Les gares au miroir de l’urbain

Organisé par Nathalie Roseau (LATTS) et Nacima Baron-Yelles (LVMT) de 2013 à 2015, le séminaire doctoral « Les gares au miroir de l’urbain » entendait offrir un lieu de confrontation des diverses recherches portant sur ces objets hybrides que constituent les gares. La place des gares dans les champs de la recherche urbaine a connu une montée en puissance dans les dix dernières années, ce dont témoigne le nombre conséquent de thèses en cours ou soutenues, au Lvmt et au Latts, mais pas seulement lorsque l’on observe les dizaines de thèses en cours dans l’environnement universitaire francilien. Une part d’explication de ce foisonnement réside dans le contexte fortement évolutif de l’environnement ferroviaire européen, avec l’ouverture à la concurrence, la densité des projets de réinvestissement des gares, grandes ou plus modestes, comme pivots de renouvellement urbain, et surtout la prédiction d’une forte augmentation du nombre de voyageurs dans les prochaines années, sous l’effet de l’ouverture de nouvelles lignes, et d’une redistribution des choix modaux. De fait, les gares, appelées à jouer un rôle fonctionnel, urbain, symbolique dans l’espace de la ville en devenir, cristallisent des attentes sociales et urbaines très fortes, de la part des acteurs ferroviaires et urbains, et deviennent omniprésentes dans les discours et débats sur les paradigmes urbains contemporains (ville durable, espace public, compacité..). Une autre part d’explication à l’intérêt renforcé des scientifiques pour l’objet gare, renvoie au contexte de l’actualité de la recherche, avec l’essor de questionnements sur les futurs urbains et la place des mobilités dans les sociétés contemporaines. Les approches et les questionnements se sont considérablement diversifiés, renouvelant les catégories d’analyse et recherchant des points de vue nouveaux : la place de l’individu dans l’expérience métropolitaine, les tensions et conflits de représentations, les processus et controverses de décision dans l’aménagement, en sont quelques uns.

Partant d’un sentiment de saturation, voire de débordement, lié à l’omniprésence de la gare dans les discours sur l’aménagement, le séminaire entendait interroger la nature supposée des tensions entre gare et urbain, et notamment ce double processus d’interaction qui aimanterait ce couple. D’une part, les gares semblent capter et incarner les tensions qui travaillent et transforment l’urbanité ; ceci conduit à une accumulation –cristallisation de l’urbain dans le microcosme de la gare, sans pour autant que celle-ci ne recouvre ou n’incarne totalement l’urbain. D’autre part, les gares, dans leur imaginaire, leurs modèles et leurs processus d’aménagement, projettent des visions et des pratiques dans le champ de l’urbain, qui s’acculturent et se transforment au contact de ces transformations sociotechniques. C’est ce double processus de condensation et d’aspiration que nous souhaitions interroger au travers des diverses communications invitées.

Les contributeurs au séminaire et à ce numéro ont été sollicités sur plusieurs critères : d’abord, sur l’apport de leur recherche à la compréhension de ce couple gare-urbain, selon différents horizons, historique sur la construction d’une urbanité, sociologique sur la question de la surveillance, géographique sur la microexpérience située ou sur la macroéchelle métropolitaine, politiste sur les controverses quant au devenir patrimonial des gares, urbain sur les échelles et contours des périmètres de ces interactions, anthropologique enfin sur la sémiotique de l’espace. Ensuite sur la façon dont leurs terrains  de recherche réinterrogeaient la recherche urbaine (railway station turn ?). Enfin sur l’apport de décentrements périphériques  pour renouveler la perspective de compréhension de l’objet gare. L’intérêt heuristique du séminaire résidait dans cette attention à faire s’entrecroiser des points de vue, des approches disciplinaires (sociologie, sciences politiques, histoire des représentations, de l’architecture, psychologie de l’espace…..), des terrains différents, en faisant l’hypothèse que la coopération de mondes hétérogènes permet des éclairages nouveaux sur un objet dont la place dans le débat est largement dominée par une rhétorique urbaine.
Le séminaire a fait l’objet d’une publication au travers d’un  numéro spécial de la revue Flux « Les gares au miroir de l’urbain« , qui réuni plusieurs contributions du séminaire.

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