Lise Fourdrignier – Le logement privé en situation de vacance de longue durée en France : propriétaires et action publique

Direction de thèse : Yoan Miot et Cécile Vignal

En 2023, plus d’un logement sur douze était en situation de vacance en France. Au sein de ce stock de 3,1 millions de logements inoccupés, on rencontre une grande diversité de situations matérielles, juridiques et géographiques, reflétant un phénomène croissant, complexe et protéiforme. Parmi ces situations, la vacance de longue durée interpelle particulièrement l’action publique urbaine : celle-ci est appréhendée en tant que symptôme d’un dysfonctionnement des marchés immobiliers locaux. Ainsi, la remobilisation d’un gisement de logements a priori inutilisés constitue un objectif au service des politiques publiques de logements, mais également des politiques publiques foncières, d’aménagement et de transition écologique. Pourtant, l’action publique demeure émergente et non stabilisée. En dépit de la mobilisation d’une grande diversité d’instruments issus des politiques publiques du logement et de l’habitat depuis les années 1990, les acteurs publics et parapublics sont confrontés à la difficile mise en œuvre d’une lutte effective contre la vacance de longue durée. Parmi les points de blocages identifiés, la difficulté à impliquer les propriétaires apparaît comme l’enjeu central, souligné tant dans la littérature scientifique qu’institutionnelle. Or, bien que la compréhension des logiques d’action des propriétaires apparaisse comme cruciale pour accompagner la remise en usage de logements vacants du parc privé, ces derniers demeurent peu étudiés. Cette thèse vise par conséquent à étudier le phénomène de vacance résidentielle de longue durée, considéré en tant que processus de dévalorisation de l’habitat privé, en entrant conjointement par les politiques publiques et par les destinataires de l’action. Alors que le logement est de plus en plus considéré comme une marchandise, voire comme un actif, en raison des restructurations de l’État-Providence vers un asset-based welfare regime, comment expliquer la croissance de la vacance de longue durée, inégale selon les territoires, mais également les difficultés à mobiliser les propriétaires dans une perspective de remise en usage de leurs biens ? À travers l’étude comparative de terrains en contexte rural et métropolitain, trois axes sont investigués. Premièrement, nous questionnons les relations liant propriétaires, logements vacants et action publique, en explorant les représentations de la vacance résidentielle et du comportement des propriétaires qui structurent cette politique publique émergente. Deuxièmement, nous considérons la vacance en tant que phénomène spatialement hétérogène, partie prenante de processus de valorisation et de dévalorisation à l’échelle territoriale, jouant sur le profil socio-démographique des propriétaires, les configurations de vacance résidentielle et les potentiels de remise en usage. Troisièmement, nous analysons la vacance en réinscrivant cette situation transitoire au sein des stratégies résidentielles et patrimoniales des propriétaires : il s’agira de comprendre en quoi l’inoccupation de temps long questionne et recompose les logiques sociales de la propriété.

Année d’inscription : 2024

École doctorale : Ville, Transports et Territoires – VTT

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