Niklas Gerst – L’écologisation de la planification en acte. Une comparaison franco-allemande des pratiques de mise en œuvre de la densification au travers des documents locaux d’urbanisme

Direction de thèse : Yoan Miot

La planification urbaine connaît en Europe des évolutions importantes ces dernières années. En France notamment, elles se traduisent par un renforcement des documents d’urbanisme, ce qui en fait un objet essentiel des politiques publiques locales. Le Plan Local d’Urbanisme (PLU), souvent intercommunal (PLUi), constitue le document de référence pour la délivrance des autorisations d’urbanisme (permis de construire / d’aménager ou de démolir, déclaration préalable), et donc pour la plupart des projets réalisés dans les villes. Si l’objectif de Zéro Artificialisation Nette (ZAN) visant la réduction de la consommation foncière constitue un des bouleversements importants de la planification et donc de l’évolution de la production des villes face aux enjeux climatiques, celui-ci n’est pas le seul. En effet, les documents d’urbanisme intègrent de plus en plus de dispositions visant l’atténuation du changement climatique, l’adaptation à ses effets ainsi que la limitation de l’érosion de la biodiversité (Chavez Colmenares 2024). Cette évolution s’inscrit dans une dynamique générale d’écologisation de l’urbanisme. En parallèle, l’évolution du rôle du PLU(i) traduit la logique d’un « urbanisme de projet » (Demouveaux et Lebreton 2017), qui passe notamment par la définition d’une stratégie de développement du territoire, mais aussi par l’évolution du rapport aux acteurs privés, maillons essentiels des politiques territoriales. Face à la réduction des moyens des acteurs publics et à la hausse des coûts du foncier et de l’immobilier, le document d’urbanisme constitue un levier qui doit permettre d’orienter les projets de ces acteurs vers les objectifs définis par les collectivités, permettant une action publique à moindre frais. Un urbanisme plus écologique vient cependant percuter des représentations et des pratiques de production de l’espace fortement ancrées voire routinières. En effet, de nombreux travaux mettent en exergue la complexité d’évolution des pratiques que l’écologisation implique. Ils soulignent la remise en cause des systèmes d’acteurs, des normes, des modèles économiques, et donc généralement, des modes de faire, pour lesquels l’internalisation des dimensions écologiques induit des difficultés voire des conflits . Ceux-ci peuvent freiner la réalisation de certains projets par des acteurs aux moyens limités ou visant une rentabilité économique des opérations. Partant de ces constats, la thèse vise à comprendre comment les différents acteurs en prise avec les règles des documents d’urbanisme (services de collectivités dans leur diversité, élus, particulier, promoteurs immobiliers, concepteurs) s’approprient les règles dans leur travail, les manières dont celles-ci impactent les projets, et comment ces règles sont le support d’échanges et de négociations entre les acteurs, notamment pour la délivrance des autorisations d’urbanisme. Il s’agit en particulier d’analyser la manière dont les règles impactent effectivement la conception des projets, mais aussi de comprendre leur (non-)application au regard des nombreux objectifs présentés dans les textes, qui peuvent parfois être contradictoires. Pour cela, une analyse comparée des pratiques de mise en œuvre des règles d’urbanisme en France et en Allemagne doit permettre de mieux saisir l’inscription des règles d’urbanisme dans les dynamiques de projets et les jeux d’acteurs dans un contexte de transformation global. Si les deux pays disposent d’une forte culture de la planification, celles-ci ne sont pas identiques, notamment du fait de systèmes institutionnels et administratifs différents. Le travail permettra de mieux comprendre le rôle pratique de l’urbanisme réglementaire dans les deux pays, mais également d’apporter un regard opérationnel sur l’étude de la planification en Europe et de ses effets concrets.

Année d’inscription : 2025

École doctorale : Ville, Transports et Territoires – VTT

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