liés à la vie privée dans la trajectoire effective d’une ville intelligente : le cas de Dijon. »
Cette thèse en sociologie a été réalisée au sein du LATTS, sous la direction d’Alexandre Mathieu-Fritz et le co-encadrement de Sylvie Douzou (Chercheuse senior à EDF R&D).
Composition du jury :
- Corinne Delmas, Professeure des universités, Université Gustave Eiffel – LATTS (Présidente du jury)
- Florence Millerand, Professeure des universités, Université du Québec à Montréal (Rapporteure)
- Gérald Gaglio, Professeur des universités, Université Côte d’Azur (Rapporteur)
- Alexandre Mathieu-Fritz, Professeur des universités, Université Gustave Eiffel (Directeur de thèse)
- Éric Dagiral, Maître de conférences, Université Paris Cité (Examinateur)
- Antoine Courmont, Maître de conférences, Université Gustave Eiffel – LATTS (Examinateur)
- Cécile Caron, Ingénieure-chercheuse en sociologie, GRETS–SEQUOIA, EDF R&D (Membre invitée)
Résumé de la thèse :
L’essor des smart cities révèle une tension structurante entre la promesse d’intégration des données urbaines et les exigences de leur compartimentation, notamment lorsque les services reposent sur l’usage d’informations personnelles. Les politiques de ville intelligente valorisent la circulation fluide et transversale des données au sein d’infrastructures intégrées, tandis qu’un ensemble de réglementations — notamment la loi Informatique et Libertés (1978) et le Règlement général sur la protection des données (RGPD, 2018) — encadre strictement les conditions de collecte, d’utilisation et de conservation des données. Ce travail montre que, au-delà d’une simple opposition entre imaginaires technologiques et normes juridiques, les enjeux liés à la production, à la circulation, à l’usage et à la protection des données susceptibles d’affecter la vie privée des individus (privacy) contribuent directement à façonner les architectures techniques, les modes de gouvernance et les modalités d’appropriation des projets de smart city.
Le cœur de cette recherche repose sur un corpus empirique recueilli à Dijon (France) entre janvier 2019 et février 2022, combinant observations ethnographiques dans l’espace public, observations participantes en réunions de travail, entretiens individuels et collectifs avec les acteurs du projet, ainsi qu’un questionnaire portant sur le numérique, la smart city et la privacy. À partir de ce cas (chapitre 1), la thèse analyse la manière dont la privacy se distribue, s’exprime et s’incarne dans les différentes phases de conception, de déploiement et de maintenance d’une smart city. Du point de vue des acteurs opérationnels, elle apparaît d’abord comme un non-problème (chapitre 2) : peu discutée politiquement, présentée comme maîtrisée dès la conception, rarement portée par les opérateurs techniques et largement absente des préoccupations citoyennes. Cette discrétion conduit à interroger les conditions dans lesquelles les enjeux de privacy restent invisibles. La notion de « flou sociotechnique » constitue ici un outil analytique central, mobilisé à travers cinq entrées : les étapes du projet (chapitre 3), les projets thématiques (chapitre 4), les acteurs (chapitre 5), les dispositifs techniques (chapitre 6) et les données elles-mêmes (chapitre 7).
Du côté des habitants (chapitres 8 et 9), la smart city ne suscite pas de controverse publique locale, car elle demeure discrète, intégrée à un environnement numérique déjà dense et peu perceptible dans l’expérience quotidienne. Les habitants témoignent d’une appropriation diffuse, située et rarement politisée de ces enjeux.
Ce travail met en évidence que, à Dijon, la protection de la vie privée repose moins sur un cadre unifié que sur la structure fragmentée des activités du projet lui-même. Nous qualifions cette dynamique de « paradoxe de la fragmentation » : elle constitue à la fois une limite à l’intégration des données urbaines et un mécanisme effectif de protection des individus. Si cette fragmentation restreint les performances attendues des infrastructures intégrées, elle contribue simultanément à contenir la circulation des données personnelles.
Inscrite dans le champ des Science and Technology Studies (STS), cette recherche montre que la privacy agit comme un opérateur discret mais structurant, qui participe activement à configurer les architectures techniques, les arrangements organisationnels et les formes d’appropriation des smart cities.


